Crédité de 15% d'intentions de votes dans les sondages, le troisième homme de la présidentielle veut balayer les institutions et instaurer la VIème république. Autoproclamé porte-parole du peuple et révolutionnaire, Jean-Luc Mélenchon peut-il être aussi un danger, et pour qui ?

"J’ai toujours considéré Jean-Luc Mélenchon comme un démocrate et un républicain. Son programme n’est pas fait pour être appliqué mais frapper les esprits" écrivait récemment sur son blog le maire socialiste de Lyon Gérard Collomb.

Frapper les esprits. Le terme colle à Mélenchon, qui ne manque pas de bons mots, parfois provocants, pour se faire remarquer. On ne compte plus en effet, depuis le début de la campagne, ses petites phrases, à l'encontre de ses adversaires, allant de la finance à Sarkozy, en passant bine sûr par l'une de ses cibles privilégiées, le Front national : "J'ai toujours été pour l'interdiction de ce parti" clame haut et fort le candidat du Front de Gauche, qui traite aussi sa présidente, Marine Le Pen, de semi-démente.

 

Vis-à-vis des médias, le candidat n'est parfois pas plus tendre : de "petite cervelle" à "sale corporation voyeuriste" en 2010 à l'attention d'un journaliste, Mélenchon a aussi fait parler de lui (dans la presse !) pour avoir interdit l'accès à un de ses meetings à l'équipe du Petit Journal. Ce sur quoi un conseiller du candidat s'est expliqué en donnant sa version des faits au site arrêt sur image.

Interdire des partis jugés "antirépublicains", refuser l'entrée à des journalistes accusés de "bidonnage"… voilà qui peut être déjà considéré par certains comme une porte ouverte aux dérives arbitraires, une forme de "censure" assumée puisque justifiée par le Front de Gauche.

Mais encore. Qu'en est-il, au-delà de ces quelques mesures marginales, à l'intérieur même du parti de Jean-Luc Mélenchon. Car si l'homme rassemble toujours de nouveaux venus dans ses meetings ( jusqu'à 40 000 personnes sont attendues jeudi 5 avril à Toulouse) – au point de  devoir emprunter 1 million d'euros supplémentaire pour poursuivre sa campagne –, il peut aussi, bien évidemment, diviser. Et parfois même au sein de ses propres soutiens.

Ainsi, Michel Onfray, qui a "soutenu un temps" Mélenchon met en garde, en admettant (en mars dernier chez Laurent Ruquier) s'être désolidarisé du candidat : "ça a commencé le 5 janvier 2011 quand je l’ai entendu dire à France Inter que Cuba n’était pas une dictature, raconte le philosophe. Alors voilà cet homme qui nous dit que la Ve République, la Constitution de 1958, sont quasiment fabriqué par un fasciste qui s’appelle le général de Gaulle mais qui trouve en même temps que Fidel Castro n’est pas un dictateur. Un personnage qui nous a dit du bien de Hugo Chavez, qui, lui, un temps, disait à Khadafi que s’il voulait finir ses jours tranquilles, il pourrait bien l’accueillir." 

Au-delà de ses déclarations, Mélenchon doit aussi essuyer de vives critiques sur ses projets. Et donc en termes d'économie. D'après l'Institut de l'entreprise, un think-tank (proche du MEDEF) et spécialisé dans l'évaluation des mesures politiques, la facture des principales réformes du Front de Gauche dépasserait les 130 milliards d'euros … soit 10 milliards de plus que les 120 milliards énoncés par le parti pour l'ensemble de son projet !

Parmi les idées les plus couteuses : le remboursement à 100 % des dépenses de santé,  la retraite à 60 ans à taux plein pour tous, rétablissement des 60 000 postes , doublement du budget public de la recherche, etc. De quoi heurter si les estimations sont justes et faire parler d'un programme au coût faramineux pour les uns, irréaliste pour les autres. Et donc, selon ces mêmes détracteurs, forcément inadapté et explosif en temps de crise... 

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Enfin, dernier danger potentiel : au sein même de la gauche. Car Mélenchon, bien qu'il ait déjà assuré appeler à voter pour le candidat de la gauche au deuxième tour (a priori pour Hollande, donc) lui fait aujourd'hui de l'ombre en prenant sur son électorat. Poussé à l'extrême, ce scénario d'un Front de Gauche montant au détriment d'un PS descendant pourrait créer au premier tour un nouveau "21 avril" Sarkozy - Le Pen…  La pire situation possible pour Hollande, mais aussi pour Jean-Luc Mélenchon, dont le succès n'aurait alors été profitable uniquement pour les deux partis les plus opposés au sien. Une crainte avec laquelle il doit cependant composer.