Lors des rencontres entre chefs d’Etat, le repas est généralement élaboré dans les moindres détails. Et pour cause, il joue un rôle bien plus important qu’il n’y paraît de prime abord.

"Donnez-moi de bons cuisiniers, je vous ferai de bons traités", aurait un jour dit le diplomate Talleyrand à Napoléon Bonaparte. Et il ne pensait pas si bien dire ! Longtemps laissée en arrière-plan, la gastronomie ne cesse aujourd’hui d’affirmer son importance. Du menu, au choix des places réservées aux convives, tout est désormais contrôlé d’une main de fer lors de la moindre visite officielle.

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Forte de sa renommée internationale, la gastronomie française joue un rôle essentiel à chaque rencontre d’Etat. "La gastronomie fait partie de l’échange diplomatique. Lors d’un repas, il faut mettre en avant le pays grâce à des produits bien français, très nobles, et faire comprendre au monde que la cuisine française est bien présente", explique à Planet.fr Bernard Vaussion, l’ancien chef des cuisines de l’Elysée, qui a pris sa retraite en 2013 après 40 ans de bons et loyaux services auprès des présidents.

"La gastronomie a énormément de symbolisme"

En dehors de sa faculté à impressionner les hôtes, la gastronomie peut également se révéler propice aux négociations. "Autour d’une table, les échanges sont favorisés. Les cuisiniers font partis du maillon d’une chaîne", estime Bernard Vaussion. Consultante en communication de l’alimentation et auteur d’une thèse sur la "diplomatie culinaire", Alessandra Roversi va plus loin : "la gastronomie a énormément de pouvoir de symbolisme. A travers l’alimentation, il y a la capacité de transmettre un message non-verbal et d’huiler des relations dysfonctionnelles".

L’un des exemples les plus frappants a certainement eu lieu en 1987, en pleine guerre froide, lors de la première visite officielle de Mikhaïl Gorbatchev aux États-Unis. Le président américain, Ronald Reagan, lui avait alors servi du vin produit dans la Russian River Valley, une région californienne colonisée par les Russes au 19e siècle. Un geste a priori anodin mais qui traduisait, en réalité, une volonté de rapprochement. "Originaire de Californie, Reagan a voulu dire : ‘C’est un vin de chez moi, mais ça parle aussi de ton origine, de chez toi’", analyse la consultante.

Une arme à double tranchant

Souvent négligé, à tort, le rôle de la gastronomie dans les relations internationales est de plus en plus reconnu. L’ancien chef des cuisines de l’Elysée s’en fait même l’écho : "Avec quelques collègues, nous avions rencontré Ban Ki-Moon au siège de l’ONU à New York. Il avait alors tenu un discours sur l’intérêt pour les visites d’Etat d’avoir lieu autour d’une table". Mais attention, si la gastronomie est une arme diplomatique, elle est à double tranchant.

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En effet, à travers elle, les chefs d’Etat n’envoient pas que des signaux positifs. Ainsi, en novembre dernier, François Hollande a annulé un déjeuner avec son homologue iranien. En effet, celui-ci avait exigé un repas hallal sans vin à table. Une exigence que le président français a préféré refuser en dépit d’un éventuel rapprochement. Cet incident diplomatique, largement relayé dans la presse, a été particulièrement symbolique puisque la dernière visite d’un président iranien en France remontait à 1999.

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