C’est une question que l’on se pose rarement et qui est même devenue un tabou en France : les politiques sont-ils heureux ? Auteur du livre à paraître en septembre "Le bonheur en politique", Jérémy Collado nous éclaire sur le lien qui existe entre le pouvoir et l’épanouissement personnel. 

Planet : Les politiques parlent très peu de leur bonheur. Pourquoi ?

Jérémy Collado* : "C’est même un sujet tabou ! Quand le peuple est malheureux, il est compliqué de parler de son propre bonheur. Cela devient déplacé, voire indécent. Le silence des politiques sur ce sujet s’explique également par le rapport particulier que les Français ont avec eux. Ces derniers veulent des gens normaux, comme eux, et en même temps des personnes surpuissantes qu’ils sacralisent. Difficile dans ces cas-là pour les politiques d’aborder des thématiques 'normales' comme le bonheur et l’épanouissement personnel sans prendre le risque de décevoir les Français.

Planet : Qu’attendent les Français exactement ?

Jérémy Collado : L’affaire Hollande-Gayet est assez symptomatique de leurs attentes. François Hollande était certes déjà discrédité mais, au lieu de se réjouir pour lui, les Français l’ont critiqué et montré du doigt. On devrait pourtant être contents d’avoir un chef d’Etat heureux. Tout le monde sait que l’on travaille mieux qu’on est épanoui. Mais en France, on aime les destins de politiques qui ont souffert. La plupart l’ont d’ailleurs compris et veillent aujourd’hui à ne pas afficher leur bonheur. Certains font cependant fi de tout ça et revendiquent le droit d’être heureux. C’est notamment le cas de Bruno Le Maire qui m’a confié au cours d’un entretien qu’il avait réglé plein de choses, se sentait aujourd’hui très bien dans sa vie, et ne voyait pas pourquoi il ne pourrait pas le dire franchement.

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Planet : Certains présidents de la République ont-ils été plus heureux que d’autres ?

Jérémy Collado : L.e général De Gaulle et Valéry Giscard d’Estaing ne parlaient pas de bonheur. C’étaient des présidents qui avaient vécu la grande Histoire et pour eux, parler du bonheur était complètement incompatible avec la vie politique. Une certaine pudeur entourait ce sujet à l’époque. VGE et même Jacques Chirac ne se posaient pas la question de savoir si la politique les rendait heureux, ils avaient un objectif et ils fonçaient droit devant pour l’atteindre, parfois même au détriment de leur famille.

En 2007, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ont tout fait basculer en faisant entrer leur vie privée dans la sphère politique. Un an plus tard, l’actuel patron des Républicains a même abaissé la fonction présidentielle en déclarant face à la presse : 'Président de la République, ça ne donne pas le droit au bonheur. Pas le droit plus au bonheur qu’un autre, mais pas moins qu’un autre'. Aujourd’hui, nous vivons une époque où l’on est sans cesse en quête du bonheur. On nous dit qu’il faut être heureux et accompli dans sa vie. Mais dès lors qu’il s’agit des politiques, cette notion fait tache.

Planet : Selon vous, François Hollande est-il heureux ?

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Jérémy Collado : C’est compliqué à dire. François Hollande est quelqu’un de très pudique. J’ai parlé avec des amis à lui et tous m’ont dit que c’était un homme qui se confiait très peu à ses proches. Ce n’est pas un homme qui aime parler de lui. Au sens politique du terme, je pense qu’il est heureux. Il s’est battu pour arriver là où il est et il s’y plaît. Il est totalement dans la politique politicienne avec ses stratégies et ses tactiques. Dans sa vie privée en revanche, c’est le grand mystère".

 *Jérémy Collado est l’auteur du "Bonheur en politique – Quand les politiques se confient sur un tabou français" (éd. François Bourin – parution le 8 septembre 2016). 

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