Féminicides, agressions sexistes et sexuelles : l’humour, une arme dangereuse au service du discours agresseur ?

"Océane a été sévèrement ‘boxée’ par son compagnon boxeur médaillé", titrait La Dépêche en mars 2019, à propos d’une femme battue par son conjoint. Plus tard dans le mois, c’est Le Maine Libre qui décrit un violeur incestueux récidiviste comme un "papy récidiviste", rappelle le site Les mots tuent, qui recense certains des titres problématiques et indignes qui trônent au sommet d’articles souvent aussi ambigus. En moyenne, une femme est tuée tous les trois jours par son conjoint ou de son ancien compagnon en France, rappelle L'Obs. Pourtant, il n’est pas rare que le sujet soit abordé avec humour ou habillé de jeux de mots…

"Là encore c’est loin d’être anodin : l’humour est instrumentalisé pour masquer la souffrance des victimes et la gravité des violences qui sont perpétrées à leur encontre", assène Muriel Salmona, dont le constat est partagé par le collectif "Féminicides par compagnons ou ex". "D’une façon générale, dans une société machiste comme la nôtre, on plaisante beaucoup sur le corps des femmes. C’est mécanique : il est nécessaire de les dénigrer pour pouvoir les objectifier et maintenir l’oppression qui pèse sur elles", explique l’une des administratrices de la page qui ne manque pas de rappeler que, pour discréditer les femmes et les forcer à se taire, l’insulte est une autre arme très souvent employée.

Parce que c’est là l’enjeu : faire taire les victimes, les effacer. Et, hélas, la technique fonctionne assez bien… "Il est très difficile d’être entendu quand la réponse vise à tourner en ridicule la situation. Ce discours agresseur, chargé de mépris, qui consiste à dire que les féministes et les victimes n’ont pas d’humour est complexe à contrer’", rappelle la psychiatre qui n’hésite pas à non plus à pointer du doigt son importance dans le déni général qui prévaut, en matière de violences faîtes aux femmes. "La situation est d’autant plus inquiétante que cette rhétorique imprègne la société. C’est pour cela que, spontanément, on développe certains réflexes sexistes qui sont eux aussi difficile à combattre et à déconstruire", poursuit la présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie.

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