"Cochon à la broche" : le recteur de la Grande Mosquée de Paris fustige le "Canon français"
Depuis quelques jours, des rassemblements festifs articulés autour de la viande de porc et du vin suscitent de vives tensions. Ce débat oppose les défenseurs d'un folklore local assumé aux détracteurs d'une mise en scène jugée discriminatoire.
Le "cochon à la broche" au cœur d’une fracture symbolique
Le 29 avril 2026, Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris, publie une vidéo à charge dénonçant les méthodes de l'entreprise événementielle "Le Canon français." Le responsable religieux cible spécifiquement le banquet géant de Caen, organisé le 18 avril 2026, ayant attiré pas moins de 4 000 convives.
Il décrit cet événement très médiatisé, selon les propos rapportés par Le Figaro, comme "un banquet présenté comme la célébration des valeurs françaises, un banquet où l’on chante à la gloire d’une figure politique en excluant symboliquement ceux qui ne ressemblent pas." Cette vaste initiative vise insidieusement, selon lui, à "rappeler aux autres qu’ici, en France, ils ne sont pas chez eux." La critique dépasse largement le simple cochon rôti servi aux tablées. Elle attaque la mise en scène globale d'un folklore intimement associé à des chants patriotes et à des discours militants.
Le décryptage : entre folklore populaire et projet politique
Fondée en 2021, l'entreprise "Le Canon français" bénéficie du soutien actif du projet Périclès, impulsé par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin, considéré comme financier de l'extrême droite dans notre pays. Selon info.fr, ce fonds dispose d'une enveloppe de 150 millions d'euros sur dix ans destinée à propulser des structures liées à la mouvance conservatrice. Ce concept festif autour du vin et du porc rassemble massivement, enregistrant 70 000 personnes en 2025. Les réactions politiques droitières et identitaires fusent début mai.
Sur l'antenne de Sud Radio, Gilles Platret, maire de Chalon-sur-Saône, fustige une dérive séditieuse de la part du dignitaire musulman. L'élu affirme à son propos : "Il est très lié au régime algérien et il est en train de nous dire qu’en France, si vous vous retrouvez pour manger un bout de cochon, vous excluez ceux qui n’en mangent pas. Mais attendez, on est quand même dans le délire. Alors moi, je reçois le Canon français à Chalon, et ce sera d’ailleurs pour un banquet."
Sur le réseau social X, Marion Maréchal défend vigoureusement l'omniprésence de cette viande dans notre histoire culinaire, déclarant, "Si cela ne vous convient pas, vous pouvez toujours aller vivre ailleurs."
Une politisation de l’assiette française et des dérives racistes bien réelles
Géraud de la Tour, cofondateur de l'organisation visée, repousse catégoriquement toute accusation de discrimination ciblée. Interrogé par Le Figaro, il réclame immédiatement la fin d'une politisation outrancière visant des rassemblements qu'il qualifie de purement festifs et amicaux. Face à cette situation explosive, plusieurs élus de gauche, notamment issus de La France Insoumise et du Parti Socialiste, demandent publiquement l'interdiction de ces banquets géants, pointant des dérapages racistes inquiétants signalés lors de précédentes éditions, démontrés et diffusés par France Inter notamment.
Cette affaire médiatique illustre parfaitement les intenses frictions entourant les traditions religieuses et culturelles dans l'espace public français. L'affrontement politique soulève un défi juridique particulièrement complexe. Contrairement à la décision emblématique de la cour d'appel de Lyon en 2019 imposant des menus de substitution dans les cantines publiques de Chalon-sur-Saône, ces banquets relèvent du strict cadre privé. Les maires des prochaines villes ciblées par ces événements controversés devront désormais trancher minutieusement entre le respect de la liberté de réunion privée et la prévention des troubles à l'ordre public local. L'assiette devient officiellement un puissant terrain de lutte idéologique.
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