Départ à 65 ans et 45 annuités de cotisation : la copie revue et corrigée d'Édouard Philippe sur les retraites

Publié par Matthieu Chauvin
le 29/09/2026
Edouard Philippe
abacapress
© Blondet Eliot/ABACA
En vue de l'élection présidentielle de 2027, Édouard Philippe présente un projet prévoyant le départ à 65 ans et 45 annuités de cotisation pour sauver le système par répartition.

Ce mardi 29 septembre 2026, l'ancien Premier ministre a exposé publiquement sa feuille de route budgétaire pour résorber le déficit persistant des pensions. Face aux alertes répétées du Conseil d'orientation des retraites (COR), le patron d'Horizons choisit d'ouvrir les débats programmatiques avec une trajectoire d'effort renforcée, tout en assurant préserver les profils les plus fragiles.

Une offensive programmatique pour relever les seuils de départ

À travers une vidéo d'une vingtaine de minutes diffusée sur les réseaux sociaux, le candidat à l'Élysée a officialisé ses orientations majeures. "Il est temps de parler des retraites sans faux semblants", a prévenu Édouard Philippe en ouverture de son allocution, actant son engagement de campagne sur ce dossier sensible.

Son dispositif s'articule autour d'un calendrier strict en deux étapes. L'ancien locataire de Matignon prévoit de rétablir la trajectoire votée en 2023 pour atteindre 64 ans et 43 annuités, avant de passer la vitesse supérieure : "Je propose de porter progressivement la durée de cotisation à 45 ans et l'âge de départ à 65 ans pour les Français qui le peuvent", précise-t-il, promettant ce basculement vers 180 trimestres requis en moins de dix ans.

Cette règle générale s'accompagne toutefois d'exemptions ciblées. Les dispositifs de dérogations actuels resteraient actifs, fixant l'âge de départ à 55 ans pour le handicap, 60 ans pour l'incapacité permanente et 62 ans pour l'invalidité. En ajoutant le maintien des carrières longues et la reconnaissance de la pénibilité, le maire du Havre estime qu'"un Français sur trois pourra partir avant 65 ans, entre 60 et 64 ans."

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Pour consolider l'édifice sans renoncer aux principes fondamentaux, le leader politique adjoint un pilier supplémentaire au régime. Tout en sanctuarisant la répartition comme socle de protection universel, son programme intègre la création d'un mécanisme de retraite par capitalisation accessible à l'ensemble des salariés du secteur privé. 

"Grâce à cela, tous les salariés seront associés à la valorisation du capital. Et c’est comme ça qu’on réconcilie le travail et le capital et qu’on en fait bénéficier chacun." Il entend que "tous les Français puissent disposer d’un plan d’épargne-retraite [...] un des placements les plus attractifs du marché."

Règle d'or budgétaire et stratégie d'émancipation politique

Pour justifier cette cure d'austérité paramétrique, le prétendant à l'Élysée écarte d'emblée les deux autres leviers traditionnels. Il refuse expressément toute baisse générale des pensions des retraités actuels ainsi que tout alourdissement des cotisations patronales ou salariales, jugeant la pression fiscale déjà trop lourde sur l'appareil productif national.

La méthode de gouvernance entend rompre avec l'hypercentralisation étatique. Le président d'Horizons projette de restituer le pilotage opérationnel des caisses aux syndicats et au patronat dès que l'équilibre financier sera restauré. Cette gestion paritaire retrouvée demeurera néanmoins subordonnée à une stricte "règle d'or" interdisant le vote de budgets en déficit. "Une fois que nous aurons remis notre système à l’équilibre, je confierai totalement sa gestion aux partenaires sociaux. Ils en assureront la gestion quotidienne, responsable, grâce à une règle d’or d’équilibre" décalre-t-il.

Ce positionnement trace enfin une frontière nette dans le camp présidentiel. Alors que Gabriel Attal défendait récemment la fin de l'âge légal universel au profit d'un décompte exclusif des points ou trimestres, Édouard Philippe revendique une doctrine de rigueur assumée. Une stratégie pensée pour marquer son autorité technique face aux promesses d'abrogation portées par le Rassemblement national et le Nouveau Front populaire.

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