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Depuis le 17 novembre, l'identité des gilets jaunes fait débat. Extrémistes politique, automobilistes en colère… Des suggestions qui traduisent maladroitement un mouvement aux maux multiples.
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On sait qui sont vraiment les gilets jaunes : pour qui votent-ils ?

"Jacquerie", "révolte" , "extrême droite", "extrême gauche" … Autant de termes qui, depuis le 17 novembre, se retrouvent régulièrement accolés à la mobilisation des gilets jaunes. Protéiforme, sans organisation claire, et avec des revendications éclatées, le mouvement échappe pourtant aux grilles de lectures traditionnelles. Cependant, en s’étirant sur la durée, il a permis aux sociologues et politologue d’esquisser une première analyse de son identité. 

S’agit-il uniquement d’automobilistes en colère face à la hausse des prix du carburant ? C’est plus subtil, analysent Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et stratégies d'entreprise de l'Ifop, et Sylvain Manternach, géographe-cartographe, dans une note de la Fondation Jean Jaurès.

La hausse des prix de fait incarner un élément déclencheur, mais auprès d’une population dépendante de sa voiture et déjà agacée par la limitation à 80km/heure et la hausse des flahs, l’augmentation du coût du contrôle technique ou des tarifs de stationnement. C’est en partie ce qui lient les gilets jaunes, malgré eux aussi, à l'extrême droite. "La dénonciation du matraquage fiscal et la défense des automobilistes sont des thématiques travaillées depuis longtemps par [Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan]", précisent les deux spécialistes.

45% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon soutiennent les gilets jaunes, ainsi que 42% de ceux de François. Ils sont entre 28 et 29% pour Benoît Hamon et Emmanuel Macron. Des chiffres qui expliquent la farouche et furieuse opposition à la personne d'Emmanuel Macron.

On sait qui sont vraiment les gilets jaunes : où habitent-ils

La dépendance de la voiture précédemment évoquée concorde avec la carte des mobilisations établie par les deux chercheurs. Les gilets jaunes s’inscrivent dans l’étalement urbain : "On constate une forte densité de points de rassemblement dans la grande périphérie des principales métropoles, zones dans lesquelles résident de nombreux "pendulaires"". Le terme pendulaire désigne plus familièrement le "métro-boulot-dodo'', ou quand les populations se rendent dans les grands centres urbains la journée pour travailler et repartent le soir. 

Les zones rurales par leur forte dépendance à la voiture ont présenté elles aussi de fortes mobilisations. Avec quelques exceptions : "une faible densité de points d’action dans les départements ayant fortement voté Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle. C’est le cas par exemple en Aveyron, dans le Cantal et la Corrèze, départements pourtant très ruraux où l’usage de la voiture est indispensable". L’inverse est vrai pour de nombreux zones ayant fortement voté Front National

On sait qui sont vraiment les gilets jaunes : ce qu’ils veulent

Dans leur note, Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach pointent une fracture entre ceux qui craignent 'les fins de mois difficiles" et ceux qui "craignent la fin du monde "

Comme vous l’expliquait Planet, la majorité, elle, craint de laisser un espace à sa gauche sur les questions écologiques lors des prochaines européennes. En ce sens, tenir sur la question de la taxe était une façon de sécuriser des voix écolos dans les grandes villes. "Le mouvement des gilets jaunes est venu confirmer cette hypothèse en actant la fracture entre le président, d’une part, et, d’autre part, les milieux populaires et la petite classe moyenne résidant dans les villes moyennes et dans les zones rurales et périurbaines"'.

Le constat est simple du côté de ceux qui se sont mobilisés : "Ce sont ces Français qui ne parviennent pas ou tout juste à boucler leur budget du fait des dépenses contraintes (loyer, assurance, chauffage…) qui ne cessent d’augmenter".

Vidéo : Des arnaqueurs se font passer pour des gilets jaunes