Depuis 40 ans, Stéphane Bourgoin rencontre des tueurs en série comme Charles Manson ou encore l’homme qui inspira Hannibal Lecter pour comprendre leur psychologie. Il nous en dit plus sur sa passion.

©Stéphane Bourgoin avec Edmund Kemper (à droite)

Stéphane Bourgoin a une passion peu commune : rencontrer des tueurs en série. A ce jour, il est le seul homme à s’être entretenu avec 77 serial killers, un peu partout dans le monde, en l’espace de 40 ans.

Aujourd’hui âgé de 62 ans, il est l'auteur de plus d’une trentaine de livres, dont le dernier en date*, Sex Beast, sorti aux éditions Grasset, et est également spécialisé en profilage criminel.

Curieux de comprendre le comportement des pires meurtriers de l’histoire, il a rencontré Charles Manson, Edmund Kemper, l’homme qui inspira le personnage d’Hannibal Lecter, et bien d’autres grands psychopathes.

Une passion née après le meurtre sauvage de sa compagne

L’intérêt de Stephane Bourgoin pour les tueurs en série est né brutalement en 1976. A cette époque-là, il vivait avec sa compagne à Los Angeles, aux Etats-Unis, lorsque celle-ci a été violée, torturée, puis tuée. Deux ans plus tard, il a appris que le meurtrier avait été arrêté et qu’il était également coupable de douze autres meurtres.

"Le policier de la LAPD qui menait l’enquête m’a autorisé à voir les dossiers et les aveux du tueur. Ce dont je me souviens c’est que les actes qu’il a commis semblaient purement gratuits. Je ne comprenais pas.", nous a confié le sexagénaire.

A partir de ce moment, il a entrepris de comprendre comment le meurtrier en était arrivé à vouloir assassiner sa compagne. Comprendre la psychologie d’un psychopathe. "A l’époque, il n’y avait pas d’information sur le sujet. Le policier de la LAPD qui m’avait aidé pour le meurtre de ma femme à compris ma démarche. Il m’a proposé de venir avec lui pour rencontrer d’autres tueurs que leur service avait mis derrière les verrous, se souvient l’écrivain. À partir de 79, j’ai été autorisé à les voir seul à seul, j’ai commencé à filmer ces entretiens."

Le métier de profiler en était à ses balbutiements, mais Stéphane Bourgoin était en train de lui donner une nouvelle dimension. Il a, par la suite, collaboré avec le FBI, ce qui lui a permis de suivre en auditeur libre la formation de profiler. "Je n’ai pas l’ombre d’un diplôme, pourtant quand on parle de tueurs en série, c’est à moi que l’on demande conseil", explique-t-il en toute modestie. Le spécialiste a également enseigné au Centre national de formation de police judiciaire (C.N.F.P.J.) de l'école de gendarmerie de Fontainebleau pendant plus de douze ans.

En tête-à-tête avec Hannibal Lecter

Même après 40 ans d’exercice, rencontrer des tueurs en série en tête-à-tête peut être éprouvant. "Parfois cela se passe bien, parfois pas du tout, confie Stéphane Bourgoin. Une fois, un tueur m’a craché dessus sans arrêt pendant les trois jours d’entretien. Il a quand même fini par me répondre, le lendemain. Une autre fois, le détenu s’est énervé et s’est jeté sur moi pour essayer de me tuer. Sinon la plupart du temps, ça se passe plutôt bien".

Le spécialiste a, bien entendu, eu l’occasion de s’entretenir avec des "légendes" criminelles. Notamment avec Edmund Kemper, le serial killer qui inspira le personnage d’Hannibal Lecter.

"Imaginez, l’homme fait 2,15 mètres pour 165 kg, même avec 1,80 mètre j’étais tout petit. Nous étions séparés par une petite table. A un moment je lui ai posé une question qui ne lui a pas plu. Il s’est alors penché sur la table et a collé son nez contre le mien. Il m’a dit doucement : ‘pouvez-vous répéter la question ?‘ J’ai préféré ne pas la répéter", se rappelle Stéphane Bourgoin.

Comme beaucoup de psychopathe, Edmund Kemper a un QI plus élevé que celui d’Einstein. "Il avait beaucoup d’humour... morbide. Il rigolait, des dizaines d’années après les faits, en se rappelant comment il avait enterré les têtes décapitées de ses victimes dans le jardinet de sa mère qu’il haïssait tant ", note le spécialiste.

Mère qu’il a également tuée, puis décapitée avant de poser sa tête sur le manteau de la cheminée pour jouer aux fléchettes. Le tout avant de violer ce qu’il restait de son corps. Il est aujourd’hui toujours emprisonné en Californie.

Rencontre avec "Le Mal, avec un grand M"

Mais ce n'est pas Edmund Kemper, malgré ses exploits, qui fit trembler Stéphane Bourgoin. Dans son livre Sex-Beast, il parle de sa rencontre, le 18 novembre 1992, avec Gerard Schaefer, "le pire tueur en série de tous les temps".

"Il souriait, il avait l’air affable, mais dès que j’ai vu son regard,  ma colonne vertébrale s’est bloquée, les poils de mes bras se sont hérissés, idem pour le cameraman qui m’accompagnait. Il avait l’air normal mais j’ai senti autour de lui une aura… maléfique. C’était 'Le Mal avec un grand M'. J’ai mis plusieurs jours à m’en remettre.", confie Stéphane, encore troublé.

Il ajoute même que Kemper "a cumulé un nombre impressionnant de perversités possibles et inimaginables, dont la nécrophilie et la scatophilie". Le tueur en série était policier pendant les faits et a été condamné pour les meurtres de deux jeunes filles et soupçonné de dizaines d’autres. Il est mort en prison en 1995, tué par 40 coups de couteau portés à la tête.

Stéphane Bourgoin a également pu parler avec le célèbre Charles Manson, leader d'une communauté appelée "la famille" à la fin des années 1960. Il s'est rendu célèbre par une série d'assassinats dans la région de Los Angeles en 1969. Le spécialiste le juge particulièrement manipulateur.

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Il tient cependant à préciser : "On parle de tueurs en série mais rarement de tueuses en série et pourtant ! 12 à 15% des serial killers sont des femmes et encore, beaucoup de meurtres passent pour des morts accidentelles ou naturelles. Les femmes sont, en général, plus douées pour dissimuler leurs crimes".

 

 

 

*Stéphane Bourgoin est également l'auteur de Qui a tué le Dahlia Noir ? ainsi que 999 ans de serial killers aux éditions RING

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