Pour le présentateur phare de TF1, cela ne fait aucun doute : en 1986, la météo nationale a truqué les cartes et multiplié les discours rassurants pour ne pas inquiéter les Français après Tchernobyl. Jean-Pierre Pernaut prétend même que sa chaîne en a fourni la preuve ! Pour autant, la réalité est peut-être plus complexe…
Tchernobyl : Jean-Pierre Pernaut a-t-il raison d’accuser la météo nationale de trucage ?France 5, C à vousCapture vidéo

"On avait démontré le mensonge d'État qui avait été organisé autour de Tchernobyl, en faisant croire que la France était protégée par un anticyclone", assénait Jean-Pierre Pernaut sur le plateau de France 5, le 4 octobre 2019. L’homme du 13h n’a d’ailleurs pas hésité à parler de trucage, rapporte Libération. "En fait, on avait montré quatre ans après que Météo France avait déplacé un anticyclone de 800 kilomètres, contrairement à d’autres météos européennes. On avait mis l’anticyclone sur la France en disant : regardez, l’anticyclone nous protège, mais il n’était pas là du tout, il était aux Açores", s’acharne le journaliste, qui évoque un reportage diffusé en 1990 sur TF1.

Ce n’est pas la première fois que Jean-Pierre Pernaut s’en prend à Météo France pour la façon dont le cas Tchernobyl a été géré, en 1986. Dans les colonnes de Paris Match, en 2002, il pointait du doigt les "faux bulletins météo" prétendument "fabriqués par les autorités pour insinuer que le nuage de Tchernobyl s’était arrêté à nos frontières". Avant de rhabiller pour l’hiver la classe dirigeante de l’époque. "Pris de panique, nos responsables politiques ont été lamentables", accusait-il.

Pour rappel, à l’époque, c’est Brigitte Simonetta qui présentait le bulletin météo et qui expliquait comment les vents avaient fournis à l’Hexagone une "véritable barrière de protection". "Il bloque en effet toutes les perturbations venant de l’Est", d’où provenait donc le nuage radioactif, avait-elle déclaré devant les caméras. À l’écran, sur la carte d’Europe figurait un gros panneau "stop", pour illustrer ce prétendu bouclier, susceptible de prémunir les Françaises et les Français des retombées toxiques. Une question demeure néanmoins, que CheckNews, la rubrique de fact-checking de Libé pose : y avait-il vraiment volonté de tromper les citoyens, comme l’affirme sans ambages le présentateur de TF1 ?

Tchernobyl : vous a-t-on sciemment menti ?

C’est ce que laisse penser la juge d’instruction Odile Bertella Geoffroy qui, en 2002, explorait "la piste d’une manipulation de la météo ou d’Antenne 2", rappelle le quotidien marqué à gauche. "Météo nationale. Brigitte Simonetta dit que la France n’est pas touchée. On voit un panneau Stop. Qui a influencé la météo ?", questionne d’ailleurs l’une des pièces du dossier d’instruction, avant de poursuivre, demandant si "la pression a été mise sur la météo nationale ou sur le journal télévisé".

Pourtant, assure CheckNews, la réponse est plus complexe. Une certitude : quand Brigitte Simonetta commence son bulletin météo, elle est déjà dans l’erreur : le nuage arpente déjà, pour partie, le territoire français. Dans le sud-est, on constate d’ailleurs une hausse de la radioactivité. Ce qui ne signifie pas nécessairement qu’il y ait mensonge, et pour cause ! Les cartes diffusées dans le bulletin météo du 30 avril au soir correspondent à celles de Météo France, ainsi qu’à celle de la météo britannique du jour. Les anticyclones y apparaissent et n’ont pas été inventés. 

"L’accusation de tromperie ou de carte truquée n’a pas de sens. Les cartes sont conformes. L’anticyclone au bon endroit. En revanche, il y a beaucoup à redire sur le commentaire. Ne serait-ce que parce qu’un anticyclone n’arrête pas un panache", explique d’ailleurs Emmanuel Bocrie, chef de l’unité média de Météo France. La faute viendrait plutôt des journalistes.

Tchernobyl : Brigitte Simonetta plaide l’erreur

Si, rappelle Libération, les dirigeants de Météo France ont réfuté toute pression, Brigitte Simonetta a elle choisi de plaider l’erreur. Contactée par le quotidien, elle explique avoir été envoyée auprès de l'organisme météorologique par son rédacteur-en-chef de l’époque, Paul Nahon, et y avoir rencontré un ingénieur prévisionniste. Ce dernier lui aurait dit "il y a un sacré anticyclone, ça bloque pas mal". J’en ai fait une ‘traduction’ peut-être excessive", poursuit celle qui "nie avoir reçu la moindre information sur le déplacement du nuage".

Elle déclare cependant être à l’initiative du panneau stop, dont elle aimait la "réalisation" et le "graphisme". "On m’a fait passer pour une pro-nucléaire, alors que je soutenais Antoine Waechter et les écolos de l’époque, c’est l’ironie du sort", déplore-t-elle. Avant de s’agacer, rappelant que ni Noël Mamère, qui reprenait sa carte à l’antenne le lendemain, ni les autres rédacteurs en chef n’avaient été décrits comme manipulés. "Moi non plus je n’étais pas manipulable. J’ai juste fait une erreur", assène-t-elle.

Les cartes qui auraient pu laisser penser qu’il y avait eu manipulation, insiste le responsable du bureau des études spéciales du Service central d’exploitation de la météorologie (Scem) de l’époque, n’ont pas été produite avant le bulletin. Il ne s’agissait pas de prévisions et son service n’avait donc pas anticipé la propagation du nuage… Finalement, d’après Libération, le "hiatus entre l’information visuelle et celle, écrite, est à l’image de la communication, à la fois minimaliste et brouillonne, qui fut celle des autorités". Suffisamment peu claire pour entretenir la confusion aujourd’hui.

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