Cette semaine, Nadine Morano a fait l'objet de critiques après avoir utilisé les mots de "race blanche" dans une émission du service public. Deux biologistes nous éclairent sur la pertinence de cette catégorisation.

En invitant l’eurodéputé (Les Républicains) Nadine Morano à On n’est pas couché, Laurent Ruquier et sa bande savait qu’ils allaient faire de l’audience. Mais savaient-ils qu’une tempête politico-médiatique suivrait sitôt la responsable politique sortie de l’émission ?

Entre temps, voici ce que Nadine Morano a déclaré sur France 2 samedi dernier. "On a besoin d’être dans cette cohésion nationale chez nous, a-t-elle fait entendre. Pour qu’il y ait une cohésion nationale, il faut garder un équilibre dans le pays, c’est-à-dire aussi sa majorité culturelle."

L’élue a ensuite déclaré ces paroles qui ont depuis tant fait couler d’encre : "Nous sommes un pays judéo-chrétien - le général de Gaulle le disait - de race blanche, qui accueille des personnes étrangères."

De la condamnation morale à la condamnation judiciaire ?

Sitôt la phrase lancée, Laurent Ruquier, les chroniqueurs, le public, des internautes, de nombreux politiques et journalistes, ont dénoncé la phrase de Nadine Morano. Même dans son camp politique, l’eurodéputé a fait figure de pestiféré : "C’est une faute politique qui n’engage qu’elle-même (...) mais ne donnons pas à Nadine Morano plus d’importance qu’elle n’en a au sein des Républicains.", a même déclaré sur I-télé Sébastien Huyghe, le porte-parole du parti de droite. Et le couperet tombera le 7 octobre prochain : l’eurodéputé sera officiellement évincé de la liste des Républicains du Grand Est pour les élections régionales en Meurthe-et-Moselle.

Nadine Morano peut-elle être poursuivie pour ses déclarations, s’est demandé Francetv Info en interrogeant Nicolas Bénoit, avocat en droit de la communication ? "Quand elle parle de "race blanche", elle discrimine les autres catégories de la population qui ne sont pas blanches, indique-t-il. Cela pourrait tomber sous le coup du délit de provocation à la discrimination raciale. Des associations pourraient se porter partie civile, et elle risquerait d'être punie d'un an d'emprisonnement ou d'une amende de 45 000 euros."

Le mot race dans le débat public

Le mot race est présent dans de nombreux écrits officiels et dictionnaires. Voici la définition qu’en donne celui de l’Académie française : "Chacun des grands groupes entre lesquels on répartit superficiellement l’espèce humaine d’après les caractères distinctifs qui se sont maintenus ou sont apparus chez les uns et les autres, du fait de leur isolement géographique pendant des périodes prolongées. S’emploie, abusivement, dans le sens d’Ethnie."

Dans l’article premier de notre Constitution, le mot race apparaît en toutes lettres : "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion." En mai 2013, l’Assemblée nationale avait adopté une proposition de loi du Front de gauche (et promesse du candidat Hollande) visant à supprimer le mot race de la législation française : Code pénal, Code de procédure pénale, loi sur la liberté de la presse, etc. Mais le texte n’est jamais passé devant le Sénat.

Dans le débat public, le mot est encore partiellement utilisé, mais le mot "ethnie", moins connoté, lui est souvent préféré. Quand le mot race est employé, il l’est bien souvent d’un point de vue antidiscriminatoire : "Sans distinction de race, de couleurs de peau, etc.". En revanche, quand le polémiste Eric Zemmour l’utilise de manière affirmative en 2008 à la télévision ("J’appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire", dit-il à une jeune noire), il provoque une polémique telle que Nadine Morano connaît actuellement.

Que disent les scientifiques sur la race ?

Interrogé par Planet.fr, le biologiste spécialisé en sciences de l’évolution, Pierre-Henri Gouyon, déclare que "la notion de race n’est pas clairement délimitée" car "la classification du vivant est compliquée". Selon ce dernier, "toutes les catégories sont structurellement floues" car "il existe un tas de variations entre êtres humains".

Pour Domenico Maiorano, biologiste à l’Institut de génétique humaine (IGN), "il n’y a plus de sens à parler de races à la lumière des avancées scientifiques en la matière." "On peut parler de races pour les animaux mais pas entre humains : au niveau moléculaire, une personne qui habite en Chine ou en Afrique est identique à une personne européenne.", nous déclare-t-il.

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Les deux scientifiques reconnaissent bien l’existence de différences entre un Africain standard et un Inuit standard, par exemple, que ce soit physiquement ou au niveau des réactions aux médicaments, mais cela n’est pas suffisant pour classer la population humaine en races. Pour différencier les êtres humains en tenant compte de leurs particularités, Domenico Maiorano préfère au mot ""race" le mot "ethnie", selon lui beaucoup plus précis car il intègre, en plus des origines, les cultures des personnes.

Vidéo sur le même thème : Le mot "race" remis en question dans la législation 


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