12 septembre : le jour où le miracle de la Marne sauva Paris… et où une envie de cigarettes scella la Libération

Taxis de la Marne
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En ce 12 septembre placé sous le patronage de Saint Apollinaire, la grande roue de l'Histoire semble prise d'un vertige singulier. Tandis qu'en 1914 les rives de la Marne s'embrasent pour arracher la capitale à l'invasion, les ténèbres de Lascaux dévoilent leurs fresques millénaires en 1940, avant qu'un traité historique ne réunifie l'Allemagne en 1990. Pourtant, c'est une banale pénurie de tabac qui, au cœur de la guerre, décida du point de rencontre exact de deux armées de la Libération.

12 septembre 1944 : Quand une fringale de tabac scella la Libération

Soldats français de la Libération s'embrassant en septembre 1944.
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À la fin de l'été 1944, la France vit des heures fiévreuses. Deux immenses vagues militaires convergent pour libérer le territoire national : au nord, la 2e division blindée du général Leclerc montée depuis la Normandie ; au sud, la 1ère armée française du général de Lattre de Tassigny débarquée en Provence, avec notamment en fer de lance la 1ère division française libre du général Brosset. La logique voudrait que la jonction de ces deux géants résulte de calculs d'état-major méticuleux et d'ordres secrets. Le destin militaire en a pourtant décidé autrement, dans un minuscule village de Côte-d’Or baptisé Nod-sur-Seine.

Ce matin-là, vers 9 heures, le drame du jour pour monsieur et madame Merle est d'un tout autre ordre : leur bureau de tabac est totalement à sec. Faute de paquets pour satisfaire leurs clients, les deux buralistes enfourchent leurs bicyclettes et pédalent vers le chef-lieu de canton pour se réapprovisionner. Au détour d'une route de campagne, ils tombent nez à nez avec une colonne de blindés de la 2e DB. L'officier en tête les informe qu'il a l'ordre strict de stopper son avancée au village de Chamesson. Ne voulant rien entendre, les commerçants certifient aux soldats qu'il n'y a plus un seul Allemand à l'horizon et les persuadent de pousser quatre kilomètres plus loin pour faire étape dans leur propre commune.

Les militaires français s'installent donc au cœur de Nod-sur-Seine et, à 16 h 30 précises, voient surgir sur le même axe les avant-gardes de l'armée venue du Sud. Au pied d'un vieil orme, les soldats de Normandie et de Provence tombent dans les bras les uns des autres dans une liesse indicible, immortalisant la soudure définitive des deux fronts alliés. Tout cela parce qu'un couple de buralistes bourguignons refusait d'abandonner ses fumeurs locaux.

12 septembre 1897 : La naissance d'Irène Joliot-Curie, pionnière de l'atome et de l'égalité

Lorsque la petite Irène pousse son premier cri dans le XIIIe arrondissement de Paris, elle entre sans le savoir dans la plus illustre dynastie scientifique des temps modernes. Fille de Pierre et Marie Curie, elle grandit au milieu des carnets de laboratoire et du rayonnement fascinant du radium tout juste identifié. Loin de plier sous le poids de cet héritage colossal, la jeune femme révèle un esprit brillant et une ténacité hors pair, rejoignant l'Institut du Radium où elle croise le chemin de celui qui deviendra son alter ego scientifique et son époux, Frédéric Joliot.

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Ensemble, ils signent en 1934 une avancée qui révolutionne la physique : la découverte de la radioactivité artificielle. Couronnée par le prix Nobel de chimie en 1935, Irène ne limite pas son engagement aux paillasses de laboratoire. Dès l'année suivante, Léon Blum la nomme sous-secrétaire d'État à la Recherche scientifique au sein du Front populaire. Elle entre ainsi dans l'Histoire comme l'une des trois premières femmes à siéger dans un gouvernement français, un coup d'éclat politique retentissant à une époque où les citoyennes françaises n'ont toujours pas le droit de voter ni d'ouvrir un compte bancaire sans tutelle maritale.

Sa vision jette les bases de ce qui deviendra le CNRS et structure durablement la recherche nucléaire civile française. Pourtant, bien avant que la science ne vienne percer les secrets de l'infiniment petit, c'est le fracas assourdissant de la grande guerre qui allait marquer cette même date quelques années plus tard.

12 septembre 1914 : Le coup d'arrêt de la Marne sauve Paris du désastre

En ce début de septembre 1914, la France retient son souffle et semble promise à une invasion foudroyante. L'armée allemande applique rigoureusement le plan Schlieffen, déferle à travers la Belgique et s'enfonce si profondément en territoire français que le gouvernement a déjà fui en hâte vers Bordeaux. Paris n'est plus qu'à une poignée de lieues des éclaireurs ennemis. C'est alors que le généralissime Joseph Joffre et le gouverneur de la capitale Joseph Gallieni orchestrent un sursaut désespéré, réquisitionnant les célèbres taxis parisiens pour acheminer en urgence des milliers d'hommes frais sur la ligne de feu.

Après une semaine de corps-à-corps féroces sur un front de près de 300 kilomètres, la résistance des soldats français et britanniques brise la dynamique de l'assaillant. Le 12 septembre 1914, épuisées et menacées sur leurs flancs, les armées allemandes reçoivent l'ordre officiel d'interrompre l'offensive et de battre en retraite derrière l'Aisne. La capitale est sauvée in extremis et le plan allemand de conquête éclair est irrémédiablement ruiné.

Si ce "miracle de la Marne" évite une défaite immédiate, il inaugure aussi un cauchemar imprévu : les armées s'enterrent et débutent quatre longues années d'enfer dans les tranchées. Une génération plus tard, sous une autre guerre et une autre épreuve, c'est au fond de la terre que des enfants allaient faire une trouvaille bouleversante.

12 septembre 1940 : Quatre adolescents découvrent le sanctuaire de Lascaux

Peintures rupestres de taureaux et chevaux éclairées par une lanterne.
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En ce mois de septembre 1940, la France est coupée en deux et sidérée par la débâcle face aux armées du IIIe Reich. Pourtant, sur les hauteurs boisées de Montignac, en Dordogne, quatre adolescents — Marcel Ravidat, Jacques Marsal, Georges Agniel et Simon Coencas — n'ont en tête qu'un mystère d'enfant : explorer un orifice béant révélé par la chute d'un arbre déraciné. Armés d'une modeste lampe à graisse artisanale et d'un couteau, ils s'engouffrent dans le boyau sombre et rampent jusqu'à déboucher dans une immense caverne silencieuse.

En balayant la roche de leur faible faisceau lumineux, les quatre garçons sont saisis de stupeur. Des taureaux monumentaux, des chevaux galopants, des bisons et des cerfs majestueux peints en rouge, en noir et en ocre semblent s'animer sur les parois calcaires. Vieux de près de 20 000 ans, cet ensemble exceptionnel d'art pariétal, rapidement baptisé la "chapelle Sixtine de la préhistoire", révèle au monde ébahi la virtuosité esthétique et la profondeur spirituelle des hommes du Paléolithique supérieur.

Préservée des regards pendant des millénaires, la grotte de Lascaux devient aussitôt un trésor universel de l'humanité, aujourd'hui sanctuarisé pour survivre aux dégradations du temps. Cette plongée dans les mystères et les symboles trouve un étrange écho des décennies plus tard, lorsqu'une artiste choisit à son tour de bâtir toute son œuvre sur le culte de l'énigme.

12 septembre 1961 : Naissance de Mylène Farmer, icône de la pop et du secret

C’est dans la banlieue de Montréal, à Pierrefonds, que Mylène Gautier voit le jour le 12 septembre 1961, au sein d'une famille française expatriée. De retour dans l'Hexagone au cours de son enfance, la jeune fille introvertie rêve d'abord de devenir monitrice d'équitation avant de bifurquer vers les cours d'art dramatique. Sa trajectoire bascule définitivement lorsqu'elle rencontre le jeune compositeur Laurent Boutonnat, qui façonne pour elle un univers visuel baroque et singulier, fait de provocations feutrées, de poésie noire et de mélancolie existentielle.

Sous le nom de scène de Mylène Farmer, en hommage à l'actrice américaine Frances Farmer, elle devient à partir des années 1980 un phénomène sans équivalent dans le paysage musical français. Avec des hymnes intemporels comme Sans contrefaçon, Désenchantée ou Pourvu qu'elles soient douces, la chanteuse renverse tous les codes de l'industrie : refusant la surexposition médiatique, elle cultive un mutisme presque mystique tout en transformant chacune de ses apparitions scéniques en messes grandioses dans des stades combles, alignant plus d'une vingtaine de titres à la première place des charts.

Alors que la diva française s'apprêtait à marquer durablement l'imaginaire populaire par sa musique, le monde politique européen, lui, s'apprêtait à vivre un séisme géopolitique majeur en scellant la réconciliation de tout un continent.

12 septembre 1990 : Le traité de Moscou redessine l'Europe et réunit les Allemagnes

Ministres signant le traité de Moscou en 1990 devant leurs drapeaux.
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Moins d'un an après l'effondrement du mur de Berlin, le vent de l'Histoire souffle en tempête sur le continent européen. Le 12 septembre 1990, dans les salons de l'hôtel Oktiabrskaïa à Moscou, les ministres des Affaires étrangères de la République fédérale d'Allemagne et de la République démocratique allemande prennent place face aux représentants des quatre grandes puissances victorieuses de 1945 : les États-Unis, l'Union soviétique, la Grande-Bretagne et la France, représentée par Roland Dumas. L'objectif est d'une portée monumentale : régler définitivement le statut de l'Allemagne, divisée depuis près d'un demi-siècle.

Baptisé "Traité portant règlement définitif concernant l'Allemagne", ou accord "2+4", le texte met officiellement fin aux droits et zones d'occupation des Alliés sur le sol allemand. En fixant de manière inviolable les frontières du pays — notamment la reconnaissance de la ligne Oder-Neisse avec la Pologne — et en consacrant la pleine souveraineté de l'État réunifié, cet accord diplomatique d'orfèvre lève le dernier obstacle juridique et géopolitique à la renaissance d'une seule et même nation, entérinée trois semaines plus tard, le 3 octobre 1990.

En clôturant sans effusion de sang l'ère ouverte par la Seconde Guerre mondiale, le traité de Moscou a définitivement refermé la guerre froide, rappelant combien ce 12 septembre condense à lui seul les soubresauts, les triomphes et les métamorphoses de notre histoire collective.

12 septembre : Saint Apollinaire

Le 12 septembre met à l'honneur saint Apollinaire Franco, un prêtre franciscain espagnol du début du XVIIe siècle. Né à Aguilar de Campoo en Espagne, il choisit d'entrer dans l'ordre des Frères mineurs pour consacrer son existence à Dieu et à l'évangélisation. Animé par un profond désir de porter l'Évangile au-delà des mers, il part d'abord en mission aux Philippines avant de rejoindre le Japon, une terre où les chrétiens subissent alors de violentes persécutions sous le shogunat Tokugawa.

Malgré les dangers et les décrets d'expulsion des missionnaires étrangers, Apollinaire poursuit son ministère clandestin auprès des communautés locales pour soutenir leur foi. Il finit par être arrêté en 1614 puis emprisonné pendant plusieurs années dans des conditions extrêmement dures à Suzuta, près d'Omura. Refusant constamment de renier son engagement et sa foi, il est condamné au bûcher et meurt martyr le 12 septembre 1622 aux côtés de plusieurs compagnons d'infortune. Reconnu pour son courage et sa fidélité spirituelle jusqu'au sacrifice suprême, il a été béatifié par le pape Pie IX en 1867.

Les saints du jour

En plus de saint Apollinaire, l'Église catholique célèbre le 12 septembre la fête du Saint Nom de Marie, instituée pour honorer la mère du Christ et rappeler la délivrance de Vienne en 1683. On commémore également saint Guy d'Anderlecht (ou saint Guidon), patron des laboureurs et des pèlerins, connu pour sa charité et sa simplicité évangélique. Enfin, ce même jour honore la mémoire de saint Autonome, évêque italien martyr en Bithynie sous la persécution de Dioclétien au début du IVe siècle, ainsi que celle de saint Curonote (ou Curonato), évêque d'Iconium en Lycaonie (Asie Mineure) et martyr de la foi chrétienne.

Les célébrités portant ce prénom

  • Guillaume Apollinaire (1880-1918) : poète et écrivain français d'origine polonaise, figure majeure de la modernité poétique et inventeur du terme "surréalisme".
  • Apollinaire Bouchardat (1806-1886) : pharmacien et hygiéniste français, considéré comme l'un des fondateurs de la diabétologie moderne grâce à ses travaux sur les régimes alimentaires.
  • Apollinaire Vasnetsov (1856-1933) : peintre et illustrateur russe, célèbre pour ses reconstitutions historiques de la ville de Moscou au Moyen Âge.
  • Apollinaire de Kontski (1825-1879) : violoniste virtuose et compositeur polonais, élève de Paganini et fondateur de l'Institut musical de Varsovie.
  • Apollinaire Joachim Kyélem de Tambèla (né en 1958) : avocat, essayiste et homme d'État burkinabè, Premier ministre de transition du Burkina Faso de 2022 à 2024.
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