A l’heure où le mariage pour tous est autorisé, l’avortement légalisé et la laïcité au cœur de nombreux débats, le journaliste Marc Tronchot publie une enquête détaillée sur le lien qu’ont entretenu les présidents de la Ve République avec Dieu. 

Planet : On évoque rarement le rapport des présidents à la religion. Pourquoi avez-vous eu envie d’écrire sur ce sujet ? Marc Tronchot* : "J’ai été journaliste politique pendant près de vingt ans ce qui m’a permis de côtoyer de nombreuses personnalités de cet univers, dont certains présidents de la République. Au cours de ces années, je me suis souvent demandé quel était le degré de conviction politique de ces chefs d’Etat, mais aussi quel était leur degré de conviction religieuse.

Il faut dire que quand vous voyez François Mitterrand gravir deux ou trois fois la Roche de Solutré à la Pentecôte, Jacques Chirac vous parler des divinités asiatiques et Nicolas Sarkozy faire des références à Dieu lorsqu’il parle, vous finissez forcément par vous interroger sur le lien qui existe entre ces hommes et le fait religieux.

Planet : Les présidents de la Ve République sont-ils tous catholiques ?Marc Tronchot : Oui, ils sont tous de culture catholique chrétienne. En revanche, tous n’ont pas pratiqué leur religion. Charles De Gaulle a reçu une éducation chrétienne. Il est d’ailleurs né dans une famille pratiquante et a continué de pratiquer même lorsqu’il était à l’Elysée. C’était le plus croyant de tous. Valéry Giscard D’Estaing est, lui, issu de la très haute bourgeoisie. Il a ainsi reçu une éducation religieuse dans des établissements renommés comme le Lycée Janson de Sailly, dans le 16e arrondissement de Paris.  Ce n’était cependant pas un chef d’Etat croyant, il avait toujours besoin de preuves ! Je pense d’ailleurs qu’il aurait aimé avoir la preuve de l’existence de Dieu.

George Pompidou n’est pas né dans un milieu chrétien mais en a reçu l’éducation. A son époque, dans les années 1950, il était possible de professer des idées de gauche tout en envoyant ses enfants faire leur communion solennelle… François Mitterrand a quant à lui grandi au sein d’une famille catholique chrétienne en Charente, tandis que Jacques Chirac, comme Georges Pompidou, est né dans une famille radical-socialiste. Ce qui ne l’a pas empêché d’apprendre tout ce qu’il faut savoir grâce à sa mère qui, elle, était catholique. Son successeur Nicolas Sarkozy avait un grand-père juif mais il n’était pas pratiquant. Aussi, l’actuel président de l’UMP a lui aussi reçu une éducation catholique chrétienne. Enfin, et contrairement à ce que l’on peut penser, François Hollande a également reçu ce type d’éducation. Il a même fait une partie de ses classes chez les Frères Lassaliens.

En somme, je suis prêt à parier que tous les présidents de la Ve République ont chez eux une photo d’eux en enfant de chœur !

Planet : Y a-t-il aujourd’hui à l’Elysée des traces de la pratique de leur religion ?Marc Tronchot : Non, il ne reste rien. A vrai dire, seul le Général De Gaulle avait fait installer une sorte de petite chapelle dans le palais présidentiel. Elle se trouvait dans l’aile gauche du bâtiment et était si petite qu’on aurait plutôt dit un oratoire. Il y a avait toutefois tout ce qu’il faut pour prier comme à l’église. De Gaulle avait en effet demandé à son aide de camp de bien vouloir lui trouver tous les objets nécessaires à un service religieux. On raconte ainsi qu’il a fait les marchés et même les puces pour trouver deux-trois prie-Dieu, quelques fauteuils pour les invités, des bougies, un crucifix, et de quoi recouvrir l’autel. A cette époque, c’était le neveu du général, un ancien père missionnaire en Afrique qui lui faisait la messe. Mais De Gaulle insistait bien pour qu’il ne se considère pas comme le curé de l’Elysée. Il tenait à observer une stricte séparation entre sa vie privée et sa fonction de président. Aussi, veillait-il à ce que le palais du président soit comme lui, laïc.

Aujourd’hui, cette chapelle n’existe plus. La salle qui lui était consacrée est devenue une sorte de salle d’attente dans laquelle trônent quelques meubles et un portrait du président. Ce qui est assez cocasse, c’est que le portrait de François Hollande a été accroché à l’endroit même où se trouvait autrefois le crucifix !

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Planet : Est-il aujourd’hui plus compliqué qu’hier pour les présidents d’aborder les questions liées à la religion ?Marc Tronchot : Oui, c’est certain. Je ne dis pas que tout était plus facile du temps de De Gaulle, Pompidou et VGE mais simplement qu’à cette époque, ils traitaient des problématiques de société alors qu’aujourd’hui ce ne sont plus des problèmes franco-français mais des problèmes mondiaux. Avant, les réformes engagées consistaient à légaliser l’avortement et donner plus de droits aux femmes. Ce qui, pour certains présidents n’était certes pas toujours facile à concilier avec leurs convictions personnelles, mais semble-t-il toujours plus simple que ce à quoi ont été confrontés leurs successeurs. Aujourd’hui, et depuis l’affaire des lycéennes voilées de Creil en 1989, il y a une nouvelle dimension. Les présidents doivent composer avec des mouvements terroristes qui n’hésitent pas à menacer le pays dès qu’une mesure législative leur déplaisant est adoptée. C’est quand même beaucoup plus compliqué à gérer que la réforme du divorce par consentement mutuel !"

*Marc Tronchot est l'auteur de Les présidents face à Dieu (éd. Calmann-Levy)

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