Les femmes sont-elles indésirables dans certains lieux publics comme le laisse penser un récent reportage de France2 ? Nous avons posé la question au politologue Thomas Guénolé, auteur d'un ouvrage sur la banlieue. 
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La semaine dernière, France 2 diffusait un reportage choc sur la mixité à Sevran (Seine-Saint-Denis) qui devait servir d’exemple pour d’autres villes. Des journalistes en caméra cachée, accompagnant des militantes de la "Brigade des mères", ont voulu ainsi montrer le sexisme qui sévit encore dans certains quartiers populaires de France.

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Le ministre des Droits des femmes a réagi

Dans ce reportage, on pouvait voir que les femmes recevaient un accueil froid dans un bar PMU de Sevran. D’ailleurs, de femmes, il n’y en a pas en règle générale… "Ici, on est à Sevran, pas à Paris. Les mentalités sont différentes, c’est comme au bled", explique d’ailleurs un client. Un peu plus tard, toujours en caméra cachée, deux femmes vont s’installer en terrasse d’un bar. Cette fois-ci, ce sont les hommes attablés qui décident de quitter les lieux.

Un reportage qui a fait réagir jusqu’au gouvernement. Laurence Rossignol, ministre des Familles et des Droits des femmes, a déclaré lundi sur I-Télé " ne rien avoir appris dans ce reportage". "En effet, il y a des endroits où les femmes sont invisibles, absentes", a-t-elle déclaré, tout en minorant le côté religieux : "On ne peut pas dissocier la relégation des femmes dans ces quartiers de la relégation global de ces quartiers."

"Ce qu'on prend pour un problème de coutumes, et en fait un problème social"

Une analyse que semble partager Thomas Guénolé, politologue et auteur de Les jeunes de banlieue mangent-ils les enfants ?. " Ce sont des questions sur lesquelles il faut faire preuve de sang-froid et de rationalité", explique-t-il d'emblée à Planet.fr. "Il faut tout d'abord dire que les immigrés, qui font partie d'une première vague d'immigration, arrivent avec leurs cultures. Ensuite, nous avons une homogénéisation par rapport à la population française, qui prend trois à quatre générations, et qui conduit à une perte progressive des coutumes des primo-arrivants", estime le politologue.

"Mais la particularité de l'immigration maghrébine, c'est d'être arrivée alors que le chômage de masse s'installait. Et des études récentes ont montré qu'il y avait une corrélation entre le fait de garder son système de valeurs, et le fait d'être au chômage", indique Thomas Guénolé. Qui finit par rejoindre le ministre des Droits des femmes : "Ce qu'on prend pour un problème de coutumes, et en fait un problème social".

Le politologue reconnaît toutefois qu'il y a des problèmes de ce genre en banlieue. "Ca dépend des banlieues encore une fois. Et Sevran est un cas particuliers, où le repli sur des valeurs patriarcales est particulièrement exacerbé", nuance-t-il. "Le problème, c'est que les médias alimentent une certaine paranoïa à ce sujet. On reste le nez collé sur des situations marginales sans voir que l'écrasante majorité est assimilée", tempête l'auteur de Les jeunes de banlieue mangent-ils les enfants ?.