10 septembre : le jour où la guillotine trancha pour la dernière fois en France… et où un taxi électrique connut le premier délit d'ivresse
10 septembre 1897 : La toute première arrestation pour ivresse au volant… en taxi électrique !
Dans la nuit brumeuse de Londres, le 10 septembre 1897, un fracas métallique retentit au 165 New Bond Street. George Smith, un jeune chauffeur de 25 ans, vient d'encastrer brutalement son véhicule dans la devanture d'un magasin. Lorsque le policier accourt sur les lieux, la scène a de quoi surprendre : l'engin accidenté n'est pas un fiacre tiré par des chevaux, mais une automobile flambant neuve, et son conducteur titube visiblement sous l'effet de l'alcool.
À l'époque, la capitale britannique voit en effet circuler une flotte révolutionnaire de taxis électriques Bersey, surnommés "colibris" en raison du doux vrombissement de leur moteur à batterie. Malgré cette technologie avant-gardiste, les faiblesses humaines restent inchangées. Devant le magistrat londonien, le malheureux Smith plaide coupable en avouant avoir bu quelques bières de trop avant de prendre les commandes.
Condamné à une amende de 25 shillings, George Smith entre sans le vouloir dans l'Histoire judiciaire mondiale en devenant le tout premier automobiliste sanctionné pour conduite en état d'ivresse. Une mésaventure pionnière et savoureuse qui rappelle que, bien avant les débats contemporains sur la mobilité verte et la sécurité routière, électricité et houblon ne faisaient déjà pas bon ménage.
10 septembre 1898 : Le destin brisé de l'impératrice Sissi sur les rives du lac Léman
Sous le soleil de fin d'été à Genève, une silhouette vêtue de noir marche à pas pressés vers le quai du Mont-Blanc pour embarquer sur le vapeur Le Genève. Élisabeth d'Autriche, l'impératrice légendaire que le monde entier surnomme "Sissi", tente d'échapper comme toujours au protocole étouffant de la cour de Vienne. Accompagnée d'une unique dame de compagnie, elle voyage sous un nom d'emprunt, persuadée de trouver en Suisse un havre de tranquillité. C'est sans compter sur la présence d'un jeune maçon anarchiste italien, Luigi Lucheni, déterminé à frapper une figure de l'aristocratie pour venger la misère du peuple.
Alors que la souveraine n'est plus qu'à quelques mètres de la passerelle, Lucheni surgit et lui assène un coup violent au thorax avant de prendre la fuite. Étrangement, l'arme n'est ni un pistolet ni un poignard, mais une fine lime de cordonnier affûtée. Trompée par la finesse de la plaie et maintenue par son corset ultra-serré qui masque l'hémorragie interne, l'impératrice se relève, remercie les passants et monte à bord, pensant n'avoir essuyé qu'un vulgaire coup de poing. Quelques minutes plus tard, en pleine navigation, elle s'effondre inconsciente, le péricarde lentement perforé, avant de s'éteindre à l'hôtel Beau-Rivage.
Ce meurtre absurde plonge les cours européennes dans la stupeur et fige pour l'éternité le mythe mélancolique d'une reine insaisissable. Mais au-delà de l'émoi dynastique, cet attentat anarchiste annonce les grondements souterrains d'un continent en pleine mutation, qui allait bientôt s'enflammer lors de la Première Guerre mondiale, un conflit où le rire allait devenir une arme de résistance face à la censure militaire.
10 septembre 1915 : La naissance du Canard enchaîné contre le « bourrage de crâne »
Alors que la France est plongée depuis plus d'un an dans la boue et le sang des tranchées, la presse quotidienne subit le joug implacable de la censure d'État et déverse une propagande patriotique outrancière. Refusant ce "bourrage de crâne" obligatoire, un journaliste pacifiste et libertaire, Maurice Maréchal, son épouse Jeanne et le dessinateur Henri-Paul Gassier décident de répliquer par l'arme de l'ironie. Le 10 septembre 1915, ils font paraître à Paris les premiers exemplaires d'un nouveau journal satirique : Le Canard enchaîné.
Conçu comme un pavé dans la mare des communiqués victorieux mensongers, le palmipède adopte d'emblée un principe fondamental : le refus absolu de toute publicité afin de préserver une indépendance financière et rédactionnelle totale. À coups de contrepèteries, de métaphores animalières et de fausse naïveté, la rédaction feint d'admirer les pires bêtises de l'état-major pour mieux en dévoiler l'absurdité aux yeux des poilus et des civils.
Cette parution modeste en pleine tourmente guerrière va donner naissance à une véritable institution de la presse française, redoutée des puissants pour ses révélations d'investigation. Si la dérision permettait de panser les plaies du premier conflit mondial, l'après-guerre allait rapidement offrir à la France un tout autre terrain pour reconquérir sa fierté : celui des courts de tennis internationaux.
10 septembre 1927 : Le sacre des Mousquetaires et la naissance de Roland-Garros
Sur le gazon impeccable du Germantown Cricket Club de Philadelphie, la tension est à son comble en ce 10 septembre 1927. Depuis la création de la Coupe Davis au tournant du siècle, le trophée n'a jamais quitté les mains des nations anglo-saxonnes. Mais l'équipe de France aligne une génération d'athlètes hors norme, entrée dans la légende sous le surnom des "Quatre Mousquetaires" : René Lacoste, Henri Cochet, Jean Borotra et Jacques Brugnon.
Opposés à l'ogre américain emmené par le redoutable Bill Tilden, les Français livrent une bataille d'anthologie. Dans le cinquième match décisif, Henri Cochet fait plier l'Américain William Johnston au terme d'un combat tactique mémorable, scellant la victoire tricolore par trois victoires à deux. Pour la toute première fois, le saladier d'argent traverse l'Atlantique pour rejoindre Paris sous les vivats d'un pays en liesse.
L'engouement est si monumental que les instances sportives françaises décident de bâtir en urgence une enceinte moderne pour accueillir la revanche américaine l'année suivante. C'est ainsi que naît, en lisière du bois de Boulogne, le stade Roland-Garros, temple historique de la terre battue. Pourtant, bien loin de cette effervescence triomphale et des acclamations populaires, un rituel judiciaire bien plus secret et funèbre continuait de s'accomplir dans l'Hexagone.
10 septembre 1977 : L'ultime descente du couperet à la prison des Baumettes
Dans la pénombre glaciale de l'aube marseillaise, à 4 h 40 très précises, la cour intérieure de la prison des Baumettes s'apprête à accueillir une scène d'un autre temps. Hamida Djandoubi, condamné à mort pour l'enlèvement, la torture et le meurtre d'une jeune femme, s'avance vers les bois de justice. L'appareil tranchant, inventé sous la Révolution pour garantir une égalité des citoyens face au châtiment suprême, s'abat avec une précision mécanique impitoyable.
Sans que les quelques témoins présents ne le sachent encore, cet instant marque la toute dernière exécution de la peine de mort sur le sol français, ainsi que l'ultime usage officiel de la guillotine en Europe occidentale. Il faudra attendre quatre années supplémentaires et l'élection de François Mitterrand pour que son garde des Sceaux, Robert Badinter, obtienne l'abolition définitive de la peine capitale à l'automne 1981.
Ce matin de 1977 refermait définitivement deux siècles d'une pratique judiciaire sombre et controversée en France. Mais tandis que notre société tournait la page de ses archaïsmes pénaux, la communauté scientifique internationale s'apprêtait quelques décennies plus tard à percer les mystères les plus vertigineux de la matière.
10 septembre 2008 : Le CERN allume la plus gigantesque machine scientifique du monde
À cent mètres de profondeur sous la frontière franco-suisse, entre le pays de Gex et le bassin lémanique, l'excitation des chercheurs est palpable. Le 10 septembre 2008, l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) procède au lancement du Grand collisionneur de hadrons (LHC). Cet anneau titanesque de 27 kilomètres de circonférence, bardé d'électronique de pointe et d'aimants supraconducteurs, représente le plus colossal instrument de recherche jamais bâti par l'Humanité.
À 10 h 28, les écrans de contrôle de la salle de commande confirment l'exploit : un premier faisceau de protons vient d'effectuer un tour complet du circuit, guidé à une vitesse approchant celle de la lumière dans un froid plus intense que celui de l'espace interstellaire. Malgré les craintes irrationnelles de certains sceptiques prédisant la fin du monde par la formation d'un trou noir engloutisseur, la physique fondamentale franchit ce jour-là un cap vertigineux.
Cette mise en service réussie a permis de recréer les conditions qui prévalaient quelques fractions de seconde après le Big Bang. Elle a ouvert la voie à la découverte historique du boson de Higgs en 2012, une particule élémentaire indispensable qui a confirmé les modèles théoriques de notre compréhension de l'Univers.
10 septembre : Sainte Inès
Le 10 septembre honore la bienheureuse Inès Takeya, souvent appelée sainte Inès dans le calendrier chrétien. Femme laïque japonaise ayant vécu au début du XVIIe siècle, elle appartenait à une communauté chrétienne clandestine à une époque où le shogunat Tokugawa menait une violente répression contre les fidèles catholiques.
Épouse de Côme Takeya, Inès a fait preuve d'une grande charité en ouvrant sa maison pour héberger et cacher des missionnaires jésuites et dominicains, malgré le danger de mort qui pesait sur quiconque aidait les chrétiens. Dénoncée et arrêtée avec son mari, elle refusa courageusement de renier sa foi. Le 10 septembre 1622, elle a été décapitée lors du "Grand Martyre de Nagasaki", en même temps qu'une cinquantaine d'autres croyants, hommes, femmes et enfants. Son témoignage de foi, de solidarité et de courage face à la persécution a conduit à sa béatification par le pape Pie IX en 1867.
Les saints du jour
En plus de sainte Inès, plusieurs autres figures saintes sont commémorées le 10 septembre :
- Saint Aubert : évêque d'Avranches au VIIIe siècle, célèbre pour avoir fondé le premier sanctuaire sur le mont Tombe, devenu le Mont-Saint-Michel, à la suite de visions de l'archange saint Michel.
- Saint Nicolas de Tolentino : religieux augustin italien du XIIIe siècle, reconnu pour sa grande austérité, ses miracles et sa prière constante pour les âmes du purgatoire.
- Saint Salvy (ou Sauve) : évêque d'Albi au VIe siècle, vénéré pour sa bonté envers les plus démunis et son rôle de pacificateur durant les conflits mérovingiens.
- Les bienheureux martyrs de Nagasaki : parmi lesquels le prêtre jésuite Charles Spinola et les chrétiens japonais exécutés aux côtés d'Inès Takeya le 10 septembre 1622.
Les célébrités portant ce prénom
- Inès de la Fressange : ancienne mannequin vedette des années 1980, créatrice de mode et femme d'affaires française.
- Inès Reg : humoriste et comédienne française, popularisée par ses sketchs et le stand-up.
- Inés Sastre : mannequin et actrice espagnole, égérie de grandes marques internationales de cosmétiques.
- Inès Vandamme : danseuse professionnelle, chorégraphe et animatrice de télévision française.
- Inés Arrimadas : femme politique espagnole, ancienne députée et figure de premier plan du parti Ciudadanos.
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