Polémique : une ministre macroniste défend la théorie du "grand remplacement"

Publié par Matthieu Chauvin
le 10/09/2026
Aurore Bergé
abacapress
© Jumeau Alexis/ABACA
En refusant d'attribuer un caractère raciste à la thèse du "grand remplacement", la ministre Aurore Bergé provoque une violente déflagration politique.

Les déclarations de la ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations provoquent une onde de choc au sommet de l'État. Face aux caméras, la représentante du gouvernement a émis un avis très tranché sur une question de société taboue. Cette prise de position dynamite les repères républicains et déchire immédiatement la majorité présidentielle.

La sortie polémique d'Aurore Bergé met le feu aux poudres

Invitée sur le plateau de CNews face à Mathieu Bock-Côté le 9 septembre 2026, la ministre a refusé de classer le "grand remplacement" parmi les idéologies racistes. À la question directe de son interlocuteur, elle a tranché : "Non, je ne le crois pas", ajoutant aussitôt : "Pour moi, c'est un débat politique." 

Quelques heures plus tard, Aurore Bergé a persisté sur les ondes de Franceinfo. Si elle a concédé que cette théorie s'avère "mensongère et attise les peurs", elle a réitéré son refus de la qualifier pénalement ou idéologiquement de raciste.

À gauche, la réplique a fusé sans délai. Sur le réseau social X, le député La France insoumise Thomas Portes a dénoncé le 10 septembre 2026 une " honte absolue." Son collègue Bastien Lachaud a fustigé une véritable "déchéance politique, intellectuelle et morale", accusant la ministre d'adopter le vocabulaire de l'extrême droite.

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Aux origines d'un concept radical et meurtrier

L'analyse d'Aurore Bergé heurte frontalement la réalité historique et juridique. Forgée par l'écrivain d'extrême droite Renaud Camus, cette thèse complotiste repose sur l'idée d'une substitution méthodique et programmée de la population européenne par des personnes issues de l'immigration extra-européenne. Pour ses détracteurs, elle réduirait les populations à des considérations ethniques et démographiques menaçantes, un concept qui nourrirait directement l'hostilité xénophobe.

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Toujours pour ses contradicteurs, cette doctrine servirait de combustible au terrorisme suprémaciste international. Ce mot d'ordre aurait guidé les massacres de Christchurch en 2019 (51 morts), d'El Paso (23 morts) et de Buffalo en 2022 (10 morts). En qualifiant cette idéologie de simple matière à discussion, la ministre chargée de sanctionner les discriminations commet il est vrai un contresens troublant. Elle fragilise les dispositions de la loi du 29 juillet 1881, qui réprime l'incitation à la haine envers un groupe en raison de son origine ou de son appartenance raciale.

Fissure dans la majorité et banalisation du discours xénophobe

Le malaise s'étend au sein même de la macronie. Le 10 septembre 2026, la députée de la majorité Prisca Thévenot a publiquement contredit sa collègue sur Franceinfo en réaffirmant sans détour qu'il s'agit bien d'une "théorie raciste." Cette fracture expose les divisions du bloc central, tiraillé par la tentation d'adresser des gages à l'électorat conservateur et nationaliste pour contenir la poussée du Rassemblement national.

Pour les citoyens, ce glissement sémantique brouille gravement le cadre républicain. Présenter ce qui est considéré comme un ferment de haine raciale comme un sujet d'opinion acceptable normaliserait les discours d'exclusion dans le débat quotidien. Pour la majorité de la classe politique, ce renoncement lexical compliquerait le travail des associations antiracistes et fragiliserait la réponse judiciaire face aux dérives xénophobes.

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