Par peur d'être surtaxé, TotalEnergies menace de stopper le plafonnement des prix

Publié par Matthieu Chauvin
le 06/05/2026
Station service TotalEnergies
Istock
Photo d'illustration
Le bras de fer s'intensifie entre le géant pétrolier et l'État, le grand patron du premier Patrick Pouyanné conditionnant désormais le maintien du prix plafond du carburant à l'absence de nouvelles taxes sur les superprofits.

Cette passe d'armes inédite intervient dans un climat très tendu pour le pouvoir d'achat des automobilistes français. Alors que les tarifs à la pompe subissent de fortes variations depuis plusieurs mois, l'éventualité d'une suppression de cette ristourne ravive les inquiétudes des consommateurs et bouscule l'agenda politique national

Patrick Pouyanné met le prix plafond sur la sellette

Lors d'un déplacement très commenté à Pau, le PDG de TotalEnergies choisit de lier le sort du dispositif de plafonnement à la politique fiscale du gouvernement. Le dirigeant fixe une ligne rouge et avertit sans détour les pouvoirs publics : "En cas de surtaxe sur nos raffineries, qui sont par ailleurs souvent déficitaires, (...) nous ne pourrons pas maintenir le plafonnement dans nos stations en France", rapportent les quotidiens régionaux Sud Ouest et La République des Pyrénées

Cette déclaration fracassante ne doit rien au hasard. Elle survient à un moment stratégique, alors que le géant de l'énergie affiche des résultats trimestriels records, jetant un froid chez les millions d'usagers ravis de profiter encore de ce tarif protecteur plafonné à 1,99 euros/L pour le sans-plomb et 2,25 euros/L pour le gasoil . L'ultimatum résonne comme une mise en garde adressée à l'exécutif.,

Des profits historiques qui accentuent la pression politique

Les chiffres présentés par la major pétrolière donnent le vertige. L'entreprise a enregistré un bénéfice net colossal de 5,8 milliards de dollars (soit environ 4,96 milliards d'euros) lors du premier trimestre 2026. Cela représente un bond spectaculaire de 51 % sur un an, selon le communiqué officiel de TotalEnergies. Cette dynamique impressionnante s'explique par les multiples crises géopolitiques au Moyen-Orient et les tensions persistantes dans le détroit d'Ormuz, qui propulsent mécaniquement les cours du brut à la hausse et regonflent les marges de l'entreprise.

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Mais Patrick Pouyanné justifie le fait de ne pas pouvoir se permettre de les baisser auprès du magazine Valeurs Actuelles : "Nous devrons acheminer des carburants en concurrence avec l'Asie vers la France, donc en payant plus cher". Au sommet de l'État, on improvise pour calmer le puissant patron. Le Premier ministre Sébastien Lecornu repousse tout "Total bashing" devant les députés à l'Assemblée

Il rappelle que la multinationale verse déjà 2 milliards d'euros de prélèvements obligatoires sur le territoire national. Malgré ce soutien mesuré, l'opposition maintient ses exigences. Le Parti Socialiste porte notamment une proposition de loi pour taxer les bénéfices exceptionnels de 20 % à 40 % pour les sociétés dépassant 750 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Les conséquences immédiates pour le plein des automobilistes

Sans ce bouclier tarifaire volontaire, qui a représenté un effort financier d'environ 500 millions de dollars pour le groupe sur la seule année 2023 d'après les informations de Boursorama et de l'AFP, les tarifs grimperaient en flèche pour s'aligner sur les véritables prix du marché international. Les automobilistes français risquent de débourser jusqu'à 2,15 euros voire 2,20 euros pour chaque litre de sans-plomb selon les territoires et les approvisionnements, bien plus, peut-être 3 euros pour le diesel.

Cette flambée inévitable frapperait les 3 300 stations-service du réseau national qui appliquent encore la mesure à ce jour, soit près d'un tiers des points de distribution dans l'Hexagone. Face à ce scénario inflationniste, seuls quelques usagers spécifiques échapperaient à cette hausse. L'entreprise précise que ses clients détenteurs d'un contrat d'électricité ou de gaz chez la marque conserveraient un avantage tarifaire exclusif sur le carburant. Les modalités d'application de ce plan B demeurent toutefois inconnues pour le grand public, laissant planer le doute sur l'avenir du budget automobile des ménages.

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