Le 17 janvier, sont parues à la fois les données sur l’immigration du ministère de l’Intérieur pour l’année 2016 considérées par lui  comme fiables et les statistiques de l’INSEE sur l’évolution de la population française en 2016 estimées à partir du recensement de 2014 qui constitue sa base de données. Des chiffres plus intéressants par ce qu’ils ne disent pas que par les résumés que colporte la grande presse.

Une immigration légale en hausse qui n’est toujours pas une immigration de travail

Selon le ministère de l’Intérieur, les titres de séjour pour la métropole et les pays tiers  sont passés de 217.533 à 227.550,  une augmentation "assez modeste" de 4,6% selon lui . Mais si on considère la période 2008-2016, on constate que sous la présidence Sarkozy le nombre de titres de séjour pour l’ensemble de la France a stagné ou diminué tandis que sous la présidence Hollande, de 2012 à 2016, il a progressé de 17,8%. La répartition par motifs est restée sensiblement identique avec plus de 40% de titres délivrés pour raisons familiales contre 31% pour les étudiants et 14% (en nette augmentation) pour raisons politiques. L’immigration de travail représente tout juste 10%. On ne vient pas en France pour trouver un emploi. Ceux qui en cherchent vont ailleurs.

Une demande d’asile en augmentation qui n’est toujours pas gérée

Les demandes d’asile n’ont cessé globalement de croître comme on pouvait s’y attendre, passant de 80.000 à 85.000 pour les demandes enregistrées à l’OFPRA et même à plus de 97.000, si on prend comme base de départ la demande en préfecture. On aurait pu penser qu’elles provenaient essentiellement de Syriens et d’Irakiens. Pas du tout. Le pays le plus demandeur est… l’Albanie, pourtant considéré comme pays "sûr", avec une immigration importante de mineurs, devant le Soudan, l’Afghanistan et Haïti. La Syrie n’arrive qu’en cinquième position. De quoi désespérer tous ceux qui dans les medias veulent faire passer les demandeurs d’asile pour des personnes qui fuient la guerre,  même si on doit reconnaître que l’an dernier les demandes de Syriens étaient plus de 5000 et que l’Afghanistan et le Soudan sont loin d’être des pays sans risque. Malgré quelques progrès, les procédures d’obtention d’un titre de séjour restent encore longues en raison de l’engorgement des administrations et des recours devant la CNDA. Au total le nombre de titres délivrés au titre de l’asile territorial, humanitaire ou de la protection subsidiaire n’a été que de 32.285.

Et les déboutés ? Ils restent en France

Le ministère n’a pu camoufler la baisse du nombre de reconduites : 24.707 contre 31.000 en moyenne sous la présidence Sarkozy avec un pic de 36.822 en 2012. Parmi les reconduites, il faut différencier les retours forcés (reconduite dans le pays d’origine), les réadmissions (reconduite dans le pays d’entrée dans l’espace Schengen) et les renvois (ressortissant de l’espace Schengen ramené  chez lui). De ce point de vue, le ministère a raison de souligner que ce sont les retours forcés qui traduisent le mieux la politique migratoire d’un pays. Mais ceux–ci sont en 2016 en dessous de l’étiage de 13.000 avec un pourcentage qui se situe dans les plus bas niveaux depuis plus de dix ans.
Pour s’en défendre, le ministère met en avant la difficulté d’obtenir les laisser-passer consulaires, l’état d’urgence qui mobilise police et gendarmerie sur d’autres priorités et le renforcement du contrôle aux frontières qui aurait dissuadé 45.000 migrants irréguliers d’entrer.

Mais 45.000 ajoutés à 97.000 cela voudrait dire que l’immigration irrégulière aurait presque doublé depuis l’an dernier. Une preuve de plus de l’absence de maîtrise de notre politique migratoire. La Cour des comptes avait évalué à 96% le nombre de déboutés qui restaient en France en attendant une régularisation. Le ministère considérait que ce chiffre était exagéré et parlait de 80%. Dans un cas comme un autre, c’est un aveu d’impuissance.

Une population qui s’accroit… grâce à l’immigration

Selon l’INSEE, l’augmentation de la population française (+ 265.000 personnes en 2016) qui approche les 67 millions tiendrait davantage au solde naturel (différence entre les  naissances et les décès soit + 198000) qu’au solde migratoire (+ 67000). Il y a dans ce raccourci une double manipulation.

Parmi les naissances, une partie importante (entre 20 et 30%) est due à la population d’origine étrangère dont la fécondité, malgré la transition démographique  qui s’est amorcée en France, reste  notoirement plus élevée que celle de la population autochtone, surtout si l’on ajoute aux immigrés de la première génération leurs enfants. Quels grands medias oseront aujourd’hui le dire ?

A la recherche du solde migratoire perdu

Quant au solde migratoire indiqué, c’est tout simplement un enfumage. En 2015, l’INSEE avait affiché un  solde migratoire de 33000 personnes (provenant en réalité des chiffres de 2013) qui avait  permis à la grande presse de dénoncer les discours catastrophistes et d’annoncer que  la migration était en réalité contenue. Nous avions montré dans notre monographie sur les Migrations européennes en 2015 (Contribuables Associés, avril 2016) qu’on ne peut se contenter de retrancher les gens qui partent de ceux qui arrivent dans la mesure où ce ne sont pas du tout les mêmes. L’honnêteté aurait consisté à établir pour 2015 deux soldes migratoires : le solde de l’immigration (immigrés arrivés moins immigrés repartis soit 190.000) et le solde migratoire de l’expatriation (expatriés partis mois expatriés rentrant soit 120.000). Le total des deux soit 310.000 personnes montre que la population française se transforme, beaucoup moins vite cependant que selon le thèse  du grand remplacement invoquée par Renaud Camus.

Avec le chiffre affiché de 67.000 personnes pour 2016, dont nous avons trouvé aucune justification dans les statistiques de l’INSEE sur son site, (aurions-nous mal cherché ?) nous sommes cette fois dans le grand n’importe quoi.

Un observatoire scientifique des migrations

Tant qu’il n’existera pas en France un observatoire scientifique et indépendant des  migrations, c’est à dire à la fois de l’immigration et de l’expatriation, dont nous réclamons vainement la création depuis bientôt 10 ans, l’opinion publique vivra sur des chiffres trafiqués, des approximations et des idées reçues qui font en fait l’affaire de ceux qui ne souhaitent pas que les citoyens abordent sereinement la question difficile mais décisive de l’enjeu des migrations.