"Recasage" à la Banque de France : la nomination de son président par Emmanuel Macron vire à la crise politique

Publié par Matthieu Chauvin
le 20/05/2026
Emmanuel Mouliin
abacapress
Ce mercredi 20 mai 2026, l'audition d'Emmanuel Moulin pour la direction de la Banque de France vire au bras de fer politique. Entre accusations de "recasage" et menaces de veto parlementaire via l'article 13, l'indépendance de cette institution clé pour votre épargne est au cœur des débats.

Ce matin, l'ambiance électrique dans les couloirs de l'Assemblée nationale et du Sénat donnait le ton. Les auditions du candidat désigné pour prendre la tête de l'institution monétaire se sont transformées en véritable réquisitoire. Le point sur cette fronde qui dépasse largement les murs du Palais Bourbon.

Pourquoi cette levée de boucliers ?

L'opposition semblait déterminée à bloquer le choix présidentiel, une situation totalement inédite sous la Ve République. Pour y parvenir, les parlementaires s'appuyaient sur l'article 13 de la Constitution. Ce texte précise que "Le Président de la République ne peut procéder à une nomination lorsque l'addition des votes négatifs dans chaque commission représente au moins les trois cinquièmes des suffrages exprimés au sein des deux commissions."

Face à Emmanuel Macron, une union de circonstance a rassemblé LFI, le PS, LR et le RN. Ces groupes dénonçaient une dérive monarchique du pouvoir et menacent d'atteindre ce fameux seuil des trois cinquièmes. Ce vote s'est transforme ainsi en un véritable test de fin de mandat pour le chef de l'État, alors que la succession anticipée de François Villeroy de Galhau agite la classe politique en cette année 2026.

Emmanuel Moulin, un proche parmi les proches

Le profil du candidat concentre toutes les attaques. Ancien directeur du Trésor, Emmanuel Moulin a récemment occupé les postes très politiques de directeur de cabinet de Grabriel Attal à Matignon et de Bruno Le Maire à Bercy. Et, comme le précise Le Figaro, "le quinquagénaire vient tout juste de quitter le poste de secrétaire général de l’Élysée, qu’il occupait depuis le printemps 2025." Ce passage direct de l'exécutif à la banque centrale nourrit les accusations de "recasage" et soulève un grave problème déontologique.

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Les oppositions fustigent la confusion entre la haute fonction publique et la simple fidélité à un camp. "La Banque de France ne peut être une annexe de l'Élysée", alertent les élus dans une déclaration commune relayée par l'AFP. De son côté, Eric Coquerel a martelé le 19 mai 2026 : "Nous refusons que la Banque de France devienne le refuge des conseillers du prince au mépris de l'indépendance monétaire."

Les statuts de la Banque Centrale Européenne (BCE) exigent en effet une stricte neutralité vis-à-vis des gouvernements nationaux. Un prérequis indispensable pour exercer sereinement ce mandat sans soupçon d'ingérence.

Le parlement finalement convaincu par Emmanuel Moulin

Le poulain du président s'est présenté ce matin devant les députés et les sénateurs et, rapporte Le Figaro, a d'emblée déclaré : "Je me tiens devant vous en homme libre et je m’engage à exercer mes fonctions en toute indépendance." Sa nomination a été actée grâce aux macronistes et aux républicains. S'il a récolté une majorité de voix "contre" à 52,7 % des suffrages, il en aurait fallu en réalité 3/5e pour que sa "candidature" soit retoquée.

Il a dû affronter les question des élus avec aplomb, comme le révèlent nos confrères, mercredi matin. "Quelle doit être l’indépendance politique du gouverneur selon vous et seriez-vous prêt à soutenir la politique économique de n’importe quel gouvernement ?", l'a ainsi interrogé le socialiste Philippe Brun. "Vous me qualifiez de fidèle de président de la République. C’est vrai que j’ai été dans l’État ces dix dernières années et j’espère l’être après" a-t-il répondu à une question d'Eric Coquerel dans la foulée. Reste que le pari d'Emmanuel Macron est réussi, puisque un autre Emmanuel dirige désormais la Banque de France.

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