Assurances et incendies 2026 : vous avez tout perdu, une spécialiste répond à vos questions

Publié par Matthieu Chauvin
le 24/07/2026
Feu Cap-Ferret 2026
abacapress
© Duprat Stephane/ABACA
Les feux de forêt qui ravagent le sud de la France d'ouest en est en ce mois de juillet 2026, ont non seulement porté un coup terrible à notre patrimoine naturel, mais aussi détruit maisons ou véhicules de très nombreux compatriotes. Et ce n'est pas fini. Qu'espérer des assurances, à quoi en prévention de futurs épisodes similaires qui vont se multiplier ? Stéphanie Durrafourd, porte-parole d'Assurland, répond à vos questions.

Le réchauffement climatique continue son oeuvre dévastatrice. La canicule a engendré une telle sécheresse dans toute la France que nos forêts s'embrasent à tour de rôle. Après le très médiatisé épisode de l'incendie de Fontainebleau, car en région parisienne, c'est le sud du pays, de la Gironde au Var, qui brûle. De nombreux particuliers, malgré l'effort des pompiers qui en ont sauvé des milliers, ont perdu leur maison, leur résidence secondaire, leur véhicule... 

Et alors que le choc psychologique touche les victimes de plein, il faut penser au plus important après la vie humaine : l'après. Autrement dit, la reconstruction, l'indemnisation, via la sollicitation de son assureur. Que peut-on espérer de ce dernier pendant ce parcours du combattant ? Stéphanie Duraffourd, porte-parole d'Assurland, nous, et vous répond.

Incendie naturel ou criminel : une différence de traitement ?

Planet.fr : La première question, puisque nous sommes dans une série de feux de forêts dont beaucoup pourraient être d'origine criminelle plus que naturelle, c'est de savoir comment les assurances font la distinction entre les deux pour l'indemnisation une fois que c'est déterminé par la police/justice ?

Stéphanie Duraffourd : Pour les assurances, sachant que 9 fois sur 10, les incendies sont d'origine humaine, ils ne rentrent jamais dans la catégorisation de "catastrophe naturelle." Un feu de forêt, aussi impressionnant soit-il, ne sera pas reconnu comme tel par l'Etat au niveau de la commune touchée.

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Planet.fr : Qu'est-ce que cela induit pour les sinistrés ?

Stéphanie Duraffourd : Qu'il n'y a pas besoin d'attendre un arrêté de catastrophe naturelle pour déclarer son sinistre. Que ce soit accidentel ou criminel il n'y a pas de distinction puisqu'encore une fois, 9 fois sur 10 l'incendie est d'origine humaine. Sauf si le caractère criminel est caractérisé et que le sinistré se porte partie civile une fois l'auteur identifié. Mais là on bascule côté justice et pas de l'assurance.

Pour les assurances, le contrat est roi

Planet.fr : Donc les démarches restent classiques ?

Stéphanie Duraffourd : Oui, c'est le contrat d'assurance multirisque habitation ou auto qui fait foi et qui est applicable, via la garantie incendie. Pour l'assurance habitation, elle est présente dans 98 % des contrats. Il faut savoir que si vous êtes locataire ou copropriétaire, c'est obligatoire, mais pas si vous êtes propriétaire d'une maison individuelle. Mais en France métropolitaine, on a une très bonne culture de l'assurance. Je précise que dans des cas différents de ce qu'il se passe en ce moment avec ces feux massifs, l'assureur peut envoyer un expert vérifier s'il n'y a pas de fraude. 

Planet.fr : Que doit faire alors la personne sinistrée ?

Stéphanie Duraffourd : Elle a 5 jours pour faire sa déclaration. Pour la maison, qu'elle soit résidence principale ou secondaire (mais là il y a un second contrat), comme pour la voiture.

Ne pas assurer votre extérieur vous fait perdre tous ses aménagements

Planet.fr : La prise en charge est systématique ?

Stéphanie Duraffourd : Oui, mais attention, tout dépend de "comment" vous êtes assuré.

Planet.fr : C'est-à-dire ?

Stéphanie Duraffourd : Je m'explique : le contrat d'assurance habitation, il couvre les murs, la maison, le contenu. Mais attention à tout ce qui est à l'extérieur ! clôture, haies, jardin, végétation, dépendances... Ce ne sera couvert que si vous avez souscrit à des options avant le sinistre. Vous pouvez vous retrouver avec une maison intacte, mais un extérieur détruit par les flammes qui ne sera pas indemnisé.

Planet.fr : Ces feux sont de plus en plus importants mais tout de même assez récents, cela pousse les particuliers à assurer leur extérieur ?

Stéphanie Duraffourd : Je n'ai pas de statistiques sur la garantie jardin, mais ce n'est pas fréquent. Les gens ne savent pas. Ils ne souscrivent pas. Ils ne s'en rendront compte que le jour où ils auront un incendie malheureusement.

Planet.fr : Donc en cas de sinistre, tout ce qu'il y a dans le jardin, éventuellement une piscine hors-sol, c'est "perdu" ?

Stéphanie Duraffourd : Pour les piscines enterrées il faut une garantie spécifique, mais oui, pour le contenu, et notamment la piscine hors-sol, si vous n'avez pas de garantie jardin, clairement elle n'est pas indemnisée.

Résidence principale ou secondaire : pas de différence de traitement

Planet.fr : En ce qui concerne les résidences secondaires, qui sont particulièrement touchées par ces incendies, il y une différence de traitement de la part des assureurs ?

Stéphanie Duraffourd : Non. Eventuellement si vous êtes chez deux assureurs différents pour la principale et la secondaire il peut y avoir une différence de franchise, de plafond de garantie, mais c'est tout. Là aussi, tout dépend de votre contrat. Un point sur lequel je voudrais insister : l'assureur va dans tous les cas vérifier que vous avez respecté les règles de débroussaillage, par exemple si votre commune a pris un arrêté en ce sens. Si ce n'est pas le cas, il peut vous imposer une franchise supplémentaire en plus de celle de base. Elle peut aller jusqu'à 5 000 euros.

Planet.fr : Pour évoquer maintenant ce qui va le plus intéresser les sinistrés, comment les assurances estiment-elles l'indemnisation du sinistre ?

Stéphanie Duraffourd : Pour une maison qui a brûlé complètement il y a deux possibilités. L'assureur va dépêcher un inspecteur et des artisans spécialisés dans différents corps de métier. Ensuite il faudra décider si la maison est reconstructible sur le même terrain, ce qui peut prendre des années, et l'indemnisation se fera après, sur présentation des factures. Si elle est "réparable", les devis devront être validés par l'assureur. Il y a aussi des règles de "vétusté" qui dépendent du contrat que vous avez choisi. 

Planet.fr : Quelles sont-elles ?

Stéphanie Duraffourd : Par exemple pour la reconstruction sur le même terrain, l'indemnisation se fera en fonction de la valeur de la maison au moment du sinistre, sauf si c'est une reconstruction "à neuf." L'indemnisation sera alors proportionnelle à la valeur de la maison "à neuf. Mais en général il y a des coefficients de vétusté qui s'appliquent. Plus votre contrat est "haut de gamme", plus vous serez indemnisé et inversement.

L'importance de déclarer son "capital mobilier" avec précision

Planet.fr : Nous n'avons pas encore parlé des biens matériels que la maison contenait.

Stéphanie Duraffourd : Quand vous souscrivez à une assurance habitation, vous déclarez un "capital mobilier." C'est très important, mais les gens l'indiquent souvent sans trop vraiment comprendre de quoi il s'agit. Or, le capital mobilier correspond au montant de tout ce que vous possédez : du canapé aux vêtements en passant par les meubles. Quand on souscrit, on doit déterminer ce capital : 'est-ce que j'ai 2 000 euros, 30 000 euros ?'. En général c'est entre 25 et 30 000 euros, mais ça peut aller jusqu'à 40, 60 ou même 70 000 euros. C'est le montant maximal à hauteur duquel l'assureur va vous indemniser ce capital mobilier. Si vous avez tout perdu dans l'incendie, 20 000 euros par exemple, vous ne pourrez pas être indemnisé au-delà de ce que vous avez déclaré, sauf si vous avez des factures comme preuves que vous possédiez plus.

Planet.fr : Il peut-être mis à jour ce "capital mobilier" en cours de contrat ?

Stéphanie Duraffourd : Oui c'est d'ailleurs un conseil à donner. Cela vaut le coup tous les deux ou trois ans de vérifier qu'il est toujours d'actualité. On est de plus en plus équipé en domotique, en matériel high-tech, en électroménager de grande valeur et le jour où on a un sinistre, ça rentre dans le cadre de l'indemnisation.

Le cas du véhicule : oubliez l'assurance au tiers

Planet.fr : Pour les voitures, cela se passe comment ?

Stéphanie Duraffourd : C'est assez simple. Assuré au tiers, sans garantie incendie, vous n'êtes pas indemnisé. Au niveau intermédiaire ou tous risques vous le serez, à hauteur de l'argus.

Planet.fr : Et ce qu'elle contenait, cela peut être pris en charge ?

Stéphanie Duraffourd : Alors dans ce cas, il existe une garantie "effets personnels" sans laquelle ce que vous aviez de valeur dans votre voiture sera perdu. Comme pour la maison c'est une option pour laquelle il y a des plafonds, il faut présenter des factures mais aussi prouver que c'était bien à l'intérieur au moment du sinistre.

Quelles conséquences pour les vacanciers ?

Planet.fr : Pour les gens qui sont en vacances au moment du sinistre, qui perdent tous leurs biens dans un camping, voire une location, comment cela se passe avec leur assurance ?

Stéphanie Duraffourd : Dans l'assurance habitation, il y a une garantie "villégiature." Elle couvre votre responsabilité civile, c'est une extension de votre assurance habitation su votre lieu de vacances. Pendant une période donnée, en général 3 mois au maximum. Vous serez indemnisé sur les effets personnels qui ont été brûlés. Là aussi il faudra fournir des factures, des photos de ce que vous aviez dans le bungalow par exemple. C'est aussi valable dans une location ou un hôtel. Si jamais il a un arrêté d'évacuation qui est pris et que vous êtes sommé de le suivre, le propriétaire (du camping, de la location...) doit vous rembourser les jours qui vous restaient et que vous avez déjà payés. Il a une assurance pour. En revanche vous n'obtiendrez pas de dédommagement car c'est un cas de forc majeure.

En revanche, si vous découvrez la situation telle qu'actuellement en Gironde, que le lieu de villégiature est ouvert parce qu'il n'est pas en zone sinistrée, qu'il n'y a pas d'arrêté de pris et que vous décidez de pas partir au dernier moment pour ne courir aucun risque, vous en serez de votre poche (idem pour le transport, train ou avion). Au contraire, si vous ne pouvez partir car l'endroit que vous aviez réservé a brûlé, vous serez remboursé par le propriétaire (ou le voyagiste), là encore sans dédommagement supplémentaire.

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