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Publié le 24/03/2018

"La politique de cohésion, c'est l'étendard de la solidarité" (Tajani)

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Que va devenir la politique régionale de l'Union européenne après 2020 ? Alors que les Etats européens se préparent au grand marchandage budgétaire pour la future décennie, les Européens vont devoir consentir à des arbitrages d'autant plus douloureux qu'avec la sortie du Royaume-Uni (Brexit), ce sont 12 à 15 milliards d'euros en moins qui entreront chaque année dans les caisses de l'Europe. Au coeur du débat : l'avenir de la politique de cohésion qui célèbre cette année son 30e anniversaire. A elle seule, cette politique représente 35% du budget total de l'UE soit 351,8 milliards d'euros pour la période 2014-2020. La crainte des élus et des acteurs de terrain est de voir ce budget amputé afin de pouvoir financer de nouvelles priorités. En tant que principal outil de solidarité, la politique de cohésion vise à promouvoir et à soutenir le développement global des États membres. Elle cible non seulement les pays les plus pauvres, mais aussi les régions les plus pauvres des pays riches de l'UE. Dans l'ensemble, toutes les régions européennes bénéficient de cette politique. Vous ne le savez peut-être pas, mais la politique de cohésion concerne notre vie quotidienne, notamment en matière d'emploi. Entre 2007 et 2013, cette politique a ainsi contribué à soutenir la création d'au moins un million d'emplois alors que l'Union européenne était pourtant en pleine crise économique. Préservons la politique européenne de cohésion - OPINION via CercleLesEchos >> https://t.co/LtKwfQlWfi pic.twitter.com/utmfH8AQS0- Les Echos (LesEchos) 22 mars 2018 La politique de cohésion a aussi permis d'investir dans la recherche, dans l'innovation, dans les infrastructures de télécommunication ou dans les réseaux de distribution d'eau potable par exemple. A l'occasion d'un débat diffusé sur notre chaîne, notre journaliste Sasha Vakulina a donné la parole aux principaux acteurs de la politique de cohésion. 30 ans de politique de cohésion Pour Corina Cretu, commissaire européenne en charge de la politique régionale, la politique de cohésion possède encore un rôle central dans le contexte actuel : 'Juste avant l'adoption du prochain budget européen pour l'après 2020, il est important de rappeler que cette politique est la plus visible dans la vie des gens et qu'elle devrait continuer à aider non seulement les régions pauvres, mais aussi les régions riches. Car il existe encore des poches de pauvreté et de chômage.' Le Premier ministre portugais, António Costa, a dressé un bilan de la politique de cohésion pour son pays devenu selon lui 'plus développé et plus harmonieux'. 'Quand nous avons rejoint l'Union européenne, en 1986, notre taux de mortalité infantile était 20% au-dessus de la moyenne européenne. Alors qu'aujourd'hui, nous sommes en dessous de cette moyenne. L'écart économique entre les régions les plus riches et les plus pauvres a été réduit de 70%.' Une solidarité à double sens Antonio Tajani, président du Parlement européen, a souligné l'engagement de l'Union européenne pour les pays d'Europe de l'Est et a également tenu à rappeler les principes d'une solidarité européenne équitable. 'Je veux être très clair : si les fonds de cohésion sont un symbole de solidarité, la solidarité ne signifie pas seulement recevoir. La solidarité c'est aussi aider les autres pays, quand ils en ont besoin. Lorsque des pays comme l'Italie, l'Allemagne, la Grèce ont besoin d'aide en matière d'immigration, nous avons besoin de solidarité de la part des pays qui bénéficient des fonds de cohésion.' Les défis de la politique de cohésion La commissaire européenne à la politique régionale, Corina Cretu, a explicité les nouveaux défis à relever pour l'Union européenne : 'Ce compromis sera très difficile parce que nous devons aussi choisir ce que nous voulons faire avec les financements. Nous avons de nouvelles priorités, le président Antonio l'a déjà mentionné, comme l'immigration. Mais aussi la défense, l'armement européen, le contrôle transfrontalier. Ce sont des domaines dans lesquels l'Union européenne n'avait jusqu'à présent aucune contribution, mais nous devons maintenant décider de la manière d'intégrer ces nouvelles priorités dans l'UE après 2020.' Quelques semaines après l'entrée au gouvernement de l'extrême droite autrichienne, la victoire des populistes tchèques ou encore le succès du Mouvement 5 étoiles en Italie, Antonio Tajani soulève un autre défi de taille. Pour le président du Parlement européen, l'une des priorités à l'avenir sera d'enrayer la vague populiste qui se répand en Europe : 'Si nous voulons arrêter le populisme, nous devons prendre des décisions sur ces trois points politiques (immigration chômage des jeunes et sécurité, ndlr) les plus importants.' Alors que le Brexit se rapproche à grands pas, Michel Barnier, ancien commissaire à la politique régionale, s'inquiète lui de la situation irlandaise : 'Je souhaite que le programme 'Peace' puisse rester un outil (de dialogue) en Irlande. Je vous dis ça avec un peu d'émotion car lorsque j'étais commissaire, ma première visite avait été pour Belfast. J'ai eu la chance de rencontrer deux personnalités qui ont eu le Prix Nobel : John Hume et David Trimble (...). Tous les deux m'ont dit la même chose avec les mêmes mots, dans deux endroits différents, ils m'ont dit : nous nous sommes mis autour de la table pour établir la paix, c'est pas d'abord grâce à Londres, c'est pas d'abord grâce à Dublin, c'est pas d'abord grâce à Belfast,... C'est grâce à Bruxelles.' Couper les fonds pour les régions les plus riches ? Alors que toutes les régions européennes se mobilisent pour préserver leurs financements européens après 2020, une question se pose : faut-il continuer à distribuer des fonds aux régions les plus riches ou plutôt se concentrer sur les régions qui en ont le plus besoin ?

C'est une année charnière pour la politique de cohésion car nous devons décider de la manière dont le nouveau budget européen pour la période post 2020 va évoluer. Il s'agit d'un exercice hautement politique et pas seulement une question de comptabilité. Voulons-nous maintenir le soutien à tous les pays et à toutes les régions ? Ou voulons-nous nous concentrer uniquement sur les régions moins développées ou les pays de cohésion où les besoins sont plus aigus ? Un tel changement (...) signifierait que de nombreuses régions et pays comme la Belgique, le Danemark, la France, l'Irlande et d'autres pays perdraient des financements._' La Suède, par exemple, est l'un des pays les plus riches de l'Union européenne en terme de PIB par habitant. Mais pourquoi l'UE devrait-elle continuer à investir à Stockholm, et dans les autres grandes villes européennes ? Pour Karin Wanngard, maire de la capitale suédoise, ces fonds européens restent indispendables même pour les villes les plus riches : 'A Stockholm, les projets financés par les fonds européens sont souvent les liens les plus visibles entre les citoyens et l'UE. C'est un lien très important et il ne doit pas être ignoré.' Karl-Heinz Lambertz, président du comité des régions, rappelle également ce lien unique créé par la politique de cohésion, seul aspect concret visibile par les citoyens. 'La politique de cohésion est précisément une politique faite pour être implantée sur le terrain. C'est le moyen de prouver que l'Union européenne est une véritable valeur ajoutée.'

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