L'histoire de Jacqueline Sauvage, condamnée à 10 ans de prison pour avoir tué son mari violent, puis graciée a fait l'objet d'un téléfilm diffusée sur TF1, avec Muriel Robin dans le rôle titre. Son avocate, Janine Bonaggiunta a accepté de répondre aux questions de Planet.
Muriel Robin incarne Jacqueline Sauvage dans le téléfilm Jacqueline Sauvage : c'était lui ou moi.AFP

Planet : Dans le téléfilm, votre personnage ainsi que celui de votre associée, maître Tomasini, explique vouloir faire bouger les choses, "mettre le débat des violences conjugales sur la table". Estimez-vous que depuis le début du procès en appel de Jaqueline Sauvage, en 2015, les choses ont bougé ? [ndlr : Jacqueline Sauvage condamnée à 10 ans de prison en appel a été graciée par François Hollande]

Janine Bonaggiunta : Le téléfilm montre parfaitement à quel point cela a été difficile pour Jacqueline Sauvage de parler, comment dans un premier temps nous lui avons donné un carnet pour qu’elle raconte. A ce niveau-là, c’est toujours difficile pour les femmes de parler mais il y a eu des mouvements de prises de paroles. Clairement les femmes ont eu envie de parler et ont pris la parole. En revanche dans le traitement des plaintes pour violences conjugales et des victimes, nous sommes loin d'avoir gagné. Les chiffres parlent d’eux-mêmes une femme meure toujours tous les 2 ou 3 jours sous les coups de son compagnon.

Planet : Le gouvernement vient de mettre en place une campagne contre les violences conjugales, incitant les témoins de ces actes à parler notamment. Qu’en pensez-vous ?

Janine Bonaggiunta :  Ces spots s’adressent plutôt aux témoins effectivement, sur le mode de la dénonciation. C'est très bien de sensibiliser là-dessus mais c’est à l’Etat de prendre ses responsabilités face à ces femmes victimes, et non aux voisins. Alors oui, il y a eu des efforts, on a facilité le dépôt de plainte sur internet par exemple. Sauf que ça ne vaudra jamais une discussion avec une personne formée à recueillir la parole d’une femme qui a subi des violences conjugales. Il faut mettre des moyens pour que ces victimes soient aidées, prises en charges, suivies. Ce n’est pas avec 120 000 euros en plus pour le 3919, que les choses vont réellement changer. 

"Nous n’avons eu aucune réponse de Marlène Schiappa"

Planet : Votre combat se porte encore aujourd’hui sur la reconnaissance d’une présomption de légitime défense dans les cas des violences conjugales. Avez-vous eu des retours du politique ?

Janine Bonaggiunta :  Oui parce que nous estimons qu’une femme qui est battue est en danger de mort permanent. Jacqueline a tué, mais sinon c'est elle qui allait mourir. Nous n’avons eu aucune réponse de Marlène Schiappa (secrétaire d’Etat à l’Egalité femmes-hommes) ou de Brigitte Macron que nous avions également sollicitée, pour l’instant. Par chance, Muriel Robin nous soutient et son appel à lutter contre les violences faites aux femmes connaît un bel écho. Elle exprime ce que nous pensons et ce que nous défendons. Concernant la légitime défense, c'est déjà reconnu au Canada depuis plusieurs années. Ils sont beaucoup plus en avance que nous. En France tout prend plus de temps.

Planet : Comment avez-vous perçu la lettre du procureur Frédéric Chevallier dans Le Monde, après la diffusion du téléfilm.

Janine Bonaggiunta :  Je le trouve indécent et je pense qu’il devrait laisser Jacqueline Sauvage tranquille. Il ose mentionner qu’il aurait pu être le fils de Jacqueline Sauvage. Un fils qui a beaucoup souffert, victime des violences de son père et témoin de celles qu’il a infligées à sa mère et à ses sœurs. Il a appris que ces dernières avaient été violées. On ne peut pas comparer l’incomparable. La démarche était largement dispensable selon moi. En plus, il décrit Jacqueline Sauvage comme une femme "moderne', mais elle s’est mariée à 17 ans, enceinte. Ca ne correspond pas au dossier.

[ndlr : Pascal Marot, le fils de Jacqueline Sauvage s'est suicidé]

"[Le procureur] est indécent"

Planet : Jacqueline Sauvage a-t-elle vu le téléfilm de TF1 ?

Janine Bonaggiunta :  Oui elle l’a vu, mais aujourd’hui il faut la laisser tranquille, elle et ses filles. C’est une période très difficile. Le téléfilm, la lettre du procureur… Alors qu’elle voulait être discrète et se faire oublier. Ca nous affecte pour elle.

Planet : MeToo, Balance ton porc, les chiffres des violences conjugales. La violence à l’égard des femmes est systémique. Comment agir en amont des passages à l'acte ?

Janine Bonaggiunta :  Je crois en la scolarité, en l’éducation. Il faut éduquer dans le respect, dans l'égalité de l’autre, communiquer. En ce sens, tout ce qui relève de la télévision, du cinéma, de la musique et des arts en général a une responsabilité. Aujourd’hui, c’est toujours un gros problème.

Cet article vous a intéressé ?

Découvrez encore plus d'actualités,
en vous abonnant à la matinale de Planet.

Votre adresse mail est collectée par Planet.fr pour vous permettre de recevoir nos actualités. En savoir plus.