Démission d'Emmanuel Macron : pourquoi c'est quasiment impossible
Le baromètre mensuel de l'institut CSA pour le JDD publié le 25 octobre est sans appel : 83 % des Français sont "insatisfaits" d'Emmanuel Macron. Seuls 16 % d'entre eux trouvent leur compte dans la politique du président, et 1 % d'entre eux ne se prononcent pas. Mais le résultat de ce sondage n'est évidemment pas étonnant au vu du contexte actuel : émeutes, manifestations, prix de l'essence, inflation alimentaire et générale, dette abyssale, etc. Cela fait déjà des mois que les leaders du Rassemblement National et de la France Insoumise réclament sa démission.
Macron, démission : est-ce vraiment une option ?
Depuis trois semaines et les prémices du mouvement lycéen, cette même demande prend de l'ampleur chez les citoyens qui s'expriment dans les différents médias de tous bords, à l'occasion de micro-trottoirs, de témoignages spontanés ou de débats organisés sur les plateaux télé. Mais cette démission est-elle une possibilité crédible, est-elle envisageable ou même souhaitable ? Le politologue Christophe Boutin a bien voulu répondre à nos questions.
Planet.fr : Outre les extrêmes, qui sont "dans leur rôle" en demandant la démission d'Emmanuel Macron, que pensez-vous de ce phénomène qui grandit chez les Français ?
Christophe Boutin : Emmanuel Macron est au plus bas de sa cote de popularité, la lassitude est profonde chez un certain nombres de nos compatriotes qui considèrent que le pilote dans l'avion n'est pas véritablement au sommet de sa compétence. Si tant est qu'il y a encore un pilote dans l'avion. Maintenant, la question qui se pose est de savoir ce que cela apporterait si le président démissionnait maintenant, sans attendre la fin de son mandat, dans six mois.
Planet.fr : Justement, il n'y a pas là un paradoxe dans cette envie de changement immédiat, alors que le pays est en pleine tempête ?
Christophe Boutin : Nous sommes effectivement en période de troubles, troubles qui sont peut-être en rémission actuellement (baisse du nombre de manifestants, baisse prochaine du prix de l'essence, NDLR). Mais planent toujours des menaces d'un point de vue sécurité (au plan national, NDLR) et sécuritaire (au plan international, NDLR). Dans ce contexte, c'est pas vraiment le bon tempo pour organiser une élection à mon sens.
Un risque majeur d'abstentionnisme, un budget en suspens
Planet.fr : Un mauvais tempo dû uniquement aux événements nationaux et internationaux ?
Christophe Boutin : Non. Une démission immédiate ou début novembre, cela signifierait organiser des élections au mois de décembre. Là aussi c'est une question de tempo même si ça paraît un peu ridicule. Mais avec les fêtes de fin d'année, il y a un risque que les Français ne se ruent pas dans les bureaux de vote. Et politiquement parlant, nous sommes en plein examen du budget 2027, et la situation budgétaire est catastrophique. Certes, une démission du président n'empêcherait le Parlement de continuer à travailler à l'élaboration d'un budget mais très sincèrement, cela entraînerait des suspensions, cela bloquerait des arbitrages.
Planet.fr : Et ce n'est évidemment pas le moment.
Christophe Boutin : Vu notre situation financière et la nécessité de prouver à ceux à qui nous empruntons que nous avons un minimum de stabilité et de crédibilité, ça n'arrangerait pas non plus les choses. Cela fait quand même beaucoup d'éléments qui font réfléchir à l'éventualité d'une démission. Même si encore une fois je comprends la lassitude des Français face aux dysfonctionnements actuels de l'Elysée. Si nous étions à trois ans de la fin du mandat, tout cela pourrait passer au second plan, mais à partir du moment où nous sommes aussi proches de l'élection présidentielle, cela prend une importance beaucoup plus grande.
Planet.fr : En réalité, d'un simple point de vue "organisationnel" ça paraît impossible ?
Christophe Boutin : C'est toujours faisable, mais ce serait vraiment "précipiter" l'élection. Les maires sont capables de mettre en place des bureaux de vote, les circulaires des préfets partiraient rapidement, ce n'est pas un problème, c'est jouable. Mais encore une fois, entre la période de l'année, le travail sur le budget, les troubles qui ont eu lieu et les manifestations qui sont appelées à perdurer, le timing n'est pas le bon. Et puis...
Une démission qui n'apaiserait pas les tensions ?
Planet.fr : Et puis ?
Christophe Boutin : Vous allez me dire "à partir du moment où Emmanuel Maron démissionne, les manifestations vont s'arrêter" puisqu'une partie des manifestants sont contre l'action du gouvernement, et que les leaders politiques vont mettre toutes leurs forces dans la campagne électorale. Oui et non. Il y a des groupes qui vont pourront jouer la carte d'un pourrissement de la situation et qui continueront à faire pression dans la rue pendant cette campagne. On serait loin de "la belle présidentielle" qu'il promettait lors de sa dernière allocution. S'il y a un duel Le Pen-Mélenchon, l'entre-deux-tours sera forcément perturbé et un troisième tour va se jouer dans la rue.
Planet.fr : Parce que le duel Le Pen-Mélenchon est couru en d'avance en cas de démission ?
Christophe Boutin : Une démission favoriserait de fait la confrontation entre extrême-gauche et extrême-droite. Car une recomposition du bloc central avec un candidat désigné (Glucksmann, Philippe, Attal...) serait fortement "brusquée", et celui-ci n'aurait pas forcément le temps de développer son programme devant les électeurs. Cela risque de conduire à un "effet glissement" de ce boc central, qui laisserait définitivement le champ libre à Le Pen et Mélenchon. Mais on est en politique, et il y a une autre hypothèse, celle que les Français, face à cette quasi fatalité de duel des extrêmes au second tour, y voient au dernier moment un "risque", et pourraient avoir un réflexe de recul et reportent leurs voix sur un candidat du bloc central qui apparaisse à ce moment-là comme une "sécurité."
Planet.fr : Finalement, on en reviendrait aux élections précédentes avec Marine Le Pen au second tour et un vote "barrage" à Jean-Luc Mélenchon ?
Christophe Boutin : Mais il faudrait que le candidat en question représente à la fois la "sécurité", et qu'il ne soit pas à la fois perçu comme un successeur d'Emmanuel Macron tant le désaveu est fort.
Un président devenu "radioactif"
Planet.fr : Pour en revenir à la question organisationnelle au timing trop juste pour un nouveau scrutin, estimez-vous que ces appels à la démission sont de la pure démagogie de la part de LFI et du RN, qui le savent parfaitement ?
Christophe Boutin : Je pense effectivement qu'ils agitent un chiffon rouge, en sachant que le taureau ne sortira pas. Que ça ne se produira pas. Mais c'est aussi une stratégie pour jeter le discrédit sur ceux, candidats éventuels, qui auront été collaborateurs d'Emmanuel Macron. Comme Edouard Philippe ou Gabriel Attal pour citer deux anciens Premiers ministres.
Planet.fr : Et pour Emmanuel Macron, il est de toute façon hors de question de démissionner, car il ne veut pas d'un second tour Le Pen-Mélenchon. Encore moins tout de suite.
Christophe Boutin : Sauf si, comme certains experts le pensent, cette démission était si brusque qu'elle favoriserait l'émergence d'un candidat du bloc central qui apparaisse comme sécuritaire, apaisant. Mais il n'y en a pas. Ou alors il faudrait que Raphaël Glucksmann s'en rapproche avec les concessions qui vont avec, quant à la droite républicaine, elle part de trop loin.
Planet.fr : Statu quo jusqu'en avril 2027 donc ?
Christophe Boutin : Je le crois, oui.
Planet.fr : Dernière question. Pensez-vous que macron va un peu délaisser la politiqué extérieure et revenir sur le devant de la scène politique franco-française, justement pour tenter d'apaiser la situation, que le budget passe ?
Christophe Boutin : Le problème c'est qu'il est devenu quasiment "radioactif." Sa présence n'est pas apaisante. S'il parle pour ne rien dire comme la dernière fois ça n'a aucune utilité et même s'il a quelque chose à dire, on est arrivé à un tel point de désamour, de désaveu, que cela va dresser encore plus les gens contre lui. Ce serait contre-productif. Je ne vois pas ce qu'il peut faire pour arranger les choses...
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