Ce jeudi 22 mars est marqué par une grève de grande ampleur. La SNCF poursuivra par ailleurs un calendrier très précis s'étalant sur trois mois. Une stratégie qui vise à se donner l'avantage dans le bras de fer avec le gouvernement. 
AFP

Mobilisation générale ce jeudi 22 mars. De nombreuses organisations syndicales ont appelé à faire grève à commencer par celles de la SNCF, le trafic sera assuré à 40% sur les TGV, à 50% sur les TER et à 25% sur les intercités. Dans le ciel, la Direction générale de l’aviation civile a annoncé l’annulation d'environs 30% des vols au départ et à l’arrivée de Roissy, Orly et Beauvais. Dans l’Education nationale, les chiffres sont similaires, avec un taux de grévistes estimé à 25% dans le primaire. En région parisienne enfin, la RATP prévoit des perturbations sur les RER A et B mais un trafic normal sur le reste du réseau.

Cette journée du 22 mars est un test significatif pour les organisations syndicales et particulièrement celles de la SNCF : la CGT, l’Unsa, SUD Rail et la CFDT. Pour elles, ce jeudi, sera la première journée de grève d’une longue série qui redémarrera le 3 avril et s’étalera ensuite sur trois mois. Pour se faire entendre, les organisations misent sur deux jours de grève tous les trois jours, samedi compris. Cela impacte déjà les réservations puisque la SNCF les a fermées pour les jours de grève en avril. Cette méthode aura forcément des conséquences sur les routes et les autres modes de transports qui seront mathématiquement plus sollicités.

A malin, malin ennemi

Cette méthode de grève "perlée", même si elle est jugée dure, est assez inédite pour les syndicats et leur permet de maximiser le rapport temps-impact. "Nous pouvons tenir trois mois tout en ayant quasiment le même impact qu’une grève reconductible classique", aurait ainsi expliqué la CGT Cheminots, initiatrice de cette stratégie, dans un mail interne relayé par Le Parisien

Hubert Landier, expert des relations sociales et universitaire, évoque aussi la coût des jours de débrayage. "La méthode est jugée astucieuse par les organisations syndicales, et scandaleuse par la direction. Les cheminots ne peuvent plus se permettre une grève longue, ils doivent réduire le coût de la grève. Avec cette méthode, ils perdront environ 2/5ème de leur salaire", détaille-t-il. La stratégie permet aussi de mettre la direction face à ses propres difficultés, il sera en effet très difficile de remettre en marche une organisation tentaculaire qui s’est arrêtée pendant deux jours.

Jouer l’opinion publique

Surtout, il y a une volonté de jouer sur le même terrain que le gouvernement. En choisissant de légiférer par ordonnances, l’exécutif emmené par Edouard Philippe a fait le choix d’un affrontement frontal, "il fait jouer l’opinion publique – variable clef - qui est pour l’instant de son côté, en mettant en avant le côté vieux-jeu des syndicats qui ne veulent pas négocier".

Les syndicats ont eux tout intérêt à faire jouer les critiques d’autoritarisme formulées envers Emmanuel Macron et à manier subtilement la variable. "Le gouvernement pourrait vouloir passer en force, mais c’est peu probable. Au-delà, de la réforme de la SNCF, l’empressement du gouvernement à user d’ordonnance sur d’autres projets de loi commence à agacer. Le gouvernement aura donc tout intérêt à y mettre les formes", relève Hubert Landier. Les cheminots grévistes pourront eux bénéficier d'un effet de durée qui permettra, en dépit des mécontentements, de lancer le débat dans l'opinion publique, comme le relevait l'historien Michel Pigenet sur Le Point

Les organisations partent toutefois avec un risque en plus, celui de la scission. "Si l’UNSA et la CFDT qui sont les plus enclines à négocier décident de rompre l’unité, ça deviendra compliqué de faire durer le mouvement, avec un risque accru de basculement de l’opinion publique du côté du gouvernement", ajoute le spécialiste.

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