Gazole : 250 à 300 stations-service indépendantes pourraient fermer d'ici un an, bloquées à 2,50 €/L quand Total vend à 2,15 €
La mesure gouvernementale de déblocage des réserves pétrolières vire au casse-tête pour les distributeurs de proximité. Alors que les grandes enseignes répercutent immédiatement les baisses de tarifs, les petites pompes de campagne voient leurs clients fuir vers la concurrence. La fédération professionnelle Mobilians tire la sonnette d'alarme devant l'ampleur inédite de cette crise.
Une hécatombe inédite menace le maillage territorial
Le rythme habituel des disparitions de commerces de carburant s'accélère dramatiquement. Alors que le secteur enregistre habituellement la perte de 50 à 80 points de vente chaque année, l'organisation patronale Mobilians redoute désormais la fermeture de 250 à 300 stations-service indépendantes dans les douze prochains mois.
Cet affolement découle d'un décrochage tarifaire devenu insoutenable pour les trésoreries. Sur les totems ruraux, le litre de gazole reste affiché autour de 2,50 €, tandis que TotalEnergies et les hypermarchés le proposent à 2,15 €, soit un gouffre de 35 centimes par litre.
Les automobilistes désertent logiquement ces enseignes locales pour faire leur plein ailleurs. Selon Mobilians, les exploitants subissent un recul d'activité de 20 % à 40 % des volumes vendus. Francis Pousse, président de la branche distributeurs carburants chez Mobilians, souligne auprès du Figaro : « La semaine dernière, près de 50 % des exploitants (hors réseau TotalEnergies) déclaraient des baisses de volume de - 20 à -40 %, et pour la première fois des stations vont fermer pendant la crise eu égard au prix élevé du carburant ».
Les réserves stratégiques profitent d'abord aux distributeurs intégrés
Le mécanisme d'intervention publique pénalise paradoxalement les structures de taille modeste. Encadrée par le décret n° 2026-981, la libération de dix millions de barils de gazole favorise les groupes possédant leurs propres raffineries et une logistique lourde, à l'image des 742 stations Leclerc qui ont immédiatement appliqué 21 centimes de rabais.
À l'inverse, les détaillants de village font face au piège mécanique de la rotation lente de leurs cuves. La loi leur interdit formellement de revendre à perte le carburant acheté auparavant au prix fort. Les gérants doivent d'abord vider leurs stocks coûteux avant de commander du carburant moins cher, accumulant des semaines de décalage sur les réseaux comme TotalAccess.
Le soutien des pouvoirs publics apparaît très insuffisant pour compenser ce déséquilibre. Le ministère limite son action à un prêt bancaire de trésorerie avec une prise en charge des intérêts plafonnée à 5 000 € par exploitant, sans aucune compensation directe sur les marges, alors que l'organisation rappelle que « près d'une station sur deux dégage un résultat annuel inférieur à 30 000 euros ».
Le risque de déserts de carburant pour les automobilistes
Cette vague de faillites fait peser une lourde menace sur les trajets des conducteurs en périphérie rurale. Lorsque la dernière pompe d'un secteur met la clé sous la porte, les résidents doivent parcourir des dizaines de kilomètres pour trouver un distributeur ouvert.
La fermeture d'une station entraîne également la perte de multiples activités associées. Ces commerces abritent fréquemment un atelier mécanique, un relais colis, un espace de lavage ou la dernière épicerie du village.
Pour faire face à cette situation, les usagers peuvent consulter le site officiel Prix-carburants.gouv.fr afin de repérer les stations ouvertes et comparer les tarifs en direct. Anticiper ses ravitaillements devient indispensable pour éviter la panne sèche face aux réductions d'horaires imposées par les exploitants asphyxiés.
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