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Publié le 26/01/2018

Davos : comment bâtir l'Europe de demain ?

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Les vents froids de la crise sont peut-être passés au-dessus de l'Europe avec une reprise économique qui s'accélère, mais de nombreux problèmes non résolus continuent à faire frissonner l'ensemble du bloc.
L'image pour 2018 est brouillée, l'optimisme économique est marqué par les incertitudes géopolitiques à l'intérieur et à l'extérieur du bloc.

L'Europe vit un moment provisoire de répit dans un contexte de prévisions de croissance solides, de baisse du chômage et d'un euro compétitif. La zone euro a surperformé par rapport à ce qui était attendu l'année dernière et, cette année, en dépit du ralentissement, la Commission européenne prévoit une croissance légèrement supérieure à 2%

'La complaisance est le pire ennemi et en ce moment c'est ma préoccupation. Tout le monde parle de la reprise, certains évoquent même un boom économique, on sort tout juste de 10 ans de crise... On n'a pas encore atteint le rythme de croissance que l'on avait avant la crise, 4%, et on a perdu des millions et des millions. Maintenant on doit repartir et il y a beaucoup à faire', explique Angel Gurria, économiste mexicain et diplomate, secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

Pour Philip Jennings, le sécrétaire général d'UNI Global Union, construire une Europe plus juste et plus inclusive doit rester une priorité :
'Nous devons réfléchir à ce que les travailleurs européens gagnent, il ne fait aucun doute que les augmentations de salaire qu'on voit ne suivent pas le rythme de la croissance économique. Nous pensons que les travailleurs doivent voir leur salaire augmenter. Si on donne plus d'argent aux travailleurs ils vont le dépenser. Ce serait un moteur pour l'investissement, un moteur de la croissance économique future. Sans un pilier social, sans un pilier inclusif aux réformes économiques nous n'obtiendrons pas le résultat attendu'.

Malgré des chiffres de croissance meilleurs que prévus, l'Europe n'est pas encore sortie d'affaire. Pour mieux comprendre la situation Isabelle Kumar a interviewé le Premier ministre du Portugal Antonio Costa.

Isabelle Kumar : Bonjour Monsieur le Premier ministre. Nous vous retrouvons avec une économie en croissance, un Portugais, Mario Centeno, à la tête de l'Eurogroup. 2018, année du Portugal ?

Antonio Costa : C'est le résultat de plusieurs années de travail, qui, heureusement, ont réussi à la croissance, à la création d'emploi et aussi grâce à une bonne gestion budgétaire et une réduction de la dette. Aujourd'hui même, on va payer la dernière tranche au FMI, qui a une taxe aggravée, donc on reviendra dans des relations normales avec le FMI, comme on a dejà avec l'Union Européenne, parce que on est dejà sorti de la procédure de déficit excessif. Et donc, on est concentré sur la relance et le développement du futur du Portugal.

Isabelle Kumar : Et voilà, le futur du Portugal. Parce que les Portugais, ils voient cette situation positive, et ils disent 'nous voudrions que certaines mesures d'austérité soient renversées'. Notamment, ils voudraient voir des augmentations salariales, des augmentations de retraites. Est-ce que c'est quelque chose que vous prévoyez cette année?

Antonio Costa : On a dejà achevé cette phase, on a dejà remis les salaires qui ont été coupés, on a dejà remis les pensions qui ont été coupées, on a déjà fait la réduction de 'l'attributation' (NDLR : mot portugais 'atributaciao' qui signifie fiscalité, imposition) sur les salaires, on a dejà remis les prestations sociales, donc on est dejà dans une autre phase. Et on a fait tout ça en même temps qu'on a réduit d'une facon soutenable notre déficit. On a fait 1,2% l'année dernière, moins de 1% certainement cette année, on a commencé à réduire notre dette publique, donc, on a tourné la page de l'austérité et maintenant on est sur le chemin de la croissance.

Isabelle Kumar : Et alors, pour les Portugais, quand est-ce qu'ils vont vraiment sentir ces différences dans leur vie au quotidien ?

Antonio Costa : Ils les sentent dejà. Pas tous certainement, mais regardez, le salaire minimum a augmenté de 15% ces trois dernières années. Les salaires, négociés par les syndicats, ont augmenté l'année dernière de 2,6% avec une inflation de 1,4%. Donc, les gens ont déjà récupéré. Et un indicateur très important, qui est le niveau de confiance et de climat économique, a atteint un niveau historique.

Isabelle Kumar : Alors, nous voyons une Europe qui est en train de se redessiner, pour vous quelles sont les priorités pour cette Europe future ?

Antonio Costa : La priorité est de donner des réponses concrètes aux demandes des citoyens. Sécurité, emploi, sont les demandes des citoyens et pour ça il faut réformer l'Europe pour créer des nouvelles réponses dans le domaine de la sécurité, dans le domaine de la défense. Il faut investir dans la recherche, sur les nouveaux domaines du changement climatique, du digital. Il faut le faire sur des bases solides et c'est pour ça qu'il y a une question-clé, c'est la réforme de la zone euro. Parce que, seulement avec une zone euro fort, on a des bases solides pour bâtir l'Europe du futur.

Isabelle Kumar : Et est-ce qu'il y a un risque d'avoir trop d'Europe, est-ce que c'est quelque chose qui vous inquiète?

Antonio Costa : Non, je crois qu'il nous manque de l'Europe, il n'y a pas trop d'Europe. Mais pour avoir plus d'Europe, il faut avoir des bases solides. Et on aura des bases solides seulement si on achève ce qu'il faut faire sur la zone euro : conclure l'union bancaire, l'union du capital et surtout avoir une zone euro qui peut être un bénéfice pour tous les pays, 19 pays membres, et pas seulement pour les plus développés. Et cette démarche, c'est la question-clé dans les mois a venir.

Isabelle Kumar : Et aussi des questions-clés au niveau des divisions qui se font en Europe, quels seraient les plus grands risques pour vous à ce niveau là ?

Antonio Costa : Le fondement de l'Union Européenne sont les valeurs, la liberté, la démocratie, l'état de droit, c'est ça, la paix, qui ont fondé l'Europe et on ne peut jamais oublier que l'économie, c'est seulement un instrument au service de ces valeurs. Donc, il nous faut revenir sur ces valeurs, et sur ces valeurs on doit construire l'Europe de l'avenir. C'est une Europe pour les citoyens, qui rassure les citoyens devant les défis de l'avenir, pour les gens qui ont peur pour le futur de leur travail, devant la menace de l'automatisation, et la peur des gens devant la menace du terrorisme et la peur qu'on a devant les menaces qui entourent l'Europe.
Et c'est pour ça qu'il faut renforcer notre capacité de défense collective, de travailler conjointement pour faire face à la menace terroriste, travailler ensemble pour rester l'économie la plus dynamique, plus innovatrice dans ce monde en changement.

Perante os desafios que a #Europa enfrenta, a questão chave é aprofundarmos a União Económica e Monetária. Só assim teremos uma base suficientemente sólida para construir a Europa do Futuro. Esta foi uma das ideias que defendi hoje em #Davos, no Fórum Económico Mundial. #WEF18 pic.twitter.com/D8x1PC9cSs- António Costa (@antoniocostapm) 25 janvier 2018

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