Pour préserver l’autonomie d’un parent dont les facultés sont altérées, vous pouvez faire appel à un mandataire judiciaire à la protection des majeurs (MJPM) si le juge des tutelles en a décidé ainsi. Un rôle qu’a choisi d’endosser Claire. Pour Planet.fr, elle dépeint un quotidien à la fois lourd et souvent décrié.

Voilà près de cinq années que Claire a choisi d’embrasser la profession de mandataire judiciaire à la protection des majeurs. Une mission qu’elle fait en sorte de remplir avec intégrité, mais qui n’en est pas moins intense et complexe.

Préserver l’autonomie de la personne

Handicapés mentaux de naissance, malades psychiatriques, personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson… Telles sont les typologies de personnes que Claire accompagne au quotidien. Son rôle ? Les protéger, les assister dans leurs démarches et les représenter le cas échéant. Mais elle tient à le préciser : "Nous ne sommes pas là pour sauvegarder un patrimoine, nous sommes là pour sauvegarder une personne avant tout et préserver ses intérêts. Notre rôle consiste à rendre les majeurs placés sous tutelle ou curatelle le plus autonomes possible tout en nous assurant que tous leurs droits tels que l'allocation aux adultes handicapés ou les droits au chômage par exemple, sont bien ouverts". Et de poursuivre : "Le problème tient au fait que, dès lors qu’une personne est placée sous mesure de protection, les services sociaux considèrent que seul son mandataire est habilité à effectuer certaines démarches (refaire une carte d’identité par exemple). Sauf qu’en raisonnant ainsi, non seulement, l’autonomie du majeur n’est pas préservée, mais nous nous retrouvons, en plus, en tant que mandataire, bien souvent débordés".

A cela, s’ajoute un autre enjeu. Celui de l’héritage des descendants. Claire le sait, en s’attelant à "sauvegarder" les intérêts des majeurs qu’elle accompagne, elle se doit parfois d’empiéter sur l’héritage des familles (dans le cas, par exemple, d’une personne âgée qui, pour des raisons médicales, doit aller en maison de retraite et donc vendre son bien pour payer l’institution en question). Une difficulté supplémentaire avec laquelle notre MJPM doit régulièrement composer.

Des conditions de travail intenses et potentiellement dangereuses

Au quotidien, Claire, qui a fait ses armes au sein d’une association de mandataires, est supposée gérer environ 60 mesures. Comprenez : 60 dossiers de majeurs placés sous mesure de protection. Autant d’individus auxquels il est nécessaire de rendre visite avec une régularité qui varie selon leur état et leurs besoins. Mais ce n’est pas toujours évident. "J’arrive à les voir tous mais pas aussi souvent que je le voudrais", concède Claire. "Lorsqu’une mesure est ouverte, je me rends très souvent auprès du majeur en question. Mais s’il se porte bien, il peut venir de lui-même me rencontrer pendant mes permanences".

Seulement voilà, Claire est forcément amenée à accompagner, de temps à autres, des majeurs en proies à des maladies psychiatriques telles que la schizophrénie, ou la bipolarité. "Bien sûr que c’est dangereux. Mais lorsque nous sentons qu’ils ne prennent pas leur traitement, nous effectuons un signalement auprès du Centre médico-psychologique (CMP). Forcément, nous faisons en sorte de ne pas nous mettre en danger".

Et un environnement parfois douteux

Bien qu’elle n’ait récemment pas forcément eu l’occasion de l’observer, Claire le sait. Dans sa profession comme dans tout autre métier, on recense quelques irréductibles capables de contourner la loi et d’abuser de la faiblesse de leurs clients pour servir leurs intérêts. "Dans mon secteur, nous travaillons sans compter, parfois même un peu trop. Nous sommes totalement voués au bien-être de nos protégés. Mais j’ai parfois vu des agents immobiliers vendre ou louer le bien d’un majeur placé sous tutelle ou curatelle sans mandat (c’est-à-dire sans contrat). Le problème est double. D’abord, c’est totalement interdit par la loi. Ensuite, cela permet à l’agence immobilière en charge de l’affaire et missionnée par le mandataire de s’arranger avec les prix et d’indiquer, par la suite, le montant de la commission qu’elle souhaite obtenir".

Au final, Claire aspire à différentes choses : faire en sorte qu’il y ait, à l’avenir, une meilleure compréhension des enjeux de son métier et des difficultés auxquelles elle est quotidiennement confrontée, instaurer un véritable partenariat entre les services sociaux et les mandataires et faire en sorte que les personnes qui intègrent la profession soient correctement accompagnées et formées.

Actuellement, elle a pu constater que, lorsque les MJPM travaillent en associations notamment, de nombreux stagiaires sans aucune formation ni aucun diplôme leur permettant d'accompagner des majeurs vulnérables intègrent ce milieu. Ils ont alors deux ans pour obtenir un certificat.

Publicité
Sauf qu’entre temps, il convient de leur expliquer rapidement et efficacement tous les rouages d’une profession où les règles sont légion et les enjeux d’une importance capitale puisque liés à la sauvegarde des Hommes, de leur bien-être et de leur dignité.

En vidéo - Dépendance des personnes âgées : le modèle nordique repose-t-il sur un fort taux d’imposition ?

Recevez toute l'actualité chaque jour GRATUITEMENT !

X
Publicité

Contenus sponsorisés

Publicité

A lire aussi sur Planet