Or, l’écart entre un régime totalitaire et un régime stalinien n’excède pas la largeur du Rubicon. Le signe le plus visible de cet iceberg est la pédophilie ; certes, celle-ci est universelle, mais le pape lui-même reconnaît que, dans l’église catholique, celle-ci a été favorisée par un excès de "cléricalisme" ; et pourtant, selon moi, le pape maintient le cap de l’obéissance (aveugle) imposée.

Je vais prendre un exemple qui me semble illustratif, même s’il est relativement anecdotique. Je cite (éditorial du journal La Croix du 3 août 2018) : "L’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que la peine de mort est une mesure inhumaine qui blesse la dignité personnelle et elle s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde", article 2267 du Catéchisme ; je note l’utilisation du "caté", ce livre rouge à la Mao, et l’argument massue, "l’Évangile" ; d’ailleurs, l’éditorialiste, Dominique Greiner, ne s’y est pas trompé  en concluant : "On ne peut être catholique et favorable à la peine de mort" ; le pape a décidé, donc on obéit.

Il va sans dire que je suis en total désaccord avec cette compréhension de la doctrine chrétienne ; le vrai chrétien est, d’abord et avant tout, un homme libre guidé par son jugement personnel. Or, selon moi, l’abolition de la peine de mort est un gadget pour apaiser la mauvaise conscience des pays riches et en paix, hypocrisie qui volera en éclats à la première tempête ; les bombes de Nagasaki et Hiroshima étaient-elles "abolitionnistes" ? Or, à ce jour, l’arsenal nucléaire est le seul véritable rempart contre une guerre généralisée qui – mondialisation oblige – serait bien pire que les précédentes.

Mais, le plus grave, c’est l’inconséquence du pape ; au vu des excès des totalitarismes staliniens et hitlériens, la priorité est de rappeler l’un des fondements de la doctrine chrétienne : chaque chrétien informé doit se laisser guider par sa propre conscience. Le pape n’est pas plus compétent en matière de géopolitique qu’en matière de sexualité ou d’astronomie.

Et les dogmes, me direz-vous ? Sur ce point, il est indispensable de dissiper un malentendu. Les dogmes chrétiens portent sur l’essence même de Dieu ; selon moi, ils constituent une construction théologique absolument invraisemblable, et, si Dieu existe, c’est pour cela qu’ils nous ont été révélés (et non imposés) ; j’adhère totalement à ces dogmes, mais ce n’est pas par obéissance ; c’est parce qu’ils m’apportent une profonde sécurité spirituelle : Dieu m’aime, tel que je suis, sans condition, et, pour des raisons qui me dépassent, mais qui me comblent d’admiration, il a cru « bon » de s’incarner et de mourir sur une croix ; qui dit mieux ! Quelles que soient les variantes dans la compréhension de ces "mystères", il est est incontestable qu’ils ont été, et restent encore, la source jaillissante qui irrigue les méditations des chrétiens débutants ou chevronnés. La sagesse bouddhiste peut aider à renouveler les techniques de méditation mais, sur le plan métaphysique, elle se situe aux antipodes des "mystères" précités.