Face aux milliers de décès potentiels qui guettent les Ehpad de France, Jérôme Pigniez, le fondateur de SilverEco.org dit son soutien au personnel confiné, aux patients et à leurs familles. Il formule aussi sa critique des commentateurs qui aggravent la situation. Tribune.
Ils devraient venir en aide à l'Ehpad, mais ils préfèrent chercher un coupableIllustrationIstock

Solitude et isolement dans des EHPAD isolés

Planet m'invite à donner mon point de vue sur la situation actuelle en Ehpad.La situation est critique, le confinementtotal. Des chiffres de 100 000 décès potentiels circulent sur les 730 000 personnes résidant en EHPAD. La sélection par l'âge de l'accès aux soins de réanimation pointe et cette option nous est insupportable.

En préalable, il nous faut marquer un soutien sans faille aux résidents, personnes fragiles et aux proches éloignés, une solidarité et un coup de chapeau à tous les soignants et aidants professionnels qui ne comptent plus leurs heures. Les applaudissements chaque soir leurs sont aussi destinés. Sans oublier les responsables d'établissements, les associations et groupements de professionnels du secteur qui organisent la lutte contre le Coronavirus.

Les résidents.

Ils font face à un triple isolement, au sein de structures ultra-confinées, loin de leurs proches, privés de contacts avec les soignants. Un ressenti de punition plane. D'autant plus pour les personnes atteintes de troubles cognitifs qui ne comprennent pas pourquoi elles sont privées, par exemple, de gestes de toucher avec les soignants, actes affectifs de proximité et de communication en soit devenu interdit.

Les familles.

Ne comprennent pas cet isolement pourtant nécessaire. Pour certaines d'entre elles, il faudra faire un deuil complexe sans accès à leur proche défunt.

Les soignants.

Ils sont en première ligne, et parce que nous sommes en guerre l'expression perd malheureusement son sens figuré. La qualité et la quantité de leur travail est exceptionnelle, compte tenu des conditions difficiles, du manque de masques, de gel hydroalcoolique, de blouses et en sous-effectif. S'ajoute l'accès tardif aux taxis et hôtels pour ces professionnels comparativement au secteur hospitalier, afin d'éviter qu'ils soient eux-mêmes vecteurs du virus.

Des commentateurs qui travaillent à la désunion du pays en période de crise ?

Les commentateurs.

Ils commentent, critiquent les Ehpad ou encore mettent en responsabilité les pouvoirs publiques.

Alors que l'heure est à l'unité, ils préfèrent la recherche du coupable, empruntent de simples chemins tracés pour les simplistes. La situation est inédite rappelons-le. Ceux-là même qui critiquent le manque d'anticipation, critiquaient hier le trop d'anticipation de Madame Roselyne Bachelot en 2009, et lançaient le phénomène d'EHPAD Bashing. Suivez mon regard.

Ce qu'il faut faire pour sortir de cette crise sanitaire

Alors pour aujourd'hui.

Il faut donc résister, mettre en œuvre toutes les actions et solidarités possibles, fournir les équipements nécessaires et avoir confiance dans les choix des professionnels du secteur.

Pour demain.

Il faudra en temps et en heure repenser les métiers et les valoriser. Repenser la place des âgés dans la société, avec le concours des gens de terrain, nous attendrons d'autant plus de la loi Grand Age. Il faudra étudier le cas de ces EHPAD qui ont très vite décidé d'entrer en confinement avec le personnel inclus, sur la base de volontariat.

Prise de conscience et solidarité.

Enfin soulignons les très belles initiatives, les trésors d'inventivité qui se déploient en matière de lutte contre l'isolement.

J'ai vu également des dons d'ordinateurs pour permettre de la visio-conférence. Ah bon des ordinateurs ? Il n'y en avait pas ? Ca c'est un autre sujet…

Jérôme PIGNIEZ

Fondateur SilverEco.org

Faites une action inoubliable : en savoir plus sur le leg Unicef

Cet article vous a intéressé ?

Découvrez encore plus d'actualités,
en vous abonnant à la newsletter de Planet.

Votre adresse mail est collectée par Planet.fr pour vous permettre de recevoir nos actualités. En savoir plus.