Polémique : des élus RN refusent de baptiser une école au nom d'une rescapée de la Shoah
Le conseil municipal de Bergerac, en Dordogne, est devenu le théâtre d'une vive confrontation politique lors de sa séance du 30 septembre 2026. L'attribution du nom d'Irène Sapir à l'école élémentaire du Bout des Vergnes a révélé une profonde fracture au sein de l'assemblée communale. Bien que la délibération ait été adoptée par la majorité municipale, le vote hostile du groupe d'opposition a immédiatement déclenché des remous bien au-delà des frontières départementales.
Un vote municipal sous tension face au refus des élus RN
La délibération portée par le maire socialiste Fabien Ruet officialise le changement de nom de l'école élémentaire du Bout des Vergnes au profit d'Irène Sapir. Si le texte a rassemblé une large majorité des suffrages, les trois conseillers municipaux apparentés au Rassemblement national s'y sont formellement opposés. Les représentants du groupe ont justifié leur vote contre en invoquant le principe fondamental de neutralité de l'école publique républicaine face au parcours partisan de l'ancienne élue.
Lors des débats, le conseiller d'opposition Christian Gérard a explicité cette position en pointant les mandats passés de l'intéressée. Selon des propos rapportés par L'Express, l'élu a déclaré : "Une école de la République doit rester neutre, elle ne peut pas porter le nom d'une militante politique. Or madame Sapir a siégé dans cette assemblée de 1967 à 2001 comme élue communiste." L'élu a affirmé respecter le travail de transmission historique, tout en contestant un hommage accordé à une personnalité engagée pendant plus de trente ans sous la bannière du PCF et refusant de saluer les élus de sa formation.
Travail mémoriel et vague d'indignation nationale
Âgée de 89 ans, Irène Sapir représente une figure respectée de la mémoire locale. Arrêtée à l'âge de 5 ans lors de la rafle du Vel d'Hiv les 16 et 17 juillet 1942, durant laquelle 13 152 personnes juives furent arrêtées par la police française sous le régime de Vichy, elle a ensuite exercé comme institutrice. Elle a consacré plusieurs décennies à témoigner inlassablement de la Shoah auprès des collégiens et des lycéens de la région, tout en siégeant à la mairie jusqu'au début des années 2000.
La réponse de l'ancienne élue ne s'est pas fait attendre face à cette prise de position. Interrogée par Ici Périgord, elle a dénoncé une animosité ciblée : "Ma première tare, c'est d'être communiste. Ma deuxième tare, c'est d'être juive." Le maire Fabien Ruet a soutenu cette démarche en soulignant la valeur d'un hommage public rendu du vivant d'un témoin de l'Histoire républicaine.
La polémique a suscité l'émoi des associations d'anciens combattants comme l'ANACR et des représentants communautaires. Dans un communiqué rendu public par son président René Lévy, l'Observatoire juif de France a tenu à clarifier la portée du projet : "L'OJF, association apolitique, rappelle que la reconnaissance de ce parcours et de ce travail de mémoire relève d'une démarche mémorielle et éducative. Elle ne constitue pas une prise de position en faveur des convictions politiques personnelles de l'intéressée." Cette contestation replace le positionnement du Rassemblement national sur les enjeux de mémoire au centre des débats politiques.
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