Vidéo associée: 

Publié le 27/02/2018

Toujours plus d'inégalités en Italie

Corps: 

Chaque matin, Marco Pisu, bénévole de Caritas, fait le tour des marchés et supermarchés de Milan pour collecter des invendus qui seront utilisés dans le restaurant où l'organisation caritative offre le repas aux démunis. Mais il ne se rend jamais dans le centre de la ville qui révèle une autre facette : celle de la finance et de l'excellence, bien loin de la pauvreté qui domine dans sa périphérie. La capitale lombarde est à l'image de l'Italie, profondément divisée.

Pour avoir une vue d'ensemble sur ce qui divise l'Italie, le sociologue Aldo Bonomi nous propose son éclairage : 'Nous sommes en train de vivre une transition sélective, explique-t-il. Et on peut voir les choses de deux manières : soit on dit que tout va bien en ne tenant compte que des mécanismes concurrentiels de sélection ; soit en s'appuyant sur d'autres données, on fait un discours tout autre et on dit que tout va mal, dit-il avant d'ajouter : Le point essentiel, selon moi, c'est de préserver la cohésion sociale et ce n'est pas un problème uniquement italien, il concerne toutes les démocraties européennes.'

'Un malaise, une rancoeur'

Et il y a beaucoup à faire en la matière : en Italie, quatre millions de personnes sont en situation de pauvreté absolue. Environ 18 millions sont menacées par la pauvreté ou l'exclusion sociale. Autre chiffre alarmant : au cours des 35 dernières années, le pays a connu la plus forte hausse des inégalités dans la répartition des revenus de tous les pays de l'OCDE. De plus, de 2008 à 2014, le revenu moyen a baissé de plus de 11% et il s'est réduit de 24% pour ceux qui gagnent moins que la moyenne.

'Quand on dit qu'un pays va bien, poursuit Aldo Bonomi, cela veut dire qu'il peut maintenir la cohésion de ses éléments qui réussissent et que ceux qui sont en difficulté doivent être intégrés : en Italie, on a un problème d'inclusion.'

D'après le ministre italien en charge de l'emploi et des politiques sociales, la pauvreté ne provient pas seulement du manque de revenus, mais aussi des faibles possibilités de participer à la vie économique et sociale du pays.

'Il y a une diversité des voix qui expriment un malaise ou ce que j'appelle de la rancoeur, renchérit le sociologue. Le ressentiment est bien présent et il est très répandu ; mais heureusement, dans ce pays, nous avons une culture de la cohésion sociale qui reste forte,' estime-t-il.

Nourrir le corps et l'esprit

Pour s'attaquer aux nouvelles formes de pauvreté, l'organisation Caritas a notamment ouvert ce réfectoire solidaire il y a près de trois ans. Un établissement de plus en plus fréquenté. A Milan, de 2008 à 2012, les centres de distribution alimentaires ont vu la demande augmenter d'environ un tiers.

Sur place, ce sont donc les invendus qui permettent d'élaborer le menu. Une manière de lutter contre le gaspillage alimentaire qui est important à l'échelle du pays : ainsi, un quart de la nourriture achetée chaque semaine finit à la poubelle.

Le réfectoire dispose de 100 places et les bénéficiaires sont admis pour une période limitée et seulement s'ils ont un projet concret d'insertion, par exemple s'ils recherchent activement un emploi, Caritas les épaulant dans leurs démarches.

'Nous voulons que ce soit un lieu qui nourrit non seulement le corps avec de bons plats réalisés avec les invendus que nous recevons tous les jours, concède
Luciano Gualzetti, directeur de Caritas, mais aussi un endroit pour nouer de bonnes relations et où les personnes renforcent leur confiance en elles, obtiennent des opportunités que la vie ne leur a pas données jusqu'à maintenant et avec l'aide de nos bénévoles, elles essaient de trouver leur voie,' souligne-t-il.

Et il n'y a pas qu'en cuisine que ce lieu fonctionne grâce aux dons. En salle aussi. De grands designers italiens et internationaux ont offert les équipements et le mobilier. Des oeuvres d'artistes contemporains complètent le décor qui est aussi une nourriture pour l'esprit selon le directeur de Caritas.

Lutter contre la pauvreté par une 'approche intégrale et intégrante'

'Caritas a appris, notamment avec la crise, à faire face aux difficultés en ayant une approche intégrale et intégrante, assure Luciano Gualzetti. Cela ne suffit pas de donner à manger : il faut aussi offrir un lit et grâce à une série d'instruments, mettre sur le chemin de l'autonomie,' indique-t-il.

'Pour la première fois de notre histoire, fait-il remarquer, on voit qu'avoir un emploi, ce n'est plus une condition pour sortir de la pauvreté : il y a des emplois précaires, mal payés et avec une mauvaise protection sociale.'

Mais les initiatives de ce genre ne suffisent évidemment pas à répondre à l'ensemble des besoins. Pour le bénévole Marco Pisu, la lutte contre la pauvreté passe aussi par une prise de conscience générale. 'J'aimerais qu'il y ait plus de sérénité parmi nous, que nous soyons plus attentifs aux autres.'

Rising poverty in #Italy. Excellent investigation by crispiandjb https://t.co/ZQfMxKA4n3- Lisa Jucca (LJucca) 20 février 2018

Publicité

Contenus sponsorisés

Publicité
Publicité

A lire aussi sur Planet