Malgré la flambée du prix des carburants, l'État a perdu une fortune en recettes fiscales

Publié par Matthieu Chauvin
le 13/10/2026
Baisse des prix de l'essence
Istock
Malgré des tarifs records dans les stations-service, l'État enregistre une perte fiscale nette de 357 millions d'euros depuis janvier, balayant ainsi l'existence d'une quelconque cagnotte budgétaire.

Les automobilistes français subissent une pression financière intenable à chaque passage en station, nourrissant l'idée persistante que le fisc profite de la crise énergétique. Pourtant, le ministère de l'Économie et des Finances présente un bilan budgétaire négatif sur la fiscalité pétrolière. Ce décalage économique inédit éclaire d'un jour nouveau les choix fiscaux du gouvernement à l'approche de l'hiver.

L'État dément toute "cagnotte" et affiche un déficit fiscal de 357 millions d'euros

Invité le 13 octobre 2026 sur France 2, le ministre des Comptes publics David Amiel a fermement rejeté l'existence d'une manne financière perçue par le Trésor public. "Quand on compare ce qui s'est passé entre le début de l'année et aujourd'hui, les recettes fiscales liées au carburant (...) ont baissé pour l'État de 357 millions d'euros", a tranché le représentant de Bercy, ajoutant : "Heureusement qu'on n'a pas écouté ceux qui nous appelaient à redistribuer une cagnotte imaginaire."

Cette annonce intervient alors que les automobilistes paient en moyenne 2,16 euros le litre pour le SP95-E10 et 2,36 euros pour le gazole. Ce niveau tarifaire inédit nourrit la colère des usagers de la route, persuadés que l'administration fiscale enregistre des bénéfices colossaux grâce à ces montants historiques.

Le bras de fer comptable entre la TVA et l'effondrement des accises

Ce paradoxe découle de la structure fiscale des produits pétroliers. D'un côté, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) à 20 % s'applique sur le prix final hors taxes. Portée par la hausse des cours du brut, elle a rapporté un surplus de 798 millions d'euros dans les caisses nationales au 30 septembre 2026.

Vous avez aimé cet article ?

De l'autre côté, l'accise sur les énergies fonctionne selon un tarif fixe par volume vendu : 60,75 centimes par litre de gazole et 67,02 centimes par litre de SP95-E10. Or, face à des étiquettes rédhibitoires, les ménages réduisent leurs déplacements quotidiens. Cet effondrement des volumes consommés entraîne un plongeon de 1,181 milliard d'euros des recettes d'accises.

Le ministère rappelle également que l'État ne garde pas la totalité de ces sommes. Les collectivités territoriales perçoivent une part déterminante de cette fiscalité pour financer les compétences régionales et départementales, subissant elles aussi ce tassement des volumes.

Les conséquences pour le conducteur : à quoi s'attendre à la pompe et dans son budget ?

Pour desserrer l'étau autour des consommateurs, l'exécutif compte sur un levier logistique. Selon la Direction générale de l'énergie et du climat, des millions de barils issus des réserves stratégiques de gazole seront libérés dès le 1er novembre 2026. Cette injection massive doit détendre les tensions d'approvisionnement et faire baisser les cours sur le marché intérieur.

En revanche, Bercy refuse toute baisse générale des taxes ou reconduction d'une ristourne universelle. Face aux impératifs de redressement des finances publiques et à ce manque à gagner net, le gouvernement privilégie des aides ciblées pour les gros rouleurs modestes plutôt qu'un chèque généralisé pour tous.

Google News Voir les commentaires