Allocution d’Emmanuel Macron : « un automate qui lit son prompteur », le regard de Stephen Bunard, expert du langage corporel
Dimanche 18 octobre, Emmanuel Macron a pris la parole depuis l’Élysée, au lendemain d’une journée de mobilisation marquée par des violences et des dégradations dans plusieurs villes françaises. Pendant une dizaine de minutes, le chef de l’État a condamné les débordements, promis la fermeté envers les auteurs de violences et annoncé des mesures pour protéger les communes touchées.
« Nous ressentons tous ce soir de la colère, de la honte », a-t-il déclaré, tout en distinguant les manifestants aux revendications légitimes de ceux qui ont détruit et pillé. Il a également promis « toute la transparence » sur le dispositif de maintien de l’ordre et demandé au gouvernement de poursuivre les consultations avec les différents acteurs concernés.
Mais qu’a révélé son attitude face caméra ? Sollicité pour analyser sa gestuelle, Stephen Bunard, conférencier synergologue et expert du langage corporel, se montre peu disert. Sa réponse est toutefois particulièrement tranchée.
« Un automate qui lit son prompteur »
« J’ai regardé à nouveau l’allocution, pas vraiment de choses pertinentes à dire sur la gestuelle, un automate qui lit son prompteur avec des formules utilisées dans des exercices de crise dignes d’une étude de cas scolaire ou d’une IA », déplore-t-il.
Sa remarque porte surtout sur l’impression générale laissée par cette prise de parole : celle d’un discours très préparé, reposant sur des formulations conventionnelles de communication de crise. Une réserve importante, alors que l’intervention présidentielle avait pour objectif de répondre à une situation particulièrement tendue. Entre condamnation des violences, soutien aux victimes et promesse de réponses politiques, Emmanuel Macron devait afficher à la fois de la fermeté et une capacité d’écoute.
L’« aura », cette autre façon de juger une attitude
Cette question de l’image renvoie aussi à une tendance qui s’est largement diffusée sur les réseaux sociaux : celle de l’« aura ». Popularisée notamment sur TikTok et Instagram, l’expression « farmear aura » consiste à accumuler symboliquement des points de charisme, de style ou de confiance en soi, à travers une attitude ou une performance remarquée.
Euronews décrit comment ce phénomène a dépassé les écrans pour donner naissance à des compétitions dans lesquelles les jeunes rivalisent de poses, de gestes et de références virales. L’assurance affichée, la capacité à impressionner et la maîtrise des codes populaires y occupent une place centrale.
Si cette tendance ne constitue pas une grille d’analyse politique, elle illustre l’importance accordée aujourd’hui à l’attitude et à l’image renvoyée aux autres. Dans le cas d’Emmanuel Macron, au-delà des mots prononcés, son allocution a-t-elle donné une impression d’autorité et de maîtrise de la crise ?
Et c’est peut-être là toute la difficulté de la communication politique en période de crise : trouver le ton juste entre un discours préparé, indispensable pour maîtriser ses messages, et une parole qui puisse sembler spontanée et incarnée.
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