Affaire Lyhanna : un nouveau signalement révélé, trois mois avant le drame

Publié par Matthieu Chauvin
le 16/06/2026
Lyhanna
Autre
© Ministère de l'Intérieur
L'enquête sur le meurtre de la petite Lyhanna s'assombrit après la révélation d'un signalement des services sociaux, étrangement ignoré par la justice trois mois avant le drame.

Alors que les enquêteurs tentent toujours de retracer les circonstances exactes de cette tragédie, le dossier prend une tournure profondément polémique. Le système judiciaire et administratif du Gers se retrouve sous le feu des critiques après la découverte d'alertes préalables, mystérieusement écartées par les autorités locales. Une nouvelle a été révélée hier par BFM TV.

Un signalement de l'ASE trois mois avant le drame

Une pièce supplémentaire vient lourdement accabler le suivi judiciaire de Jérôme Barella. Un rapport officiel de l’Aide sociale à l'enfance (ASE) révèle que les autorités disposaient d'éléments matériels sur le profil préoccupant du suspect.

Cette alerte, rédigée et transmise le 12 mars 2026, ne laissait guère de place au doute. Selon les détails dévoilés par la chaîne d'information, le signalement administratif dénonçait expressément des "gestes déplacés" de la part du mis en cause lors d'une soirée pyjama, encore, à son domicile. Ces agissements visaient une jeune collégienne âgée de onze ans et se seraient produits au cours de la période estivale 2025.

Le rapport de l'ASE, cité par nos confères, indique notamment : "Elle rapporte que (…) alors qu’elle dormait chez son amie, elle aurait constaté la présence de Monsieur Barella derrière elle, à hauteur de ses fesses. Selon ses déclarations, Monsieur Barella aurait effectué des gestes qu’elle qualifie de déplacés, sans qu’un contact physique ne soit mentionné. Elle peut aussi dire que lors d’une bataille d’eau, Monsieur Barella se serait collé à elle de façon très inappropriée au bord d’une fenêtre. Cela (l’a) mise mal à l’aise."

Une accumulation de défaillances judiciaires dans le Gers

Face à la transmission de ce rapport, l’inertie du parquet d’Auch interroge profondément. Ce document, pourtant envoyé aux services compétents trois mois avant le meurtre de la petite Lyhanna, n’a provoqué aucune mesure de placement de protection ni aucune surveillance renforcée autour du suspect. Certes, "Elle a fait ces déclarations suite à une conversation qu’elle a eu au collège sur le harcèlement. Elle dit ne pas avoir prévenu les adultes plus tôt par peur de se faire sermonner. Elle n’a pas souhaité et ne souhaite pas en faire part à sa mère par peur que celle-ci porte un jugement à son encontre." Mais comment la blâmer ?

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Seule "initiative" prise par les autorités, le département du Tarn-et-Garonne, dont dépend la fillette, "a informé [ses] deux parents de leur possibilité de déposer plainte."  Le procureur de la République d'Auch, responsable de la réception de ces signalements, n'a ordonné aucune enquête immédiate, laissant une situation potentiellement explosive se détériorer sans filet de sécurité institutionnel. 

Une accumulation de défaillances judiciaires dans le Gers

Le CRIP (Cellule de recueil des informations préoccupantes) du Gers avait également reçu le rapport de l'ASE le 12 mars dernier. Contacté par BFM TV, celui-ci a répondu : "Lorsqu’un élément est porté directement à la connaissance du parquet par un service départemental ou un acteur habilité, la décision d’enquête et les suites judiciaires relèvent de la seule autorité judiciaire. La CRIP est alors informée dans le cadre de la coordination départementale, mais n’a pas vocation à se substituer au parquet dans le traitement judiciaire du signalement.

Cette chronologie met en lumière d'importants ratés administratifs au sein de la juridiction. La communication entre l’ASE et les services judiciaires a manifestement rompu à deux reprises en l'espace de quelques mois. Le parquet d'Auch (dont la procureur Clémence Meyer a refusé de répondre aux questions de nos confrères) n'a effectué aucun recoupement entre les accusations d'août 2025 et la nouvelle alerte de mars 2026, illustrant un dysfonctionnement majeur dans le traitement des profils dangereux.

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