Que risque-t-on en cas d’exhibition sexuelle en public ?
Dans la journée de samedi, une artiste a été arrêtée pour s’être dénudée devant le tableau Olympia d’Edouard Manet. Mais que risque-t-elle au juste ?

L’artiste luxembourgeoise, Déborah de Robertis, a été arrêtée samedi pour exhibition sexuelle après s’être allongée nue devant l’Olympia d’Edouard Manet au musée d’Orsay. Le tableau représente une jeune prostituée allongée sur un lit, entièrement nue, ne cachant ses parties intimes que par sa main gauche.

Ce jour-là, l’artiste s’est dénudée devant le tableau avant de s’allonger pour reproduire la scène du tableau, et ce devant le public qui venait assister aux derniers jours de l’exposition "Splendeurs et misères, Images de la prostitution 1850-1910". "Il y avait beaucoup de monde devant le tableau. Les agents ont bien réagi, ils ont fermé la salle, lui ont demandé de se rhabiller. Comme elle a refusé, la police a été appelée et l'a emmenée", a expliqué une porte-parole du musée d'Orsay, qui a porté plainte pour exhibition sexuelle. L’artiste a été aussitôt placée en garde à vue puis déférée dimanche soir au parquet de Paris, qui doit décider ce lundi d’éventuelles poursuites judiciaires.

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"Une pudibonderie judiciaire inquiétante"

Déborah de Robertis "portait une caméra portative pour pouvoir filmer la réaction du public. Il s'agit d'une performance artistique", a indiqué son avocat, Me Tewfik Bouzenoune. "Mettre un artiste en garde à vue, c'est un très mauvais signal", a-t-il protesté. "Cette mesure de contrainte, qui est l'expression d'une pudibonderie judiciaire inquiétante, s'adresse à tous les artistes performeurs qui souhaitent s'exprimer de manière trop libre dans l'espace public", a ajouté Me Bouzenoune.

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Un précédent cas avec un autre artiste.

Que dit la loi en la matière ? L’article 222-32 du Code pénal indique que "l'exhibition sexuelle imposée à la vue d'autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende." C’est ainsi qu’un adjoint au maire de Fayence (Var) a été condamné en novembre 2015 à quatre mois de prison avec sursis pour exhibition sexuelle : il avait été surpris dans sa voiture en train de se livrer à des caresses solitaires, à la sortie du bus scolaire, indique Var-Matin.

Seulement, devant un "artiste", la justice est-elle plus clémente ? On pourrait le croire au vu du cas Steven Cohen, un performer Sud-Africain qui s’était montré sur le Trocadéro (Paris) avec son sexe enrubanné relié à un coq lors d’un spectacle de rue. Le tribunal correctionnel de Paris a l’a certes condamné pour exhibition sexuelle, mais l’a dispensé de peine, compte tenu de la "démarche artistique" du personnage, qu’aucune plainte n’avait été déposée et que l’artiste ne s’est "à aucun moment livré à des actes sexuels."

A noter que Déborah de Robertis n’en est pas à son coup d’essai. En mai 2014, elle avait exposé son sexe devant L’origine du monde de Gustave Courbet, toujours devant le public du musée d’Orsay. Ce dernier avait également porté plainte… mais dans un droit de réponse publié sur Facebook, la jeune femme rappelle que "la plainte n’a pas été prise" à l’époque.

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