Economiste de formation et ancien président de l’Observatoires des banlieues, Lotfi Bel Hadj a récemment écrit "La Bible du Halal". Un ouvrage dans lequel il tente de démonter les fantasmes et idées reçues qui entourent selon lui le terme "halal". Entretien avec l’auteur.

Planet : Que veut dire 'halal' exactement ?
Lotfi Bel Hadj* : "Littéralement cela veut dire ‘ce qui est autorisé, ce qui est permis’ par la religion. Ce terme regroupe ainsi toutes les choses que les musulmans peuvent consommer. Le porc et l’alcool n’en font pas partie. En revanche, tous les autres aliments, s’ils ont été préparés selon le rituel, peuvent être halal. En Asie, Nestlé fait d’ailleurs de l’eau halal. On y trouve également du Coca Zéro halal. Dans la recette originale, il y a 1,2g d’alcool, ainsi que cela est permis pour les sodas. Mais dans celui-ci, il n’y en a pas.  On peut aussi trouver du vin, du whisky et même du champagne halal, et donc sans alcool. Il existe par ailleurs toute une industrie du cosmétique halal et dans laquelle les produits commercialisés ne contiennent pas de graisses animales, à moins qu’elles soient issues d’animaux abattus selon le rituel.

Selon moi, le halal s’impose ainsi comme un degré supplémentaire en terme de traçabilité. C’est une sécurité en plus des normes sanitaires et ce,  pour tous les consommateurs, musulmans ou non.

Planet : Quelles sont les idées-reçues dont souffre le plus ce terme en France ?
Lotfi Bel Hadj : Marine Le Pen a dit un jour ‘on mange du halal à notre insu’ C’est un fantasme politique, une technique visant à diaboliser les musulmans. Ce n’est pas leur faute. Si l’on devait s’en prendre à quelqu’un, ce serait plutôt aux patrons des grands distributeurs comme Carrefour, Auchan ou Leclerc. C’est la même chose pour les cantines scolaires : si l’on devait pointer quelqu’un, ce ne serait pas les musulmans mais les municipalités ou les Conseils généraux qui décide des menus. Tout le monde a le droit de savoir ce qu’il y a dans son assiette. C’est normal. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut s’en prendre aux musulmans. Mieux vaudrait revoir toute la traçabilité de nos aliments.

Planet : On entend aussi souvent que le halal finance des mouvements islamistes…
Lofti Bel Hadj : C’est faux, et pour deux raison. D’abord, parce que les djihadistes n’ont pas besoin du halal pour se financer. Ensuite, parce que c’est tout l’inverse. Le halal permet de régir l’islam en France. Grâce à ses recettes, on peut notamment construire des mosquées et ainsi permettre aux croyants de prier dans de bonnes conditions. Ce qui, selon moi, aide à  prévenir certaines dérives…

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Planet : Comment s’annonce l’avenir du halal ?
Lofti Bel Hadj : Certains disent que c’est une niche marketing. Je préfère dire que c’est la caverne d’Ali Baba ! A l’échelle mondiale, l’industrie du halal a généré 700 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuels. Et l’on prévoit qu’elle en génère plus de 2 000 milliards à l’horizon 2023 ! C’est la première fois qu’une idée spirituelle va autant influence l’économie. Et c’est tant mieux parce que la France en a besoin. C’est le premier pays musulman d’Europe et il est actuellement confronté au problème du ‘vivre ensemble’. Or pour vivre ensemble, il faut d’abord, et selon la tradition française, pouvoir manger ensemble".

*Lotfi Bel Hadj est l'auteur de La Bible du Halal (ed. Du Moment)

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