Pollution aux PFAS : des sols agricoles contaminés dans les Ardennes et la Meuse
Champs, légumes, nappes souterraines … Depuis plusieurs années, ces substances chimiques persistantes contaminent en quantité inédite les sols agricoles de la Meuse et des Ardennes. C’est la conclusion d’une enquête basée sur des analyses scientifiques, publiée ce mercredi 25 février par France 3 et Disclose. Cette enquête dévoile que des taux records de PFAS (polluants éternels) ont été retrouvés dans des sols agricoles de la Meuse et des Ardennes. Concrètement, pendant des décennies, des terres de ces deux départements ont été recouvertes de boues industrielles.
44 prélèvements analysés par un scientifique canadien
Pour arriver à ces découvertes, des analyses scientifiques inédites ont été réalisées par France 3 et Disclose de concert avec le laboratoire de Sébastien Sauvé, à l’université de Montréal au Canada.
À partir de 44 prélèvements analysés par le professeur Sébastien Sauvé, les deux médias indiquent que ces polluants éternels « se sont infiltrés partout, des champs aux rivières, des parcelles agricoles aux nappes souterraines, des légumes au sang des habitants ». Par exemple, à Villy, petit village des Ardennes, 457 microgrammes de PFAS par kilogramme (µg /kg) ont été relevés dans des terres agricoles.
Des mesures qualifiées « d’inédites » pour des terres agricoles, d’après Aurélia Michaud, ingénieure à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) interviewée par nos confrères de l’AFP. « Ce sont des niveaux de contamination très élevés », qui s’approchent de ceux de sites contaminés et non de sols agricoles, poursuit-elle et qui pourraient mener à des « transferts de PFAS des sols vers les cultures ».
En outre, des taux de PFAS supérieurs à 0,1 µg/litre, la norme maximale recommandée pour l’eau potable, ont également été mesurés dans trois cours d’eau et les puits de deux exploitations agricoles. Des constatations qui laissent penser que ces polluants éternels s’immiscent aussi dans les nappes d’eau souterraines. Des résultats inquiétants pour la journaliste Emilie Rosso qui travaille sur ce sujet des PFAS en France depuis trois ans. « Ils (Les résultats de l’enquête, NDLR) montrent que l'on a des taux dans les sols de 20 à 200 fois au-dessus de ce qu'on a pu voir ailleurs en France dans les sols agricoles », a-t-elle indiqué ce mercredi au micro d'Ici Champagne-Ardenne.
« Une véritable bombe sanitaire », selon la journaliste Emilie Rosso
L’interdiction de boire de l’eau du robinet, à cause de niveaux élevés de PFAS dans une dizaine de communes de ces deux départements depuis l’été 2025 « n’est que la vitrine du scandale », d’après cette enquête. « Ce que l’on révèle aujourd’hui sur les PFAS est une véritable bombe sanitaire », a ajouté ce mercredi au micro d'Ici Champagne-Ardenne Emilie Rosso.
Selon un document confidentiel de la préfecture de la Meuse, mentionné par France 3 Champagne-Ardenne et Disclose, tous les poissons concernés par des prélèvements dans La Bar (rivière dans les Ardennes) sont jugés « non conformes » aux normes européennes.
En dépit de cette situation, leur consommation reste toutefois autorisée. À ce jour en France, la présence de polluants éternels dans les sols ou dans les aliments ne fait pas l’objet d’une réglementation. Cette contamination serait liée à des épandages réalisés pendant des décennies dans au moins 44 communes, à partir de boues issues d’une papeterie de Stenay. Le procureur de Nancy a confirmé à l’AFP l’ouverture d’une enquête judiciaire en janvier sur cette affaire.
Les PFAS, des effets délétères sur la santé
Les PFAS correspondent à des milliers de substances chimiques persistantes que l’on retrouve partout dans l’environnement : l’air, l’alimentation, l’eau ou encore dans des produits du quotidien (cosmétiques, emballages alimentaires, textiles etc).
Ces composés qui pénètrent dans l’organisme peuvent être néfastes pour la santé. Selon l’Anses, ils peuvent entraîner une augmentation du taux de cholestérol, provoquer des cancers ou encore avoir des effets sur la fertilité et le développement du fœtus. Le ministère de la santé indique que les PFAS peuvent de surcroît donner lieu à une perturbation endocrinienne, ce qui correspond à l’action de composés chimiques qui interfèrent avec le fonctionnement normal du système hormonal. « Les données scientifiques suggèrent que les perturbateurs endocriniens peuvent altérer de nombreuses fonctions de l’organisme (métabolisme, fonctions reproductrices, système nerveux…) mais leurs effets sur la santé humaine sont complexes à évaluer », peut-on lire sur le site de l’Inserm.