Après 130 ans d'histoire, ce chausseur français iconique en liquidation judiciaire

Publié par Matthieu Chauvin
le 29/09/2026
Magasin André
Autre
© André
Le tribunal de commerce a prononcé la liquidation judiciaire définitive du chausseur André, scellant le sort d'une enseigne centenaire asphyxiée par les dettes et l'échec des négociations locatives.

Une page historique du commerce tricolore se tourne brutalement avec la chute d'une marque familière des foyers français. Fondée à la fin du XIXe siècle (1896), la chaîne de magasins n'a pas survécu à ses difficultés financières persistantes malgré plusieurs tentatives de reprise successives. La décision du tribunal met un terme aux derniers espoirs de restructuration d'un réseau déjà réduit à l'extrême.

La justice scelle la disparition définitive de la marque André

Le couperet est tombé sans appel. Révélée le mardi 29 septembre 2026, la décision du tribunal de commerce de Paris actant la conversion en liquidation judiciaire de la société d'exploitation Héritage 1896 met un point final à l'aventure de l'enseigne André. Les juges ont fixé la date de cessation des paiements au 30 juin 2026, constatant l'impossibilité légale d'envisager un nouveau plan de redressement au titre des articles L. 640-1 et suivants du Code de commerce.

Cette faillite découle directement de l'impasse financière provoquée par le rejet de tout compromis locatif. Les discussions menées avec la foncière commerciale Westfield ont définitivement échoué, rendant le poids des loyers insupportable pour une trésorerie exsangue. Faute d'accord sur les baux des centres commerciaux, l'exploitation ne pouvait plus honorer ses échéances.

Ce verdict entraîne le licenciement des 30 salariés restants, ultime vestige d'un groupe qui fit vivre des milliers de familles. "L'entreprise, aujourd'hui en cessation de paiements et qui n'emploie plus que 30 salariés, ne peut être redressée", a souligné le jugement cité par l'AFP. Le choc social s'avère violent pour les équipes. "Il n'aura fallu que quelques minutes pour que les grilles se ferment. Pour les salariés, le choc est immense, c'est toute une vie qui s'effondre après l'espoir", déplore la fédération FEC-FO Commerce dans un communiqué.

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Les raisons d'un déclin historique face aux mutations du marché

La trajectoire d'André illustre un déclassement spectaculaire. Née à Nancy en 1896, l'entreprise connaissait son âge d'or dans les années 1980, inaugurant fièrement son 500e magasin en 1983. Les décennies suivantes ont rimé avec démantèlement progressif sous l'ère Vivarte, prélude à une série de plans sociaux et à des relances éphémères depuis 2020 sous la houlette de repreneurs successifs tels que François Feijoo, la société Optakare puis New André.

Le modèle économique traditionnel du réseau a été balayé par les mutations des modes de consommation. Les boutiques physiques ont subi l'érosion continue de leur fréquentation face à la montée en puissance des géants de la vente de chaussures en ligne et aux assauts tarifaires agressifs de la mode à bas prix. Cette concurrence féroce a vidé les magasins de leur clientèle habituelle.

La marque a également souffert du syndrome du rideau de fer qui frappe le moyenne gamme. Enfermée dans des baux rigides, pénalisée par la désaffection des galeries marchandes et des artères commerçantes, l'enseigne n'a jamais retrouvé son équilibre d'exploitation. Pour les Français, la fermeture définitive enterre un patrimoine populaire resté célèbre pour son slogan "le chausseur sachant chausser".

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