Je m'appelle Anne B. et j'ai 56 ans. Institutrice pendant plusieurs années, je suis retournée sur les bancs de la fac à 40 ans passés.

J'ai fait des études scientifiques (Bac C, aujourd’hui équivalent Bac S) et j'ai passé le concours de l’Ecole Normale Supérieure. Après près de trois ans à l’IUFM – l'Institut Universitaire de Formation des Maîtres, ndlr –, j'ai finalement obtenu mon diplôme d'Institutrice. Je n'ai pas voulu prendre de poste immédiatement et je me suis mise en disponibilité afin de me permettre de suivre des études de lettres en Licence. Dans la suite des choses, j'ai préparé mon CAPES. J’ai surtout enseigné à des maternelles, mais j’ai aussi fait un passage en Institut Spécialisé auprès d’enfants en situation d’handicap.

Ayant ensuite donné naissance à mes trois enfants, j’ai décidé de me mettre à mi-temps pour m’occuper d’eux.

J’ai été amenée, dans le cadre de mon travail, à proposer beaucoup d’activités à dominante artistique. Une collègue à moi, qui complétait mon mi-temps, a pris la décision de prendre un congé formation pendant près d’un an, en faculté d’arts plastiques. Me connaissant bien, elle a pensé que cela pourrait me plaire. Elle avait raison.

L'usure du métier avec les années, les réformes annoncées, l'envie d'enrichir mes compétences et un attrait certain pour les disciplines artistiques m'ont convaincu de sauter le pas. J’ai pris une disponibilité et je suis retournée, moi aussi, à la fac. J’avais plus de 40 ans. Quatre ans plus tard, j’étais diplômée d’un Master 1 en arts plastiques. J’étais comblée.

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"Ce qui a été le plus difficile pour moi, c'était la gestion du temps"

A vrai dire, j'ai eu une chance énorme. Pour moi, l’aspect financier n’était pas un problème. Mon mari avait un salaire qui permettait de faire vivre la famille sans souci. Donc aucun besoin d'aide extérieure.

Par contre, la collègue qui m'avait donné envie de suivre ce cursus universitaire n'avait pas les mêmes moyens que moi. Elle a profité d'un congé formation. Le problème c'est qu'il faut faire la demande pendant des années avant de pouvoir l'obtenir. Bien trop souvent, le projet de départ n’est, du coup, plus d'actualité. Ce congé est alloué pour une période de 10 mois ce qui est, quand on y pense, assez court au regard d'un cursus universitaire de 4 ans.

Ce congé formation privilégie les formations courtes, certes, mais il permet  surtout de toucher son salaire pendant 10 mois et de retrouver son poste ensuite.

Ce qui a été le plus difficile pour moi, c'était la gestion du temps. Aucun problème financier mais un mari absent du fait de ses déplacements professionnels. Pour le coup, il fallait gérer les enfants, mais aussi tout ce qui était entretien de la maison : courses, ménage, repas. Le tout, en menant de front les cours à la fac.

Avec un trajet d’une heure le matin, le soir, tous les jours, je n’ai pas pu assister à tous les cours. À cela, il fallait compter le temps passé à la réalisation des dossiers en arts plastiques. Etant une grande passionnée, perfectionniste et hyper exigeante, le plus dur était de me donner les moyens de réussir, sans que ça n'empiète trop sur la vie de famille.

"On prend confiance et l'on se remet à croire en soi"

Malgré toutes les difficultés que j'ai pu affronter durant cette aventure, jamais je ne pourrais regretter d'avoir sauté le pas. Le fait de se retrouver sur les bancs de la fac, entourés de jeunes aspirants à un avenir brillant, et de réussir à mon tour … c’était tellement valorisant. On prend confiance et l'on se remet à croire en soi. N'ayant jamais fait d'études artistiques, je doutais un peu de mes capacités et de la valeur de mes productions. Mener de front des études à la fac à une heure de chez moi tout en continuant à gérer mes enfants et ma maison et réussir tous les examens, c'était particulièrement gratifiant.

Apprendre, découvrir de nouvelles choses, de nouveaux savoir-faire… Il n'y a pas d'âge pour démarrer ses études. Si la curiosité est là, l'envie présente, il suffit de foncer pour y arriver.

Je n’ai jamais fait tout ça dans un but de reconversion professionnelle. Ça aurait pu l’être, certes, mais c’était avant tout une question d’épanouissement personnel. Le fait de reprendre mes études a été pour moi l’occasion de faire ce que j’aurais peut être aimé faire plus jeune, sans que cela ait été possible avant. Mon père ne jurait que par les mathématiques.

C’est une véritable seconde chance que l’on m’a donnée. J’ai adoré retourner à la fac, reprendre mes études, même à 40 ans… surtout à 40 ans. On a une autre perspective de la chose, qui nous donne une vision différente, et qui nous permet d’avancer.

Pour tous ceux que l’idée taraude de reprendre les études : Foncez, vous ne le regretterez pas. C’est une merveilleuse aventure.

En vidéo - Travail et enfants : un équilibre difficile à trouver