Canal + : pourquoi vous allez peut-être renoncer à votre abonnement

Publié par Matthieu Chauvin
le 05/10/2026
Télévision payante
Istock
Le projet de budget 2027 prévoit d'aligner la TVA de la télévision payante à 20 %, une mesure fiscale qui pousse le groupe Canal+ à menacer d'augmenter ses abonnements et de sabrer ses aides au cinéma et au sport.

Le projet de loi de finances pour 2027 ravive de vives tensions entre l'exécutif et le secteur audiovisuel. En voulant aligner la fiscalité de la chaîne cryptée sur celle des géants américains du streaming, le gouvernement déclenche une vive riposte industrielle. Refusant d'assumer seul ce surcoût, le groupe audiovisuel engage une épreuve de force publique contre Bercy.

La riposte de Canal+ : menaces immédiates sur les tarifs et les investissements

Invité au micro de RTL le 5 octobre 2026, Maxime Saada, président du directoire du groupe Canal+, a vivement fustigé l'article 16 du projet de loi de finances pour 2027. Ce texte acte la suppression du taux réduit de TVA à 10 % dont bénéficiait historiquement la télévision payante. Le dirigeant dénonce une "décision absurde, qui n'a aucun sens économique."

Pour les fidèles de la chaîne, l'impact sera direct et sans filtre sur les quittances. Maxime Saada prévient que l'entreprise répercutera la fiscalité sur le public : "On répercutera exactement le montant de la TVA sur les abonnements, de l'ordre de 10 %." En parallèle, la chaîne prépare une sévère riposte financière. Le président annonce une réduction drastique de son soutien à la création tricolore, évoquant "peut-être trois-quarts de films en moins", tout en remettant en cause ses futurs investissements dans les droits sportifs. Il conclut néanmoins : "Rien n'est joué, nous espérons bien faire changer la trajectoire de ce texte." 

Le coup de rabot de Bercy et le piège contractuel

Le ministère de l'Économie justifie ce choix par un principe d'équité fiscale. L'État entend gommer une frontière jugée "artificielle" entre la télévision linéaire et les plateformes de vidéo à la demande telles que Netflix ou Prime Video, déjà taxées à 20 %. Cette réforme représente un manque à gagner de 200 millions d'euros par an pour la filiale française de Canal+, un montant impossible à absorber sans restructuration majeure selon sa direction.

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Cette ponction enclenche une réaction en chaîne juridique. L'accord conclu en juillet 2026, prévoyant 980 millions d'euros d'investissements dans le cinéma entre 2028 et 2032, contient une clause suspensive en cas d'alourdissement fiscal. Maxime Saada martèle : "On se retrouve avec une décision qui met à bas tout le financement du cinéma français ! (...) Canal+ finance le cinéma plus que tous les autres acteurs réunis. Ce contrat va tomber mécaniquement." Face à ce risque d'effondrement, treize organisations du cinéma et Yann Roubert, président de la Ligue nationale de rugby, ont alerté le président de la République le 25 septembre 2026 pour tenter de stopper le texte au Parlement.

Ce qui attend les abonnés et les téléspectateurs sur leurs écrans

Sur les factures mensuelles, l'application de la mesure entraînera une augmentation prévisible de près de 3 euros par mois pour l'offre socle commercialisée à 29 euros. Les abonnés engagés pour 12 ou 24 mois échapperont à la hausse jusqu'à l'échéance de leur contrat. En cas de modification tarifaire unilatérale, l'article L. 224-33 du Code de la consommation permettra en outre de résilier sans frais.

Pour les téléspectateurs, la programmation perdra en diversité. Le tarissement des fonds pénalisera en priorité les premiers longs-métrages et les films indépendants à petit budget. Le domaine du sport subira également une onde de choc majeure. Les négociations pour conserver les coupes d'Europe de football et le prestigieux Top 14, qui représente 140 millions d'euros par saison, s'annoncent désormais fragilisées par cette nouvelle équation budgétaire.

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