Ce jeudi 2 novembre de nombreux rassemblements ont eu lieu pour la 10è journée au droit à mourir dans la dignité. Christophe Michel, secrétaire général de l’Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité, pro- euthanasie, a répondu aux questions de Planet. 

Planet : Pourquoi avoir rebaptisé cette journée du 2 novembre ‘’Journée Jean-Mercier’’ ?

Christophe Michel : On voulait lui dédier cette journée, car l’affaire Jean-Mercier repasse aujourd’hui devant la Cour de Cassation. C’est juste un homme qui a donné un verre d’eau à sa femme avec des médicaments, et qui se retrouve devant les tribunaux. Sa femme voulait partir, elle était en fin de vie. C’est une affaire qui montre les dérives de la loi actuelle sur la fin de vie.

Planet : Vous estimez que la loi Claeys-Leonetti, votée en février 2016 n’est pas suffisante ? [NDLR : cette loi consacre le droit de chaque personne à demander une sédation profonde et continue jusqu'à son décès, dans certaines conditions]

Christophe Michel : Nous on réclame une loi qui légaliserait à la fois l’euthanasie, le suicide assisté et qui permettrait l’accès universel aux soins palliatifs. Tout cela pour mettre le patient au centre de la décision médicale. Avec la dernière loi votée, c’est le médecin qui, à la fin, est le seul juge de la décision à prendre. Nous pensons que le patient doit avoir la décision finale, évidemment en concertation avec le milieu médical. Aujourd’hui il y a déjà la sédation terminale et profonde jusqu’au décès. C’est une hypocrisie parce que l’équipe médicale qui effectue la sédation sait très bien que la personne va partir. Il faut accepter qu’il y ait des gens qui ne veulent pas dormir avant de mourir et veulent bien vivre leur fin de vie.

Planet : Et dans le cas où le patient n’est pas capable de s’exprimer lui-même ?

Christophe Michel : Il faut mettre en perspective avec ce qu’il se passe en Belgique par exemple, où 95% des euthanasies sont sur des gens qui sont capables de s’exprimer. Et puis vous avez les directives anticipées qui vous permettent d’inscrire vos dernières volontés. Si vous n’êtes plus capables de vous exprimer, l’équipe médicale peut et doit justement consulter ces directives, tout comme votre personne de confiance, qui sera votre porte-parole.

 

 

Planet : Un sondage paru fin octobre montrait que seulement 14% des français ont rédigé des directives anticipées, est-ce qu’avant de demander une nouvelle loi, il ne faudrait pas d’abord mieux communiquer autour de ces directives ?

Christophe Michel : On est la seule association française à diffuser de manière globale les directives anticipées. La ministre de la Santé dit qu’elle veut attendre de voir comment fonctionne la nouvelle loi avant d’en faire une autre. Depuis 2005, ce sont les mêmes arguments : il faut attendre. On voit bien qu’à chaque fois on fait une nouvelle loi qui va dans le même sens. Alors évidemment qu’il faut communiquer sur les directives anticipées, mais malheureusement même si on communique, la loi dit clairement que le médecin doit les respecter, sauf si lui estime qu’elles sont non-conformes ou inappropriées. Soit vous êtes face à une équipe médicale qui souhaite respecter vos directives, soit face à des équipes qui ne souhaitent pas respecter vos volontés. Il suffit d’écrire ‘’inapproprié’’ sans avoir à se justifier.

Planet : Vous évoquez aussi les médecins qui pratiquent l'euthanasie...

Christophe Michel : Aujourd’hui vous avez des médecins qui pratiquent l’euthanasie en France, alors que c’est complètement interdit. Selon une étude de l’INED, 0,8% des morts en France le sont par euthanasie. Parmi ces morts, dans 0,6% des cas, le médecin pratique l’injection sans demander l’avis du patient et pour nous c’est totalement insupportable. Ce n’est pas du tout notre logique.

Planet : Il s’agit aussi d’encadrer une pratique ?

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Christophe Michel : Oui, et puis vous avez aussi des médecins qui ne sont pas du tout pour officiellement, mais qui en off vous disent qu’ils le pratiquent déjà. Cette histoire de sédation, c’est de l’hypocrisie totale. A l’étranger on dit souvent que la France a légalisé l’euthanasie indirecte. L’affaire Jean Mercier, ce n’est pas un cas isolé. Si le médecin de famille était venue, il aurait dit ‘’c’est une mort naturelle’’, sans autopsie. Là, le médecin ne connaissait pas du tout la famille. Il a contacté le procureur et c’est normal, mais dans certains cas, le médecin sait très bien ce qu’il s’est passé et il ne demande pas forcément d’autopsie. Beaucoup de médecins de ville ou à l’hôpital sont compatissants et respectent la volonté de leurs patients.

Vidéo : À la rencontre d'une femme malade qui souhaite mourir dans la dignité

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