Éducation nationale : un tiers du budget consacré au paiement des retraites des fonctionnaires
Alors que les établissements scolaires affrontent de vives tensions sur les effectifs et les remplacements, les comptes publics mettent en lumière une réalité méconnue. Une part massive des crédits votés pour le ministère de l'Éducation nationale ne parvient jamais dans les salles de classe. Ce mécanisme comptable d'équilibrage pèse directement sur les moyens alloués à l'enseignement public.
Bercy dévoile le poids inédit des pensions dans les ministères
Pour la première fois, le gouvernement détaille la répartition exacte de la charge des pensions par administration. Annexé au projet de loi de finances, le « Rapport sur les pensions de retraite de la fonction publique » isole les montants affectés par chaque ministère. Selon le texte du projet de loi, le document « présente la part des budgets ministériels dédiée au paiement des pensions et les enjeux relatifs à la mise à l'équilibre du régime de retraite de l'État ». La Direction du budget justifie cette démarche : « Cette information n'était pas cachée mais peu lisible sans agréger cotisations salariales et contributions employeurs ».
Les chiffres publiés confirment une ponction massive pour le premier employeur de l'État. Sur 89,1 milliards d'euros de crédits totaux accordés à l'Éducation nationale, 28,5 milliards d'euros, soit 32 %, servent directement à payer les pensions. Ce montant réunit 25,1 milliards d'euros de contribution employeur de l'État et 3,4 milliards d'euros de cotisations salariales. Cette situation touche particulièrement les ministères régaliens. Si la moyenne interministérielle s'établit à 13 %, le ministère de l'Intérieur y consacre 30 % de ses crédits et la Justice 21 %.
Le déséquilibre démographique pèse sur les moyens de l'école
Cette ponction découle des règles du compte d'affectation spéciale (CAS) Pensions. Ce dispositif a l'obligation légale de s'équilibrer sans réserve financière autonome. Pour absorber les dépenses, le décret n° 2025-1341 a porté le taux de contribution patronale de l'État civil à 82,28 % au 1er janvier 2026, contre 74,28 % deux ans auparavant. En comparaison, la part patronale s'élève à environ 16,67 % dans le secteur privé.
La fonction publique d'État subit une fracture démographique marquée. Elle compte seulement 0,94 cotisant en activité pour 1 retraité, contre environ 1,5 cotisant par retraité dans le régime général. Le recours croissant aux enseignants contractuels aggrave ce déséquilibre : ces personnels cotisent au régime privé et non au régime des fonctionnaires de l'État.
Ce fonctionnement produit un effet d'éviction direct sur l'école. L'Éducation nationale affiche un budget total record en trompe-l'œil, dont près d'un tiers échappe à la réalité du terrain. Cette charge automatique réduit les marges financières indispensables pour créer des postes de titulaires, revaloriser le salaire des enseignants et moderniser les bâtiments scolaires.
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