C'est une histoire qui fait énormément parler outre-Manche : une femme a échappé à deux tentatives de meurtres de son mari et refuse de divorcer. Pourquoi ?
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Il sabote son parachute

Ancienne capitaine de l’armée, Victoria Cilliers a échappé à deux tentatives de meurtres de la part de son mari, dont une qui impliquait un sabotage de son parachute. Accro au sexe et l’ayant déjà trompé, l’époux a été condamné par la justice, pourtant encore aujourd’hui, l’ancienne militaire refuse de divorcer arguant de l’amour qu’elle a pu porter au père de ses enfants, "à l’homme qu’il était et non à celui qu’il est devenu ", ainsi qu’elle le raconte au Mirror.

S'il s'agit bien de tentative de meurtre, ce cas n'est pas sans rappeler la difficulté qu’ont toujours aujourd’hui les femmes à se tourner vers la justice lorsqu’elles sont victimes de violences conjugales. C’est d’ailleurs bien les sentiments qui peuvent dans un premier temps les en empêcher, ainsi que l’explique Caroline Rebhi, présidente du Planning familial. "Quand une femme n’arrive pas à signaler des violences conjugales, c’est aussi parce qu’elle aime son mari et que quand il n’est pas violent, il "redevient gentil". C’est un mélange d’espoir et d’envie. Entre temps, elle établit des stratégies pour éviter de déclencher des crises de violence, en se comportant différemment ou en s’habillant différemment. Le problème, c’est que la violence ne va faire que gagner en intensité", explique-t-elle.

Aujourd’hui, il faut en moyenne sept tentatives à une femme pour pouvoir signaler ce qui lui arrive aux autorités. "C’est plus rapide s’il y a des enfants et qu’ils sont impactés par cette violence", ajoute Caroline Rebhi.

A cette difficulté personnelle s’ajoute les enjeux financiers et matériels. "Les femmes gagnent encore aujourd’hui moins que les hommes. Cette précarité financière leur donne moins de marge de manœuvre quand il faut par exemple quitter le domicile conjugal", précise la présidente du Planning familial.

Il faut également prendre en compte la violence et les pressions psychologiques qui s’exercent sur la victime et l’empêche de se tourner vers la justice, justice qui peut elle-même être source d'angoisse et d'appréhension...

Recueillir la parole des victimes

Janine Bonaggiunta ne mâche pas ses mots : "Aujourd’hui c’est très difficile de déposer plainte, si ce n’est pas de la violence physiques particulièrement visible : il doit y avoir des bleus, des traces de coups. Sinon, on peut s’entendre dire de rentrer à la maison et d’essayer d’arranger les choses". Spécialisée avec sa consoeur Nathalie Tomasini, dans les violences conjugales, elle a notamment défendu Jacqueline Sauvage, cette femme qui a tué son mari après avoir subi ses coups pendant 47 ans. François Hollande lui a accordé une grâce présidentielle.

Cette crainte de de ne pas être perçue comme crédible est anticipée par les victimes soulignent Me Bonaggiunta et Caroline Rebhi. Si la première pointe le caractère aléatoire de la façon dont sont reçues les victimes de violences conjugales, la deuxième estime que les autorités ne sont pas encore assez bien formées. "C’est terrible parce que si une femme a décidé de porter plainte et qu’on lui dit ‘’revenez plus tard, on n’a pas le temps’’, elle peut perdre ses moyens et renoncer complètement", détaille l’avocate. Toutes deux s’accordent toutefois à dire que ça va un peu mieux depuis quelques années. "A Paris par exemple, le procureur entame systématiquement une enquête quand il y a une main courante ou quand il y a un retrait de plainte, afin de s’assurer qu’il n’y a pas de pression", assure Caroline Rebhi.

Malgré cela, il reste encore beaucoup d’efforts à faire. "Le viol conjugal par exemple est aujourd’hui extrêmement compliqué à faire valoir. D’autant que c’est souvent parole contre parole", ajoute Janine Bonaggiunta qui évoque également l’appréhension des victimes face à la machine judiciare. Entre 2012 et 2016, seulement 10% des victimes de violences au sein de leur ménage ont déposé plainte, selon le rapport d’enquête Cadre de vie et sécurité de 2017

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