INTERVIEW. Vers une inflation à 4 % en fin d’année ? Un économiste prévient : « On est le cancre de la zone euro »
Michel-Édouard Leclerc, Président du comité stratégique des centres E.Leclerc, affirme que l’inflation pourrait atteindre 4 % d’ici la fin de l’année, dans une interview accordée à BFMTV, dont les propos ont été rapportés par Capital. Une perspective inquiétante pour le pouvoir d’achat des Français, alors que les prix de l’énergie et de certains produits alimentaires continuent de peser sur les ménages.
Pour Planet.fr, nous avons interrogé l'économiste Marc Touati sur cette prévision et sur les conséquences possibles d’une nouvelle poussée inflationniste.
« Tous les ingrédients sont là pour avoir une inflation à 4 % »
Michel-Édouard Leclerc a-t-il raison de redouter une inflation à 4 % d’ici la fin de l’année ? Pour Marc Touati, cette perspective est loin d’être improbable. L’économiste affirme même avoir anticipé cette évolution plusieurs mois auparavant.
« J’avais fait cette prévision il y a six mois et tout le monde me riait au nez. Aujourd'hui, cette prévision est inévitable », confie l'économiste. Marc Touati rappelle qu’il faut distinguer les différentes méthodes de calcul de l’inflation. « Là, on compare le glissement des prix entre septembre 2026 et 2025. On va donc comparer la moyenne des prix entre 2025 et 2026. »
Selon l’économiste, trois facteurs vont continuer à exercer une pression sur les prix. « Il y a tout d'abord le prix du pétrole, puis les effets de second tour sur le prix des matières premières, notamment sur les produits frais et alimentaires. Il y a ensuite les effets du troisième tour sur les biens et services. » Pour Marc Touati, le scénario est donc clair : « Tous les ingrédients sont là pour avoir une inflation à 4 %. »
Un deuxième choc inflationniste après 2021?
L’économiste juge cette nouvelle poussée des prix particulièrement préoccupante. Marc Touati insiste notamment sur l’évolution des prix de l’énergie et de l’alimentation depuis 2021. « Depuis 2021, le prix de l’énergie à la consommation a augmenté de 72 % et le prix de l’alimentation a bondi de 26 % pour les ménages », s'alarme-t-il. Dans le même temps, estime-t-il, les revenus n’ont pas suivi la même trajectoire. Face à cette situation, son diagnostic est particulièrement alarmiste : « La France est en train de s’effondrer. »
Comment passer de 3 % à 4 % d’inflation ?
Pour Marc Touati, le mécanisme peut être relativement rapide. « Si on a une augmentation de 0,2 % des prix chaque mois d’ici la fin de l’année, on va l’avoir », affirme-t-il. Mais derrière cette hausse des prix se profile, selon lui, un autre risque : celui d’un ralentissement marqué de l’économie. « La seule chose qui peut faire baisser l’inflation, c’est la récession. C’est inévitable. L’économiste ajoute : « On a le plus haut niveau de taux d’intérêt depuis juillet 2002. »
Autre inquiétude : la possibilité que la hausse des prix de l’énergie se diffuse progressivement à l’ensemble de l’économie. Pour Marc Touati, cette transmission est mécanique. « On a un niveau mondial, une croissance qui est soutenue mais comme nous, on n’a pas de croissance, on n’aura pas de compensation des prix. Dans le meilleur des cas, on sera à 0,4 %. »
Une situation qui pourrait donc peser davantage sur l’économie française si les entreprises et les ménages ne parviennent plus à absorber la hausse des coûts.
« On est le cancre de la zone euro »
C’est sans doute le constat le plus sévère formulé par Marc Touati au cours de notre entretien. L’économiste dresse un bilan particulièrement critique de la situation française. « On est le cancre de la zone euro en termes de croissance, de taux d'intérêt et bientôt d’inflation », déplore l'économiste. Une formule forte qui résume, selon lui, les difficultés auxquelles la France est actuellement confrontée.
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