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La face sombre d'Internet est l'objet de nombreux fantasmes. Mais contient-elle vraiment un marché noir où s'échangent des codes bancaires, des armes et autres produits illégaux ?
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Dark web : de quoi s’agit-il exactement ?

Ils ont moins de 30 ans et ils ont réussi à commander pour 6000 euros de matériels divers… Acheté avec des codes de cartes bancaires volées. Ces deux jeunes de Pau les ont obtenus sur le dark web, ou l’Internet "clandestin".

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Mais qu’est-ce que le dark web, exactement ? "Le web est composé de plusieurs couches. La première, appelée web surfacique est celle utilisée pour accéder à des sites internet standard, depuis des moteurs de recherche comme Google. En dessous, on trouve le deep web, aussi appelé ‘Internet profond’. Le dark web est un sous ensemble du deep web. Il s’agit d’un réseau crypté, anonymisé et qui échappe à la surveillance", explique Jean-Paul Pinte, docteur en information scientifique et technique, maître de conférences à l’Université Catholique de Lille, expert en cybercriminalité et certifié en gestion des risques criminels et terroristes des entreprises. "Les grands moteurs de recherche ne cartographient qu’une part minoritaire de l’ensemble de la production numérisée mondiale, qui n’est pas par nature illégale", ajoute Nicolas Arpagian, auteur de "La Cybersécurité", aux Presses Universitaires de France (PUF). En pratique, le web surfacique ne représente que 5% du total d’Internet, environ, souligne Jean-Paul Pinte.

Fondamentalement, le dark web n’est pas quelque chose de particulièrement récent. "Internet a toujours eu une part sombre. C’était déjà le cas à l’époque d’Arpanet : le pentagone avait son propre réseau secret qu’il utilisait pour cacher et échanger des données", indique le docteur en information scientifique et technique.

Dark web : que cache-t-il vraiment ?

Pour qui sait y accéder, le dark web offre de multiples services. On y trouve "assez logiquement des contenus qualifiés d’illicites dans la plupart des systèmes juridiques (pédopornographie, vente d’armes, de stupéfiants, de contrefaçons de produits, de faux documents d’identités", souligne l’auteur de "La Cybersécurité". "Dans une approche très libertaire, le dark web met en contact l’offre et la demande de produits ou services manifestement contraires à la plupart des réglementations", poursuit-il non sans rappeler que "la technologie est agnostique" et que ce sont les contenus qui sont condamnables, pas la plateforme en elle-même.

"Sur le dark web, un passeport américain coûte 700 dollars environ. On y trouve également un marché noir, sur lequel il est possible d’acheter des médicaments, des armes, de la drogue, de la fausse monnaie…", raconte le maître de conférences à l’Université Catholique de Lille. "Pour 200 dollars il est possible de prendre le contrôle sur un réseau d’ordinateur, de siphonner des informations qu’on trouve en ligne comme des codes de cartes bancaires. On peut aussi y faire appel aux services de tueurs à gages ou de mercenaires. Certaines entreprises en recrutent pour des missions d’espionnage ou de sabotage industriel. Le dark web est également utilisé pour organiser des événements comme des braquages ou des attentats", analyse-t-il. "C'est un lieu qui permet donc aussi rapprocher des vendeurs ou receleurs de produits volés ou détournés avec des acheteurs sans véritables barrières car l'accès se trouve rapidement expliqué par des tutoriels en libre accès sur le Net. Le paiement des transactions s'effectuent généralement en cryptomonnaies comme le bitcoin. Un élément supplémentaire pour accentuer l'anonymat des échanges", précise Nicolas Arpagian.

Dark Web : une utilisation "réservée" aux criminels ?

Toutefois, la portée du dark web ne s’arrête pas là. Et il n’est pas utilisé que par des criminels. "Certaines de ces pages peuvent également servir à des communautés oppressées par des régimes autoritaires ou des journalistes en quête de discrétion pour la conduite de leurs investigations. Les services de police et de gendarmerie conduisent régulièrement des opérations d’infiltration pour comprendre les connexions entre les sites et éventuellement les réseaux qui se dissimulent derrière", souligne l’auteur de "La Cybersécurité".

Il a notamment servi pendant le Printemps Arabe, alors que twitter et facebook étaient fermés dans les pays concernés, ajoute Jean-Paul Pinte. "Une fois sur le dark web, auquel on peut accéder depuis le réseau Tor par exemple, on trouve également des équivalents aux réseaux sociaux traditionnels", poursuit-il.

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