La fin des fonctionnaires : une attaque sournoise, mais efficace, sur la fonction publique ?

Plutôt que de s’en prendre à la fonction publique de front, les gouvernements successifs de ces 25 dernières années ont préféré s’y attaquer de façon détournée. Le récent exemple de la réforme de la SNCF le montre très bien, juge l’enseignant-chercheur. "Cela fait deux décennies qu’on évide la fonction publique de l’intérieur. Concrètement, il s’agit de ne pas remplacer les fonctionnaires et de recourir massivement aux contractuels pour noyer le statut. C’est par le biais des nouveaux entrants qui ne sont pas recrutés comme des fonctionnaires que l'exécutif mène ce combat hautement politique. Le ver est dans le fruit", poursuit Frédéric Farah.

La stratégie, mise à l’œuvre depuis les années 1980 s'est avérée redoutablement efficace. "Cette tactique, qui repose en grande partie sur une rhétorique libérale ancienne, implique plusieurs étapes. Dans un premier temps on assèche les finances d'un service public, de façon à ce qu'il soit moins performant. Ensuite on surfe sur le mécontentement en pointant du doigt toutes les faiblesses engendrées par la disette économique imposée. Dans un deuxième temps, on évoque l'idée de la réforme, tout en assurant vouloir conserver l'esprit du service public. C'est ce qu'on a fait avec la poste ou, plus récemment, la SNCF", analyse l'économiste. "Là où le bât blesse c'est qu'en vérité, cette réforme ne dit pas son nom. Il s'agit d'une entreprise de liquidation, de désarticulation", ajoute-t-il. "C'est une façon de faire à la fois sournoise, hypocrite, de mauvaise foi et profondément méprisante."

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La récente victoire du gouvernement sur les cheminots est, selon le chercheur, de très mauvais augure. "Depuis 1995, les fonctionnaires du rail constituaient une forme de forteresse, de bastion inexpugnable. Leur défaite envoie un feu vert au pouvoir en place. Un peu comme lorsque Margareth Tatcher avait remporté son combat contre les mineurs...", rappelle-t-il.