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Publié le 17/02/2018

Afrique du Sud : Ramaphosa donne le cap

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Le nouveau président sud-africain Cyril Ramaphosa a promis vendredi à son pays un "nouveau départ", des emplois et l'élimination de la corruption, dans son premier grand discours depuis la fin du règne terni par les scandales de son prédécesseur Jacob Zuma.

"Nous devons mettre derrière nous toute la négativité qui a perturbé notre pays parce qu'un nouveau départ nous attend. Un fantastique départ est là", a lancé M. Ramaphosa devant le Parlement au grand complet.

Fidèle à ses promesses, le chef de l'Etat a redit sa détermination à éradiquer la corruption qui a caractérisé l'ère Zuma. "Cette année est l'année où nous allons inverser le cours de la corruption dans nos institutions publiques", a-t-il promis.

Pendant plus d'une heure, le premier discours sur l'état de la nation de l'ancien syndicaliste puis homme d'affaires Ramaphosa a été accueilli par de fréquents applaudissements et même, parfois, des cris d'encouragement.

Un contraste singulier avec les esclandres et vociférations à répétition de l'opposition qui ont accueilli les dernières prestations de Jacob Zuma devant les parlementaires.

"Le dernier discours positif de ce type que j'ai entendu était celui prononcé par Madiba (le surnom de Nelson Mandela) en 1994", s'est enthousiasmé Narend Singh, le leader de l'Inkatha Freedom Party (IFP), une formation de l'opposition.

A la tête de l'Afrique du Sud depuis près de neuf ans, M. Zuma, 75 ans, a été contraint mercredi soir de se retirer, lâché par son propre parti, le Congrès national africain (ANC).

Dès qu'il a pris les rênes de l'ANC en décembre, M. Ramaphosa a tenté d'écourter le mandat de Jacob Zuma, qui expirait dans un an, convaincu que son maintien au pouvoir conduirait le parti à une cuisante défaite aux élections générales de 2019.

Sous la menace d'une motion de défiance, l'ex-président a fini par capituler en présentant mercredi soir sa démission.

L'annonce de son départ a été accueillie avec un soulagement quasi-unanime, dans un pays malade d'une économie désespérément atone et écoeuré par la corruption qui gangrène depuis des années le sommet de l'Etat.

L'arrivée de Cyril Ramaphosa suscite de fortes attentes dans une population dont la majorité vit toujours dans la pauvreté, un quart de siècle après la chute de l'apartheid.

Vendredi soir, M. Ramaphosa a promis d'engager le pays sur "un nouveau chemin de croissance, d'emploi et de transformation".

Parmi ses priorités immédiates, il a cité l'emploi des jeunes, dont le taux de chômage frôle les 50%. "Offrir à un nombre beaucoup plus grand de nos jeunes une place dans l'économie productive est une urgence absolue", a-t-il longuement insisté.

Il s'est également engagé à ramener la confiance des investisseurs et des marchés, qui ont sanctionné la fin du règne de Jacob Zuma par la dégradation de la note financière du pays.

En matière de corruption, le nouveau chef de l'Etat s'est réjoui de l'ouverture "prochaine", a-t-il dit, des travaux de la commission d'enquête judiciaire sur la "capture de l'Etat", qui désigne le pillage systématique des ressources publiques que son prédécesseur est accusé d'avoir couvert voire encouragé.

La famille Gupta, une fratrie d'hommes d'affaires d'origine indienne proche de l'ex-président, en est devenue le symbole, soupçonnée de trafic d'influence, de détournement de fonds et de corruption de ministres.

Longtemps intouchable, elle est visée depuis cette semaine par une série d'opérations de la police. Un des frères, Ajay, introuvable, fait même l'objet d'un mandat d'arrêt.

Même si elle s'est réjouie de son ton, l'opposition a déploré le fond du discours du "camarade Ramaphosa", bien décidée à ne lui accorder ni carte blanche, ni état de grâce.

"Neuf ans de présidence Zuma ont fait reculer notre nation", a déploré le chef de l'Alliance démocratique (DA), Mmusi Maimane, "malheureusement, le président Ramaphosa n'a pas montré ce soir qu'il pouvait mettre en oeuvre les changements dont nous avons désespérément besoin".

Après ce discours, le remaniement du gouvernement est attendu. Tous les partis y sont déjà allés de leurs conseils ou de leurs menaces.

"Une chose que Cyril Ramaphosa doit absolument annoncer, c'est le limogeage du ministre des Finances", a estimé pour sa part le chef des Combattants pour la liberté économique (EFF), Julius Malema. "L'architecte de la +capture de l'Etat+ Malusi Gigaba ne doit pas présenter le prochain budget" mercredi devant le parlement, a-t-il insisté.

"Ramaphosa va probablement se débarrasser de tous les alliés de Zuma lors du remaniement, mais seulement après la présentation du budget", prédit l'analyste Darias Jonker, de Eurasia Group.

Avec AFP

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