Les élections législatives approchent à grand pas, et les sondages ne donnent pas la gauche gagnante haut la main... On commence même à parler, UMP en tête, d'une éventuelle nouvelle cohabitation au sommet de l'Etat. Mais est-ce souhaitable ? Le point avec Planet.fr.

        

Les 10 et 17 juin prochains, les Français se rendront aux urnes pour élire leurs futurs députés. Si François Hollande a remporté l'élection présidentielle il y a à peine un mois, le résultat des élections législatives ne semble pas écrit d'avance. En effet, les sondages donnent l'avantage à la gauche, mais de seulement quelques points.

 

Un PS avec tous les pouvoirs ?Il n'en faut pas plus pour imaginer qu'une cohabitation pourrait être envisageable, et l'UMP ne cesse de répéter que cela serait la meilleure solution. Car si le PS remporte les élections législatives, le pays se retrouvera dans une situation politique inédite : un même parti contrôlera l'exécutif, les deux assemblées, la plupart des régions, et la plupart des départements. Selon l'UMP, cela ne doit pas arriver, le pays ayant besoin d'un minimum d'équilibre politique.

 

La cohabitation serait-elle alors une bonne solution ? L'étude des trois précédentes cohabitations permet de tirer une tendance générale de ce mode de gouvernement : ça ne s'est jamais si mal passé que ce qu'on pourrait penser.

 

1986 - 1988 : la "cohabitation hyperconflictuelle"


La première cohabitation de l'histoire de la Ve République intervient en mars 1986, lorsque le PS, parti du président de la République François Mitterrand, perd les élections législatives. Il nomme alors Jacques Chirac, chef de fil du RPR, comme Premier ministre.

 

Les deux hommes essuient les plâtres de ce mode de gouvernance inédit en France. Si dans un premier temps, ils semblent diriger le pays en harmonie, les conflits arrivent très vite, notamment en politique extérieure. Mais, comme le précise la Constitution, seul le gouvernement "détermine et conduit la politique de la nation". A partir de là, François Mitterrand se comportera toujours en garant de l'opposition, en paravent à certains décisions auxquelles les Français sont hostiles, et refusera de signer certaines ordonnances.

 

Un président arbitre et leader de l'oppositionIronie du sort, un sondage démontre, un mois plus tard, que la majorité des Français fait tout à fait confiance ou plutôt confiance au président pour résoudre les problèmes des Français. Ce n'était pas le cas lors des législatives... Pendant deux ans, il tiendra donc le rôle d'arbitre face au gouvernement. On reprochera d'ailleurs à cette cohabitation d'avoir représenté une campagne électorale permanente.

 

Après deux ans de cohabitation, François Mitterrand est finalement réélu à l'élection présidentielle de 1988. La fonction présidentielle n'a donc pas souffert de cette cohabitation, qui a par ailleurs permis d'établir des règles, non écrites, pour les cohabitations ultérieures. En effet, pendant deux ans, Jacques Chirac et François Mitterrand ont réussi à respecter un certain équilibre institutionnel permettant aux institutions de fonctionner, et à la France de rester unie à l'international.

 

1993 - 1995 : la "cohabitation de velours"

Contrairement à la première cohabitation, celle qui suit les élections législatives de mars 1993 semble bien plus douce. On dira même que François Mitterrand, président, et son Premier ministre Edouard Balladur entretiennent une cohabitation de velours. Les deux hommes ont en effet des relations très courtoises et consensuelles.

 

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Evidemment, le président et le Premier ministre ont parfois des échanges tendus. François Mitterrand, comme lors de la précédente cohabitation, n'hésite pas à émettre des critiques quant aux décisions du gouvernement, et se porte en garant des acquis sociaux lorsqu'ils se retrouvent menacés. Mais encore une fois, le duo réussit à maintenir l'équilibre politique à l'international, et les institutions françaises continuent de fonctionner normalement.

 

© Patrick Kovarik / AFP