Drogués à la colle, armés, violents... Ces enfants des rues qui terrorisent la mairie de ParisIllustrationIstock
Ils martyrisent les habitants et effraient les autorités publiques depuis plus de 2 ans. Qui sont-ils ? Pourquoi font-ils si peur ? Témoignage.
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"Désinhibés par le Rivotril, un anxiolytique, ils commettent des vols avec violence, agressent des personnes âgées", écrivent Nadia Le Brun et Airy Routier, les journalistes qui se sont penchés sur l’action d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris. Dans le deuxième ouvrage qu’ils consacrent à la maire de la capitale, Saint-Anne ! (Ed. Albin Michel), ils s’attardent notamment sur les bandes de jeunes qui arpentent certaines des rues de la ville lumière, entre chien et loup puis une fois la nuit tombée. 

"Il leur arrive de faire tomber au sol des vieilles dames pour leur arracher un collier sans valeur. Ils refusent tout contact et prise en charge", poursuivent les deux journalistes, qui pointent aussi du doigt le désarroi de la police. "Certains on le regard vide, à force de sniffer de la colle", explique d’ailleurs l’un des gardiens de la paix interrogé dans le cadre de leur ouvrage à charge contre Anne Hidalgo.

Ils sont loin d’être les seuls à s’alarmer de ce problème, connu à Paris depuis 2016 déjà. En effet, nombreux sont les  résidents sont épuisés. Ils n’en peuvent plus. "Ils mènent des attaques en groupes contre les passants. Parfois en brandissant des couteaux. Impossible de se promener avec une chaîne au cou ou un portable à la main : ils sont ingérables, inaccessibles à la discussion. Il nous font vivre l’enfer", déplore une quinquagénaire au micro du Parisien/Aujourd’hui en France. Ce sinistre portrait qu’elle brosse, c’est celui de groupes de mineurs violents, originaires du Maroc. Selon les informations du quotidien, ils seraient entre 60 et 80, âgés de 13 à 17 ans. Tous sont sans papiers d’identité, arrivés seuls et seraient passés par Melilla, une ville autonome espagnole située sur la côte nord-ouest de l’Afrique.

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Ils arpentent la Goutte d'Or et dorment dans des machines à laver

Cela fait plus de deux ans, dorénavant, qu'ils errent dans les rues de Paris, dans les environs de la Goutte d’Or (XVIIIè arrondissement). Il s'agit d'un quartier populaire, densément peuplé et marqué par une très grande diversité des nationalités (37% des habitants sont nés à l'étranger contre 20% en moyenne dans les autres arrondissement de la capitale). Il est aussi caractérisé par un tissu d'habitat ancien dégradé et une population à faible revenu. "Les indicateurs font état des grandes difficultés économiques et sociales de la population, ils traduisent également les transformations urbaines et sociales de la Goutte-d'Or", écrit l'Atelier parisien d'urbanisme (Apur) à son sujet.

Ces enfants sans domiciles dorment dans des machines à laver ou dans des voitures dont ils brisent les serrures. Polytoxicomanes, ils se droguent notamment à la colle, comme l'expliquent Airy Routier et Nadia Le Brun. D'après Le Parisien, ils ont commencé par de petits larcins pour se nourrir et se vêtir mais seraient désormais sous la houlette de trafiquants plus âgés, qui donnent dans le commerce de cigarettes de contrebandes. C'est pour eux, qu'ils commettraient désormais des vols à l’arrachée et des cambriolages.

Hyper aggressifs, violents et organisés : le témoignage des riverains

La situation semble catastrophique. C’est, du moins, l’avis d’une riveraine qui a accepté de témoigner au micro de Planet. "J’habite tout près du square Alain Bashung", indique-t-elle d’abord. Pendant tout un temps, c’est là que se réunissaient ces jeunes désoeuvrés. "Ca fait au moins un an et demi qu’ils sont là, tout le temps. Les plus jeunes doivent avoir 10 ans. Ils sont en permanence shootés à la colle ce qui les rend hyper agressifs", décrit cette résidente de la Goutte d’Or. "Il y a tout le temps du bruit, des cris, des bagarres qui éclatent entre eux." Quand ils ne se tapent pas dessus, ils s’attaquent aux habitants. "Ils essayent de voler tout ce qui a de la valeur : les téléphones, les porte-monnaies… tout y passe. Ils procèdent en bandes et sont très bien organisés. Certains repèrent les individus à attaquer, d’autres détournent leur attention pendant qu’un troisième leur fait les poches", précise-t-elle. "Il arrive aussi qu’ils encerclent les gens". Selon elle, il s’agit probablement d’une affaire qui marche, au vu des vêtements qu’ils portent. "Certains ont des baskets à plus de 100 € la paire".

"Ils n’ont pas de limites. Ils grimpent aux échafaudages. Dans un immeuble du quartier, dont on ravale la façade, il y a eu deux cambriolages. Il est probable que ce soit eux, même si nous n’en sommes pas sûrs", raconte-t-elle. Quand on lui demande s’ils sont effectivement armés, elle rapporte des propos qu’elle a entendu mais précise ne pas l’avoir vu. "A priori ils ont des couteaux. Certains auraient des machettes".

La mairie désemparée et perdue ?

De son côté, la mairie de Paris dit elle aussi son désarroi. Après une pétition, plusieurs réunions publiques, la mise en place d’un plan d’envergure à hauteur de 700 00 euros et le renforcement des moyens policiers, les élus de la ville appellent l’Etat à l’aide. Eric Lejoindre, le maire (PS) du XVIIIè arrondissement a écrit à Edouard Philippe, le Premier ministre. Le Parisien publie un extrait de cette lettre, co-signée par Anne Hidalgo : "L’action du gouvernement me semble indispensable et urgente dans au moins trois directions : renforcer la capacité d’action du commissariat local, activer les contacts diplomatiques avec les pays d’origine de ces très jeunes mineurs non accompagnés et trouver les moyens de droit adaptés pour les sortir de la rue et les mettre à l’abri. Y compris contre leur gré." Légalement, la ville doit recevoir leur assentiment pour un hébergement de nuit.

Ce qui ne signifie pas que les autorités ne font rien. Le Centre d’aide sociale protestant (Casp), a été mandaté en début d’année par la capitale pour orienter ces jeunes vers des centres d’accueils. Jusqu’à présent, il a essentiellement essuyé des échecs. Le square, par ailleurs, est désormais gardé par un vigile. Nadia Le Brun et Airy Routier, eux, tirent (sans surprise) des conclusions plus acerbes à l'égard de l'action de la maire. Ils s'offusquent de la façon dont Anne Hidalgo se défausserait du problème, l'accusant de chercher avant toute chose à conserver une certaine image politique : celle d'une élue "ouverte accueillante", qu'il faudrait concilier avec sa volonté d'être "soucieuse du confort et de la tranquilité de ses concitoyens". Un pari complexe, sinon impossible, à leurs yeux. Sauf, écrivent-ils, à "persister dans les nobles discours tout en faisant porter la responsabilité et le coût des migrants à l'Etat"...

"On s’est contenté de déplacer le mal", estime, pour sa part, la résidente qui a accepté de parler. "Ils ne sont plus dans le parc, ils sont juste un peu plus loin", souligne-t-elle. Elle en est persuadée, si le problème avait eu lieu dans le XVè ou dans le XVIè arrondissement, il serait déjà reglé. "C’est une situation qui est plus acceptée à la Goutte d’Or, La population s’est manifestée, au début mais elle endure probablement mieux que les résidents de l’avenue Victor Hugo", raconte-t-elle, peut-être un peu amère. "Quant aux autorités, elles ne font pas ce qu’elles devraient. Ce sont des enfants complètement paumés qui dorment dehors ! Il faut faire quelque chose", conclut-elle.