L'énorme avantage auquel les employés de l'énergie refusent de renoncer malgré la crise

Publié par Matthieu Chauvin
le 15/09/2026
Electricien
Istock
Ce mardi 15 septembre 2026, les salariés et retraités des industries électriques et gazières mènent une grève massive contre le projet gouvernemental de révision fiscale de leur tarif préférentiel.

La contestation prend une ampleur inédite dans le secteur énergétique français. Face à la volonté de l'exécutif de rogner cet avantage historique hérité de l'après-guerre, le front syndical affiche une détermination totale. L'ouverture de ce chantier sous haute tension suscite de vives craintes quant à l'équilibre du réseau et au portefeuille des bénéficiaires.

Une mobilisation unitaire et des baisses de production sur le réseau

Le mot d'ordre unitaire a paralysé une partie importante de l'activité énergétique du pays. L'ensemble des organisations représentatives de la branche, réunissant la FNME-CGT, CFE Énergies, la FCE-CFDT et FO Énergie et Mines, ont formé un front commun inédit. Chez EDF SA, la mobilisation a atteint près de 59 % de grévistes à la mi-journée selon les données transmises par la direction. "Le tarif agent n'est pas un privilège, c'est un droit, une contrepartie d'un statut", a rappelé Fabrice Coudour, secrétaire général de la FNME-CGT.

Pour peser sur les négociations, les équipes d'exploitation ont enclenché des actions coordonnées dans les sites de production. Dès l'aube, des baisses volontaires de charge et de puissance électrique ont touché plusieurs centrales nucléaires, notamment celles de Tricastin, Flamanville, Cattenom et Nogent-sur-Seine, ainsi que des barrages hydroélectriques. Les gestionnaires de réseau garantissent néanmoins l'absence de coupure pour le grand public.

La démonstration de force s'est déplacée sur le terrain politique avec un rassemblement devant le ministère de l'Économie à Paris. Une délégation intersyndicale a été reçue à Bercy par la ministre déléguée à l'Énergie, Maud Bregeon. Sur France 2, la porte-parole de l'exécutif a affirmé qu'"il n'y aura pas de passage en force," avant de préciser que "la question c'est le niveau de fiscalisation."

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Un avantage né en 1946 bousculé par la rigueur budgétaire

L'étincelle de ce conflit social provient d'un rapport de la Cour des comptes publié le 17 juillet 2026. L'institution a vivement critiqué ce dispositif en insistant sur son poids financier : "L'avantage en nature énergie représente un coût démesuré, soit plus de 700 millions d'euros en 2024 à l'échelle du groupe, obligeant également à la constitution de passifs sociaux au titre de son maintien après l'emploi (3,9 milliards d'euros à fin 2024). Il ne peut perdurer en l'état." En 2024, le coût global pour le groupe EDF s'est élevé à 733 millions d'euros, tandis que les passifs provisionnés atteignent 3,9 milliards d'euros.

Bercy entend réévaluer l'avantage en nature soumis aux cotisations et à l'impôt sur le revenu. L'objectif consiste à récupérer 235 millions d'euros de recettes fiscales annuelles. Actuellement, près de 300 000 agents actifs, retraités et ayants droit bénéficient de ce mécanisme et ne règlent qu'environ 2 % du tarif grand public de l'énergie, en vertu d'accords tarifaires figés depuis les années 1950 et 1960.

Comme le révèle TF1 Info; "Cet avantage fait quoi qu'il en soit une sacrée différence. Un foyer classique paie en effet une facture annuelle d'électricité de 1291 euros en moyenne, alors qu'un foyer dont l'un des parents est agent d'un fournisseur d'énergie ne paiera, pour la même consommation, que 25,82 euros par an, soit cinquante fois moins." D'après nos confrères il concerne les retraités et salariés "EDF, RTE et ENEDIS en France, mais aussi une partie de ceux d'ENGIE."

Cette offensive met en lumière deux visions irréconciliables du contrat social. Pour les syndicats, cette ristourne constitue un complément de rémunération indissociable des astreintes et des exigences du service public. "Le tarif agent est au cœur du contrat social des agents, des actifs comme des retraités. Nous sommes déterminés à le défendre", a soutenu Sandrine Tellier, secrétaire générale de FO-Énergie et Mines. À l'opposé, le gouvernement invoque la justice fiscale, le désendettement de l'État et l'impératif écologique de sobriété pour justifier la normalisation de ce régime d'exception.

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