Laits infantiles contaminés : Nestlé savait bien avant le rappel

Publié par Sarah Martin
le 30/01/2026
Laits infantiles contaminés : Nestlé savait bien avant le rappel
Istock
La polémique rebondit dans l'affaire des laits infantiles contaminés à la céréulide après l'aveu de Nestlé concernant une détection de la toxine dix jours avant les premiers rappels.

Alors que l'inquiétude grandit chez les parents, la gestion de la crise sanitaire par le géant de l'agroalimentaire est remise en question. De nouvelles révélations sur le calendrier interne de l'entreprise mettent en lumière un décalage entre la découverte du problème et l'alerte publique, suscitant la colère des associations de consommateurs.

Nestlé a détecté la toxine dès la fin novembre

C'est un élément qui change la lecture du dossier. La multinationale Nestlé a admis auprès du journal Le Monde avoir repéré la présence de céréulide dans sa production bien avant l'officialisation de la crise. Selon les déclarations du groupe, cette détection remonte à la fin du mois de novembre 2025. L'industriel précise : « Nos autocontrôles ont mis en évidence la présence de céréulide dans certains de nos produits au sein d’une de nos usines aux Pays-Bas ».

Ce calendrier pose problème car les premiers rappels de lots en France n'ont été effectifs que le 11 décembre, soit plus de dix jours après les premiers signaux d'alarme. Si les résultats du début décembre ont confirmé la « présence en infime quantité de céréulide dans les produits toujours sous notre contrôle », ce laps de temps interroge sur la réactivité de la chaîne de décision face à un risque sanitaire touchant des nourrissons.

Un calendrier controversé et une défense technique

Le délai de transmission de l'information aux autorités compétentes cristallise les critiques. D'après les sources du dossier, Nestlé n'a alerté les autorités néerlandaises que le 9 décembre. Une temporalité qui contraste avec les affirmations du ministère de la Santé italien, qui indique que ses propres services avaient été informés par le fournisseur néerlandais dès la fin novembre.

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Pour justifier ce décalage, Nestlé invoque la nécessité d'une procédure rigoureuse avant toute action publique. Le groupe explique avoir dû mener une « analyse de risque de santé – c’est-à-dire comprendre les symptômes et conséquences liés à la consommation de produits qui en contiennent pour la partager avec les autorités compétentes ». Une ligne de défense contestée par plusieurs observateurs, qui rappellent que les effets de la céréulide sont scientifiquement « déjà bien connus et documentés ».

L'origine de la contamination, identifiée comme une huile enrichie en ARA (acide arachidonique) importée de Chine, fait aussi l'objet de dates divergentes. Nestlé affirme avoir identifié l'ingrédient fautif le 23 décembre, avant de prévenir son fournisseur chinois le 29 décembre. Pourtant, une source interne « haut placée » évoque une identification dès le 10 décembre, une hypothèse fermement démentie par la direction.

Plaintes et enquêtes s'accélèrent

L'association de consommateurs Foodwatch a déposé une plainte contre X le 29 janvier 2026 à Paris. Cette action, menée aux côtés de huit familles représentant neuf bébés, vise les industriels mais aussi l'État pour manquement à leurs obligations. Foodwatch pointe spécifiquement le temps perdu « entre les premières alertes émises en décembre et les rappels ».

Le contexte est d'autant plus lourd que deux enquêtes sont ouvertes dans le Sud-Ouest de la France suite au décès de deux nourrissons à Angers et Bordeaux. Il faut noter qu'à ce stade, aucun « lien de causalité n'a encore été formellement établi » entre ces drames et la consommation des laits incriminés. Les investigations devront déterminer si la toxine est impliquée.

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